[Avis d'expert] Comment redorer le blason des métiers boudés par les Français?

Alors que la reprise pointe le bout de son nez, le taux de chômage reste élevé ; pourtant, de nombreux secteurs peinent toujours à recruter. Si les causes peuvent varier, force est de reconnaître que certains métiers restent mal aimés des Français en raison de préjugés tenaces. Les préconisations de Christine Lemaire, directrice des ressources humaine de l'entreprise SFAM.

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[Avis d'expert] Comment redorer le blason des métiers boudés par les Français?
Les métiers des services, du tertiaire ou encore de l'industrie font partie des plus délaissés en France ces dernières années.

Paradoxe, alors que nombre de Français sont à la recherche d’un emploi, de nombreux postes restent inoccupés. En cause, une formation pas toujours adaptée aux besoins du marché, des problématiques d’information ou d’orientation, ou encore, un "désamour" avéré pour certains métiers qui continuent d’être boudés, délaissés à tort parce que méconnus, ou victimes d’a priori tenaces : mal rémunérés, trop difficiles, peu "attrayants" ni épanouissants, socialement dévalorisés...

Ces métiers délaissés à tort

Nombreux sont les métiers dits "en tension", dont l’image dégradée explique en partie que près de la moitié (44,4 %) des recrutements aient été jugés "difficiles" par les entreprises en 2018[1]. Parmi eux, ce sont les métiers de services (aides à domicile, agents d’entretien, cadres de l’hôtellerie, etc.), du tertiaire (ingénieurs, chercheurs en informatique, experts-comptables) ou encore de l’industrie qui peinent le plus à séduire de nouveaux candidats. À tort, encore une fois, car ces métiers sont parfois très bien rémunérés, enrichissants professionnellement et humainement sources de nombreux débouchés et porteurs de sens, une demande exprimée par plus de sept jeunes français sur dix aujourd’hui.

Téléconseiller, un métier stratégique en pleine mutation

Parmi ces métiers souffrant de préjugés, les fonctions commerciales ne font, semble-t-il, plus rêver les jeunes générations. A leur sortie d’une école de commerce, seuls 10 % des jeunes diplômés occuperont un poste commercial, la plupart d’entre eux préférant aujourd’hui s’orienter vers la finance, le marketing ou encore les ressources humaines. Les métiers commerciaux ou de la relation client demeurent cependant des postes clés dans l’entreprise, à commencer par celui de téléconseiller qui, s’il fait bel et bien partie de ces jobs mal aimés, mérite pourtant qu’on s’y intéresse.

D’abord parce que ce métier est un métier de service : être téléconseiller, c’est répondre aux besoins et aux souhaits des clients, apporter des réponses personnalisées à leurs interrogations et résoudre leurs problématiques. Ce métier procure donc un sentiment d’accomplissement et une véritable satisfaction à qui aime mettre son énergie au service d’autrui.

Ensuite, parce que ce métier offre de réelles et rapides opportunités de carrière, notamment vers des postes d’encadrement. Inutile pour cela d’afficher sur votre CV un brillant parcours universitaire ou une école prestigieuse. Ce qui compte ici, c’est avant tout votre sens du service, votre engagement, votre esprit d’équipe.

Enfin, parce que ce métier a beaucoup évolué au cours des dernières années. D’ailleurs, il n’existe plus un mais des métiers de la relation client. Les métiers se sont en effet largement diversifiés, et ce afin de toujours mieux répondre aux attentes des consommateurs, qu’il s’agisse de la télévente, du service après-vente ou encore de l’assistance technique - une évolution bienvenue, entraînant elle-même les profils recherchés à être toujours plus pointus et qualifiés.

En tout état de cause, les téléconseillers assument une mission primordiale : veiller à la satisfaction des clients, sans laquelle aucune entreprise n’inscrit son succès dans la durée. On est donc loin, très loin même, de ces "bullshit jobs "ayant récemment défrayé la chronique.

Comment revaloriser les métiers délaissés ?

Revaloriser ces métiers mal aimés n’en demeure pas moins nécessaire. Et pour cela, plusieurs acteurs doivent se mobiliser ; à commencer par notre système éducatif, en organisant, par exemple, des interventions de professionnels dans les classes dès le collège : une manière pour les jeunes de découvrir différents métiers, mais aussi de mettre en valeur les salariés en postes, véritables "ambassadeurs" de leur métier.

Les entreprises doivent accroître leurs efforts de communication. Caroline Soubils, expert-comptable, estime ainsi que "l’image de [son] métier étant catastrophique", il est plus que jamais nécessaire que celui-ci soit présenté aux jeunes de façon plus attrayante, afin qu’ils "comprennent que leur rôle est davantage d’accompagner les dirigeants au quotidien pour les aider à gérer leur entreprise" que de rester derrière un ordinateur à remplir des fichiers Excel.

Enfin, les divers acteurs de l’emploi et de l’insertion doivent également être au rendez-vous, en mettant sur pied des événements autour de ces métiers délaissés, ou encore en aidant à la mobilité géographique, à l’image des actions entreprises par le Medef qui anime depuis 2016, la "coalition en faveur des compétences et des emplois dans le secteur du numérique" afin de "favoriser la connaissance et l’attractivité des métiers du numérique dès le plus jeune âge". En 2014, l’organisation patronale avait par ailleurs mis sur pied la campagne "Beau Travail" : une série de spots TV destinés à promouvoir des métiers qui ont du mal à recruter.

Ces initiatives devraient permettre à des métiers mal connus ou décriés, bien qu’indispensables, de susciter l’intérêt de tous et, par conséquent, de remédier en partie à l’inadéquation entre offre et demande d’emploi. Et pourquoi pas aller plus loin avec des actions originales en matière de recrutement, à l’image de la société Lego par exemple qui, pour recruter ses nouveaux designers, organise régulièrement le concours Lego Brick Factor dans lequel les candidats doivent redoubler d’imagination pour proposer de nouvelles constructions innovantes qui plairont aux enfants.

Christine Lemaire, directrice des ressources humaine de l'entreprise SFAM

Les avis d'expert sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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