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[Avis d'expert] Et si le premier véhicule vraiment autonome était un tracteur?

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Tribune Les promesses de la voiture autonome se sont heurtées aux réalités du terrain. Mais c'est peut-être dans l'agriculture ou le transport de marchandises que la technologie dévoilera le plus vite son potentiel, estime Jean-François Belorgey, responsable du secteur automobile chez EY.

[Avis d'expert] Et si le premier véhicule vraiment autonome était un tracteur?
Jean-François Belorgey, associé EY, est responsable du secteur automobile pour le cabinet.
© Franck Dunouau

Le rêve semblait à portée de main. Waymo, filière de Google avait ouvert la voie dès 2009, Elon Musk l’annonçait pour 2016, Toyota pour 2020, la voiture autonome semblait en bonne voie pour circuler dans nos rues avant la fin de la décennie.

Mais après plusieurs accidents et la prise en compte des réalités du terrain (météo, rues sinueuses, embouteillages, piétons indisciplinés…), la réalité a rattrapé jusqu’aux plus visionnaires et les annonces se sont succédé: arrêt des développements des niveaux d’autonomie les plus avancés chez PSA, rapprochements de BMW et Daimler pour développer des assistances à la conduite, inquiétudes sur la sécurité chez Volkswagen. Même le patron de Waymo, John Krafcik a émis des réserves estimant qu’une voiture 100% autonome était probablement "un mythe".

La révolution tant attendue s’arrête-t-elle là? C’est oublier un peu vite que la mobilité ne concerne pas que le transport de personnes. Dans nos sociétés, l’échange de biens et de services prend une part sans doute moins visible mais pourtant considérable dans les flux de circulation. Produits frais, matériaux de construction, biens de consommation, équipements transitent sans discontinuer sur nos routes et au-delà de nos frontières, nécessitant une logistique à la fois astucieuse et chronométrée pour optimiser les coûts et éviter les retours à vide. Or circuler sur une autoroute est moins complexe que sur une artère de Rome en pleine saison touristique. Et si les premiers véhicules autonomes à rouler sur nos routes étaient plutôt des camions ou des tracteurs?

Fret autonome

Avec leurs routes nettement délimitées par des barrières et des accotements, leur sens unique de circulation et la possibilité de créer des voies dédiées aux véhicules autonomes, les autoroutes paraissent toute indiquées pour tirer parti des technologies développées jusqu’ici pour les particuliers. Des tests ont d’ailleurs déjà été menés avec succès dans de nombreux pays, impliquant des files de camions semi-autonomes conduites par un véhicule de tête de facture classique et un chauffeur humain.

Couplée aux technologies naissantes de la blockchain et aux modèles de partage de la propriété, c’est une révolution des modèles d’affaires qui se profile, mais cette fois concrète, toute proche. L’appairage des actifs physiques avec leur double numérique dans la blockchain qui permet de les suivre en temps réel, l’exécution automatique des contrats grâce aux smart contracts – ces protocoles informatiques hébergés dans la blockchain – sont déjà utilisés, dans le transport maritime, le secteur viticole et la livraison de produits frais notamment. De leur côté, les modèles de partage de la propriété sont également bien connus. On ne compte plus les plateformes qui possèdent ou mettent à disposition leur flotte de véhicules à ceux qui sont prêts à s’en payer les services. De là, il n’y a pas loin à imaginer un service de fret autonome sans interruption permettant de réduire les coûts, les délais d’approvisionnement et… la qualité de l’air, car l’on peut espérer que ces trajets seront plus efficaces.

Et les tracteurs?

Souvent vastes et exempts de toute circulation, les champs sont également de bons candidats pour accueillir des véhicules autonomes. D’ailleurs, nombreuses sont les machines agricoles qui sont déjà automatisées en partie. Dans des pays où l’agriculture représente une part significative de l’économie, ces technologies pourraient augmenter la productivité de manière substantielle. D’autant plus que les modèles de partage de la propriété s’y prêtent sans doute plus qu’ailleurs. Beaucoup de machines agricoles ne servent en effet que quelques semaines par an et demeurent le reste du temps au garage. Un paiement au kilomètre par l’intermédiaire de la Blockchain permettrait de rendre le travail plus aisé et moins coûteux pour les agriculteurs.

Les révolutions technologiques, l’urgence climatique poussent les constructeurs à faire des paris sur l’avenir sans avoir une idée très précise de la façon dont ils vont pouvoir protéger et faire grandir leurs marges.

Conduite autonome, motricité électrique, innovation logicielle, l’avenir du secteur dépend de nombreux paramètres et d’un subtil équilibre entre le développement de nouvelles fonctionnalités et la capacité à les fiabiliser dans la production de milliers de véhicules. Un alliage qui se forgera comme toujours dans un creuset des contraintes imposées par l’environnement : celui, effervescent, complexe et très réglementé des villes sans aucun doute, mais aussi et surtout celui plus large et ouvert de l’ensemble des zones de circulation, y compris les moins conventionnelles comme celles des champs.

Jean-François Belorgey, associé EY, responsable du secteur automobile

Les avis d'expert sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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