[Avis d'expert] Formation en ligne, mode d’emploi

Durant la pandémie, les formations en « présentiel » ont été empêchées. Une formation en ligne ne peut pas être le simple décalque numérisé de ce qui se passerait dans une salle de cours. Le fondateur de l'iGi, Bernard Marie Chiquet, l'a expérimenté et partage ici ce qu'il a appris à cette occasion. 

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[Avis d'expert] Formation en ligne, mode d’emploi
Numériser la formation impose de repenser complètement la manière de transmettre.

Non seulement il est possible de faire en ligne ce qu’on faisait en présentiel, mais l’expérience montre qu’on peut faire mieux, à condition de disrupter la façon de concevoir les formations. Et la croyance que rien ne vaut le présentiel est tombée pour beaucoup.

Si l’utilisation du digital dans les formations ne date pas d’hier. Il n’en reste pas moins que la crise du Covid a eu pour conséquence d’accélérer la mue, voire de rebattre les cartes. Car si beaucoup de formations, forcées et contraintes, ont proclamé être passées « en ligne » après le 17 mars 2020, le changement se révèle aujourd’hui beaucoup plus profond et irréversible.

Contrairement à ce que beaucoup pensaient, les formations en ligne ne sont pas et ne peuvent être une simple transposition de l’existant en ligne, du présentiel en distanciel. Ce serait sans doute plus simple, mais la réalité est qu’une formation à distance passe nécessairement par des outils pédagogiques entièrement revisités. C’est en tout cas la conclusion à laquelle je suis arrivé après des mois de travail, de remise en question, et, surtout, de mise en pratique auprès des dizaines d’entreprises et de personnes accompagnées en « full digital ».

Faire sa révolution

Et la transition n’a pas été simple. Dans de nombreux cas, les formations classiques, par exemple de trois jours (trois fois huit heures), se sont vues répliquées en ligne. Or, alors même qu'il est difficile de former et de garder l’attention en présentiel, exiger des participants la même chose en ligne est illusoire. C’est pourtant ce qui a souvent été observé dans les formations ou universités du pays.

Ainsi, une personne de mon entourage, qui avait choisi de se former à la finance dans une école prestigieuse, s’est vu proposer des cours qui restaient de simples « copier-coller » de ceux dispensés habituellement en présentiel. Le même monologue docte du professeur, illustré par une imposante farandole de diapositives…

Pour véritablement passer à un enseignement ou à des formations en ligne, il faut de revoir sa copie. C’est parce que le “en ligne” induit de réinventer le design de la pédagogie et de la formation que j’ai choisi d’opérer cette révolution dans les formations et les accompagnements que je propose.

Choix fondateurs

Le 17 mars 2020, le confinement et ses conséquences ont été durs à encaisser. Pourtant, le constat n’a pas tardé : il faut tout réinventer dans nos formations et nos accompagnements. Pas pour le plaisir, ni juste pour répondre à une contrainte ponctuelle, mais pour se réinventer et aller plus loin (que le présentiel). Il s’agit d’inventer un distanciel, un format en ligne qui permette de proposer des formations plus réussies, plus abouties, que ce soit en termes d’apprentissages qu’en termes expérientiels.

Bien sûr, irrémédiablement, aller dans ce sens, « faire une croix » sur le présentiel impliquerait une perte de sociabilisation. Mais réinventer le design de ses formations doit permettre de compenser, voire de dépasser cette perte. C’est ce que l'expérience nous enseigne après plus d’un an de pratique.

Pour y parvenir, l’exercice implique quelques choix fondateurs. Le premier est d’opter pour une pédagogie inversée. Concrètement, cela se traduit par des contenus, modules théoriques intégralement déportés sous la forme de supports et contenus digitaux. Si je prends, par exemple, la formation de praticien en holacratie, qui se déroulait en physique sur cinq jours d’affilée, le nouveau design se traduit par une session d’ouverture, onze sessions de trois heures, vingt-neuf vidéos, le tout soutenu et mis en mouvement avec des outils comme Zoom, Slack, Klaxoon, Glassfrog ou Holaspirit.

Transformer la pédagogie

Ici, tous les modules théoriques ne nécessitent pas de présentiel. Grâce aux vidéos, chacun est guidé et peut avancer à son rythme. Dès lors, du temps est libéré pour transformer la pédagogie. Chaque session de trois heures est l’occasion d’interactions beaucoup plus riches et dynamiques et est basée sur plus d’apprentissages et d’expérimentations. Des sessions qui, en outre, permettent en trois heures d’aller au fond des choses et de favoriser l’expérientiel et d’aller plus loin que le présentiel. Chaque participant… participe, expérimente plutôt que de simplement recevoir la « becquée ». Il est vraiment acteur de sa formation.

Et pour renforcer cette utilisation d’une pédagogie inversée, celle-ci se voit complétée par l’appel aux « liberating structures », une pédagogie dynamique et puissante qui propose une grille de structures permettant d’impliquer tout le monde et d’initier des questionnements.

Pour asseoir encore davantage ce nouveau design pédagogique, viennent aussi s’ajouter des outils utilitaires. Ils vont permettre aux apprenants d’échanger, de co-construire, de partager : documents, compréhension, etc., sur Slack. Ils vont pouvoir s’adosser à un « camp de base » grâce à Klaxoon, dans lequel ils retrouvent toutes les ressources, diapositives, les vidéos ou encore un « board » de questions-réponses mutualisé. Enfin, tout est fait pour que tout le monde rencontre tout le monde au cours de la formation, en multipliant le travail en sous-groupes de taille variée et en augmentant les contacts entre personnes différentes. Finalement, chacun expérimente beaucoup plus d’interactions qu’il n’en aurait en présentiel, est en mesure de faire connaître sa compréhension et sa satisfaction, et donc d’influer sur la qualité de la formation et de la pédagogie dispensées.

Quels gains avec ces formations digitales ?

Comme évoqué plus haut, sans doute le gain principal se situe-t-il au niveau de la profondeur de l’apprentissage et de l'acquisition des compétences. Un gain que l’on constate lorsque l’on est formateur et qui a pu être mesuré. Dans mes formations à l’holacratie, les personnes formées s’initient à la facilitation des réunions de triage et de gouvernance. Or, le nouveau design des formations permet aux participants d'aller plus vite, et surtout plus loin, lors des mises en situation plus longues qui leur sont proposées.

Autre gain notoire, le temps offert à tous pour digérer le travail et l’expérimentation entre les différentes sessions. La mise en pratique peut être immédiate et le cheminement effectif dans leur contexte professionnel sans attendre la fin du parcours de formation. Sans compter que les formations digitales sont une excellente manière de s’adapter au rythme de chacun. Les vidéos, contenus, supports sont consultables à volonté et le reste ad vitam æternam. Ces formations permettent également à tous, entreprises et salariés, d’optimiser les agendas – il est beaucoup plus facile de placer 11 sessions de 3 heures étalées sur 4 à 6 semaines que de bloquer une semaine entière en présentiel sur Paris –, mais aussi les coûts comme l’impact environnemental liés à des déplacements qui n’ont plus lieu d’être.

Si, au cours des derniers mois, la formation à distance a connu une profonde révolution, un complet changement de son logiciel, il n’en reste pas moins que pour donner sa pleine mesure, cette révolution doit encore vaincre ou composer avec certains freins qui persistent. Sans surprise, le premier est la réticence inavouée de certains face aux outils numériques. Un autre est cette croyance qui a la vie dure que « rien ne vaut le présentiel ». Une croyance limitante s’il en est et qui peut avoir la peau dure chez certains. Enfin, plus prosaïquement, sans trop savoir si cela pourra être solutionné, le frein du nombre de participants à chaque formation. Difficile d’après mon expérience d’aller au-delà de douze personnes pour que les choses se passent bien dans une formation en ligne. Quoi qu’il en soit, la révolution est en marche. Avec un mieux visible et sans limite, rendu possible par un « shift » dans le design des formations et ce, au service d’une qualité démultipliée.

Par Bertrand Marie Chiquet, fondateur de l'institut iGi


Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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