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[Avis d'expert] L’industrie, une chance pour les territoires de France et d’Europe

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Tribune Le regain des investissements étrangers en France ne doit pas masquer une situation tendue. Les mécanismes incitatifs ne sont pas à la hauteur et la fiscalité pèse lourd, notamment sur les PME et ETI, composante majoritaire du tissu industriel. Et si la solution était de penser local, tout en prenant en compte plus étroitement la réalité européenne de nos territoires, estime Marc-Alexander Burmeister, président de B. Braun en France, spécialiste des dispositifs et services médicaux.  

[Avis d'expert] L’industrie, une chance pour les territoires de France et d’Europe
Le site de B. Braun à Saint-Jean-de-Luz
© B.Braun

L’attractivité française en matière d’investissements directs étrangers a progressé depuis 2016. Le secteur industriel contribue largement à ce regain. Mais la situation reste fragile, comme le montre le solde redevenu négatif des ouvertures et fermetures d’usines depuis début 2019.

Attirer la production industrielle sur nos territoires, ne peut aller sans prise en compte de leur inscription dans un espace économique et réglementaire européen. Or l’exception française en la matière est encore trop pénalisante. La France n’est que 107e mondiale quant à la complexité des procédures administratives, rappelle le récent rapport du député Guillaume Kasbarian, qui propose des mesures de facilitation intéressantes.

La fiscalité de production en France, cible annoncée de la prochaine loi Pacte, est sept fois plus élevée qu’en Allemagne et deux fois plus élevée que la moyenne de la zone euro1. Un véritable frein pour la croissance des Entreprises de Taille Intermédiaire, trop peu nombreuses en France.

Pour que la France ne soit pas la lanterne rouge de la politique industrielle européenne prônée par la secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher, il faudrait que le contexte économique et fiscal n’y soit pas moins incitatif qu’ailleurs. C’est particulièrement vrai pour les industries de santé, plus taxées que chez nos voisins européens2. Et a fortiori pour le secteur de main d’œuvre que sont les technologies médicales3, à forte proportion de PME et d’ETI : structurant pour le système de santé, il l’est aussi pour l’économie avec 1 300 entreprises et 90 000 emplois répartis sur le territoire français. Mais il est soumis à une nouvelle réglementation européenne très exigeante en moyens humains et financiers, doublée d’une sur-transposition d’exigences au niveau français, malgré les engagements de la Ministre pris lors du dernier Conseil stratégique des industries de santé (CSIS).

Prévenir d’autres « exit »

Le « made in France » est aussi un « made in Europe » qui, si l’on n’y prend garde, peut devenir un « made in ailleurs ». Avec un enjeu qui n’est pas seulement économique, mais aussi sanitaire. La capacité de subvenir aux besoins des Européens en matière de traitements accessibles va de pair avec le soutien à une industrie de santé innovante et leader mondial, comme le précise désormais la feuille de mission de la commissaire européenne à la santé.

Les ruptures de stocks de médicaments ont révélé cette problématique et la question de relocaliser leur production en Europe se pose à présent. Mieux vaut prévenir l’« exit » que de se poser la même question pour d’autres secteurs dans 10 ans !

Notre industrie peut difficilement être compétitive dans une Europe industrielle forte si elle affronte sans cesse des vents contraires. Le niveau des efforts demandés chaque année aux industriels de santé dans le cadre de la Loi de financement de la sécurité sociale, va à contre-courant des intentions affichées lors du CSIS. Comme si le Gouvernement régulateur reprenait, d’une main, ce qu’il a investi de l’autre pour encourager les champions, soutenir la filière et développer les compétences. Il faut noter que la régulation (via notamment les baisses de prix) s’applique de façon indifférenciée aux entreprises qu’elles soient fabricantes ou simplement distributrices, sans prise en compte de leur contribution socio-économique. Les ETI industrielles jouent pourtant un rôle essentiel sur les territoires et pour le maintien d’une offre adaptée à la diversité des besoins médicaux.

Même les mesures incitatives donnent des sujets d’inquiétude. La loi de finances pour 2020 menace de limiter le champ du Crédit impôt recherche, qui a pourtant largement fait ses preuves. La baisse du taux de l’impôt sur les sociétés en 2019 sera finalement réservée aux entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à 250 millions d’euros. Et la bascule du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) en baisse de charges sera moins avantageuse que prévu.

La valse-hésitation ne réussit guère aux entreprises qui ont besoin d’horizons clairs pour se projeter et investir en France, avec un niveau d’incitation au moins égal à celui appliqué chez nos voisins européens. Pour que la France ait toute sa voix au chapitre « made in territoires d’Europe ».


1 Discours de Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances. Bercy - Mardi 15 octobre 2019. Accessible sur : https://www.economie.gouv.fr/pacte-productif/discours-de-bruno-le-maire-ministre-de-leconomie-et-des-finances#

2 PwC pour le Leem, étude 2019 sur la fiscalité du secteur du médicament en France et en Europe. Accessible sur : https://www.leem.org/publication/fiscalite-du-secteur-du-medicament-france-europe-synthese-mise-jour-de-letude-pwc-2019

3 Cela va des équipements d’imagerie aux pansements en passant par les instrument chirurgicaux implants, sutures, aiguilles, cathéters, etc. ainsi que services associés.

 

Marc-Alexander Burmeister est président de B. Braun en France, spécialiste des solutions et des services médicaux visant à améliorer tous les stades du traitement du patient, de l'hôpital au domicile.

Les avis d'experts et points de vue sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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