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[Avis d'expert] Catastrophe industrielle : le rôle de la norme Atex dans la culture de sécurité des sites sensibles

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Tribune L’incendie de l’usine Lubrizol, classée "Seveso", à Rouen nous rappelle à quel point le développement d’une culture de sécurité et le respect des normes sont des éléments fondamentaux dans l’industrie. Par Philippe Billet, DG France et Europe du Sud d’Ascom.

[Avis d'expert] Le rôle de la norme Atex dans la culture de sécurité des sites sensibles
Philippe Billet, directeur Ascom France et Europe du Sud

"Seveso", qui tire son nom d’une ville italienne où s‘est produit une catastrophe industrielle en 1976, est une directive européenne de 1982 qui impose aux Etats membres de l’UE d’identifier les sites industriels présentant des risques d’accidents majeurs, afin d’y maintenir un niveau de prévention élevé. Selon le ministère de la Transition écologique et solidaire, 1 312 sites Seveso sont recensés en France, dont 705 en "seuil haut" comme c’est le cas pour Lubrizol. Quels sont les premiers éléments de sécurité indispensables ?

Managers, impulsez une culture de sécurité !

Le code du travail est formel : l’employeur doit proposer à ses salariés des formations liées à la sécurité au travail. Les entreprises, quel que soit la taille et le secteur, ont tout intérêt à s’entourer d’experts en la matière. La sécurité est aussi un enjeu économique : selon le rapport de l’association internationale de la sécurité sociale (AISS), les entreprises peuvent espérer un retour potentiel de 2,20 euros pour chaque euro investi dans la sécurité. Sécurité rime donc avec performance.

Mais qu’est-ce qu’un dispositif performant ? Si les moyens sont nombreux, la sécurité repose avant tout sur une impulsion de la direction. Il s’agit de créer un contexte favorable, une culture de la sécurité et de la prévention. Pour passer de la conviction à l’action, la culture de prévention suppose une approche intégrée au fonctionnement de l’entreprise qui s’appuie sur les hommes et les femmes qui la constituent.

Dans le secteur industriel où les risques sont les plus fréquents, on parle notamment des dispositifs de protection du travailleur isolé (PTI) et dispositif d’alarme pour travailleur isolé (Dati). Ces dispositifs doivent garantir à la fois la mobilité des collaborateurs et une réactivité accrue des secours en cas d’incident. Dans le cas d’un collaborateur évanoui, l’enjeu est de le localiser, mais aussi et surtout d’être capable de le secourir rapidement et efficacement, donc de transmettre l’information à la bonne personne, au bon endroit, en temps réel. Et sur les sites Seveso, plus qu’ailleurs, chaque minute compte.

Prévention : le rôle de la norme Atex

Pour prévenir les risques d’explosion en milieu industriel, l’Union européenne a mis en place la norme Atex (acronyme pour désigner une atmosphère explosive). Cette norme vise à renforcer la sécurité des travailleurs évoluant dans les zones à risques d’explosion. Toutes les entreprises industrielles qui utilisent des substances inflammables sont exposées à ces risques et sont concernées par la réglementation Atex. Ces zones sont principalement de deux sortes : les secteurs avec présence de gaz et vapeurs et les secteurs poussiéreux.

Pour identifier l’ensemble des zones dites Atex (susceptibles de générer des atmosphères explosives), une évaluation du risque d’explosion est nécessaire dans l’entreprise. Les résultats de cette évaluation doivent être formalisés dans un document relatif à la protection contre les explosions appelé DRPCE. Intégré au document unique, le DRPCE doit être régulièrement tenu à jour. Son actualisation peut s’avérer notamment nécessaire lors de changements au niveau des produits, de l’organisation du travail ou à l’issue d’une évaluation du risque faisant suite à une veille technologique.

Aux industriels de s’équiper en conséquence. Par exemple, le groupe français Guerbet, fleuron industriel de la santé, utilise des terminaux mobiles Atex pour ses travailleurs isolés, intégré aux systèmes d’information en place sur ses sites sensibles. Le dispositif Atex complète le plan de prévention et de sécurité de Guerbet pour garantir un très bon niveau de performance industrielle dans un contexte de croissance du groupe.

POI + PPI = plans de secours indispensables

En parallèle d’un équipement adapté, les sites classés Seveso doivent également mettre en place les plans de secours POI (plan d’opération interne) et PPI (plan particulier d’intervention) qui permettent de définir le périmètre et les moyens d’intervention en cas d’accident industriel grave.

Le principal objectif du POI est de se préparer rapidement et efficacement à une situation de crise. Il vise à protéger le personnel, la population, les biens et l’environnement immédiat. Dans cette procédure prédéfinie en interne, sont dictées les mesures d’organisation des secours et d’intervention à mettre en œuvre en cas de sinistre. Le POI contient l’analyse des scénarios d’accident, les différentes procédures d’alerte, l’organisation des secours, la localisation des installations et les moyens d’interventions.

Mis en place par le préfet, le plan particulier d’intervention permet de faire face à un sinistre sortant des limites de l’établissement. Ce plan d’urgence est une déclinaison du plan Orsec (Organisation de la réponse de la sécurité civile). En mobilisant les services de secours, les collectivités territoriales ou les exploitants d’autres sites à risques proches de l’accident, l’objectif du PPI est de protéger les populations des effets du sinistre. En effet, en France, 97 des usines en "seuil haut" sont implantées dans des zones avec au moins 100 000 habitants dans un rayon d'un kilomètre alentour.

Depuis 20 ans, la problématique de sécurité en interne repose sur la réactivité, pièce maîtresse de la culture de sécurité industrielle. Dans cette optique le développement d’une culture de sécurité et de formation auprès des salariés est indispensable : quand une alarme intervient, le procédé de traitement de l’information doit être connu et assimilé car en cas d‘accident chaque minute compte ! Même s’il est important de rappeler que le "risque zéro" n’existe pas, tout mettre en œuvre pour protéger les salariés reste un devoir prioritaire de l’équipe dirigeante.

Philippe Billet, Directeur Ascom France et Europe du Sud

Les avis d'expert sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle

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