[Avis d'expert] Faut-il défendre le cloud souverain français et européen ?

Pour Nicolas Savois, le directeur nouvelles technologies du spécialiste de la transformation numérique des entreprises Talan Labs, la France et l'Europe doivent reconquérir la souveraineté dans le cloud afin de combler leur retard et prendre, enfin, un avantage compétitif.    

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

[Avis d'expert] Faut-il défendre le cloud souverain français et européen ?
Nicolas Savois est directeur des nouvelles technologies chez Talan Labs.

La souveraineté française – et plus largement européenne – doit s’appliquer partout, y compris dans le cloud. Pour rattraper ce retard technologique, qui n’est pas si grand que cela, nous devons utiliser les technologies cloud françaises ou européennes existantes. C’est uniquement ainsi que les fournisseurs pourront capitaliser sur les retours du terrain et combler leur retard pour prendre, enfin, un avantage compétitif.

Armor Lux, Le Slip français, Sports d’époque ont rendu fiers une quantité incalculable de clients grâce au made in France. Pourquoi ne pas faire de même avec les données et les traitements numériques ?

VOS INDICES

source

logo indice & contations

Le contenu des indices est réservé aux abonnés à L’Usine Nouvelle

Je me connecte Je m'abonne

Tout le monde déplore et critique la perte de souveraineté industrielle de la France. La pénurie de masques anti-Covid-19 en a été un incroyable révélateur. Pourtant, dans le numérique, et plus particulièrement le cloud, la quasi-totalité des entreprises achète américain, voire chinois.

Les femmes et hommes politiques commencent à s’en saisir et le gouvernement français a présenté dernièrement sa politique pour un cloud souverain, avec de bonnes avancées… ainsi que des points plus discutables, notamment concernant l’ouverture aux Gafam à propos de l’utilisation des licences de leurs services. Il est temps de faire un point sur la situation et d’agir.

Pourquoi aller dans le cloud ?

Le cloud apporte une flexibilité et une élasticité inégalées. Pour une entreprise ou un acteur public, diriger son IT vers le cloud est donc un choix logique et même vital pour rester compétitif. Internaliser l’intégralité de ses services numériques n'a plus véritablement de sens. En effet, dans le cloud, les gains en matière de sécurité, de fiabilité, de répétabilité et de bonnes pratiques, construites par la communauté d’utilisateurs, est sans commune mesure.

À l’heure où la sur-consommation est remise en cause, profiter d’une offre mutualisée permettant de réduire l’empreinte carbone de son infrastructure IT devient stratégique. À ce titre, le cloud est devenu incontournable.

Les points saillants du “Go to cloud”

La législation sur les données s’applique en fonction de l’endroit où sont stockées ces données et non vis-à-vis de l’entreprise qui les “possède”.

La localisation des données est un facteur clé lorsque l’on choisit la ou les solutions de cloud. La législation sur les données s’applique en fonction de l’endroit où sont stockées ces données et non vis-à-vis de l’entreprise qui les “possède”.

Par exemple, les données stockées en France sont soumises à la loi française et celles stockées aux États-Unis sont soumises à la loi américaine, incluant le Patriot Act.

Il faut donc se pencher de plus près sur le respect de la propriété des données.

La “gravité”, au sens newtonien du terme, c’est-à-dire l’attraction des données les unes par rapport aux autres au fur et à mesure de leur augmentation, est l’axe central d’un Go to cloud.

La donnée appelle des traitements et génère ainsi des données connexes. Assez rapidement, toutes finissent par se retrouver au même endroit, ou en tout cas proches les unes des autres. Les approches hybrides qui mêlent cloud et “on premise” (localisation de l’infrastructure cloud dans l’entreprise) vont être freinées par cette gravité de la donnée. En effet, seules certaines catégories de données peuvent dans ce cas être séparées efficacement (données RH et données métier, par exemple).

C’est cette gravité de la donnée qui entraîne ce que l’on appelle une situation de “vendor locking” vis-à-vis de l’hébergeur de cloud, c’est-à-dire une dépendance à un seul fournisseur de services.

C’est la raison pour laquelle les grands opérateurs internationaux de cloud ont entrepris une conquête à marche forcée des données des entreprises. Une fois récupérées et traitées dans leurs solutions, la migration, qui reste tout à fait possible, devient un parcours du combattant.

La souveraineté de l’hébergeur de cloud

De même que la localisation des données est importante, la nationalité de l’hébergeur de cloud l’est tout autant. On ne compte plus les interdictions d’accès à certains services en fonction des régimes politiques ou des enjeux économiques. Les autorités américaines, suite à la mise en place de sanctions économiques contre l’Iran, ont décidé unilatéralement de contraindre leurs opérateurs de cloud à interdire l’accès de leurs services à tous les utilisateurs dont les connexions proviennent de ce pays.

Par exemple, Github et Gitlab, deux services renommés pour le partage indispensable entre développeurs, se sont retrouvés inaccessibles aux développeurs iraniens. Heureusement, depuis début 2021, les gestionnaires de Github ont réussi à passer outre ce blocage, sans finalement encourir de sanctions pénales. Dans le même temps, des services comme Amazon AWS, Microsoft Azure et Google GCP ont eux aussi été bloqués.

Qu’en serait-il si, dans n’importe quel pays, une bonne partie des services de l’État ou des villes étaient hébergés par ces acteurs ? Il s’agit d’un enjeu majeur qui interroge à l’heure où la politique gouvernementale française pour un cloud souverain vient d’autoriser des opérateurs de cloud nationaux à utiliser des licences logicielles venant des Gafam pour administrer et fournir tous les services cloud.

Les bonnes pratiques pour une utilisation du cloud raisonnée

Ne pas être “vendor locked” !

Le dumping actuel sur le coût des infrastructures cloud par certains fournisseurs engendrera une hausse massive des tarifs une fois le marché “acheté”. Il faut donc garder une certaine indépendance sur ces outils et services numériques. Cela permet aussi d’innover de manière différente et d'assumer le made in France, le made in Europe !

Il faut faire confiance aux développeurs et aux entrepreneurs français et utiliser leurs outils décentralisés afin de favoriser la souveraineté.

La tech française (et européenne) est prête et compétitive, mais a encore besoin de feedback pour continuer à progresser. Il faut faire confiance aux développeurs et aux entrepreneurs français et utiliser leurs outils décentralisés afin de favoriser la souveraineté. Il s’agit d’opportunités à saisir, avec une approche plus locale et responsable. L'écosystème de développeurs français est actif, vivant, compétent et extrêmement talentueux.

Utilisons des solutions françaises et faisons-les grandir pour correspondre aux besoins du plus grand nombre. Il en existe de nombreuses, comme OVH Cloud, Clever Cloud, Scalingo, Scaleway, etc. Faisons en sorte que la qualité française reconnue à l’étranger soit aussi reconnue en France !

Plus généralement, remettons les sachants au cœur de la prise de décision. Le Go to cloud est compliqué car beaucoup de solutions s’offrent aux entreprises. Le changement est toujours possible et les gains sont réels. Alors prenons acte, ensemble, du fait qu’il y a bien un espace pour les acteurs français, européens, qui permettront de créer plus de diversité et de spécificités et de faire de nos entreprises des champions grâce au cloud.


Nicolas Savois est directeur des nouvelles technologie chez Talan Labs.


Les avis d'expert sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS