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Avions ravitailleurs: EADS repart au combat, seul cette fois-ci

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La saga des «avions citerne» de l’US Air Force est repartie de plus belle. Le géant de l’aviation et de la défense européen a confirmé qu’il entendait décrocher ce contrat d’un montant initial de 35 milliards de dollars, mais qu’il ne s’arc-bouterait pas à un allié stratégique de poids. En mars dernier, Northrop Grumman avait lâché EADS.

Avions ravitailleurs: EADS repart au combat, seul cette fois-ci © REUTERS

Il faudrait plus d’un nuage de cendres volcaniques ou même politique pour décourager le consortium européen EADS de renoncer à un rêve vieux de presque dix ans: remporter l’appel d’offres dans le cadre du programme de renouvellement des avions de ravitaillement en vol de l’US Force. Le Pentagone veut acquérir un lot initial de 179 ravitailleurs. A la clef, un juteux contrat de 35 milliards de dollars (26 milliards d'euros).

L'européen EADS a accusé maints déboires dans cette affaire. En 2008, il avait décroché un second appel d’offres, alors allié à Northrop Grumman, mais les autorités américaines l’avaient annulé après que Boeing ait déposé un recours. Malgré tout, le consortium européen repart au combat, bien décidé à tenir tête à Boeing et à accroître le périmètre de ses affaires aux Etats-Unis. Il l'a fait savoir le mardi 10 avril 2010 au soir.

L’offre d’EADS sera communiquée le 9 juillet

Or, cette fois-ci, à la grande surprise des spécialistes du secteur de la défense, EADS va présenter son offre en l’absence d’un allié de poids tel que Northrop, qui avait jeté l’éponge, une fois pour toutes, en mars. Le groupe européen va se contenter de faire appel à une équipe de sous-traitants ancrés sur le sol américain, dont General Electric et Honeywell.
En tout, il peut déjà compter sur environ 200 équipementiers.

La voie céleste est donc ouverte pour qu’EADS puisse trouver les partenaires industriels afin de concrétiser son rêve américain. Reprenant des propos récents de Louis Gallois, président exécutif d’EADS, l’un de ses collaborateur explique à l'Usinenouvelle.com: «Nous avons prévu l’installation d’un site de production dans l’Etat de l’Alabama. Les ravitailleurs que nous y assemblerons serons constitués à 60 % d’éléments et composantes made in America.» Le premier avril dernier, le Pentagone avait retardé la date de clôture de l’appel d’offres et EADS a jusqu’au 9 juillet pour communiquer ses propositions à l’exécutif américain. Un geste conciliateur pour convaincre l'européen de se remettre en selle.

Dans un premier temps en effet, EADS associé à Northrop Grumman avait remporté le contrat des avions ravitailleurs de l'armée de l'air américaine, avant que celui-ci ne soit annulé à la suite de pressions des milieux politiques américains et de leur concurrent, Boeing.
Le cahier des charges et l'appel d'offre ont ensuite été reformulés de façon à avantager Boeing, accusent Northrop Grumman et EADS, qui se sont retirés, laissant le constructeur américain seul en lice.

A-t-il vraiment ses chances face à Boeing?

Quelles sont les réelles chances et les motivations du consortium européen, dans un pays que l’on pourrait qualifier de «Royaume de Boeing»? Logiquement, les chances de l’avionneur américain de voir sa candidature retenue sont considérables par rapport à ce «trouble fête» qu’est EADS. Mais un collaborateur du groupe européen qui suit de près ce dossier affirme que le Pentagone voit d’un œil favorable l’A330 MRTT (Multi rôle tanker transport) car il correspondrait mieux aux attentes des Forces armées américaines. Par ses dimensions, le ravitailleur issu de la plateforme de l’A330 jouit d’une autonomie de vol lui permettant un rayon d’action plus vaste que le ravitailleur de Boeing, «précisément dans la zone Pacifique-Asie, primordiale pour les Etats-Unis à cause des nombreux conflits armés qui y couvent».

EADS se fait fort de souligner que le projet d’avions citerne de Boeing n’existe, présentement, que sur le papier. Des arguments d'autant plus porteurs que le consortium européen a déjà signé des contrats de fourniture de ravitailleurs avec quatre Etats: l’Australie, l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et la Grande-Bretagne. En tout, une soixantaine d’appareils son commandés. Et puis, s’enorgueillit-on chez EADS, «nos ravitailleurs correspondent aux deux systèmes d’alimentation des avions en plein vol, à savoir la perche et les nacelles latérales».

Plusieurs sénateurs tressent des lauriers à EADS

Bien que Boeing soit à même d’exercer un fort lobbying auprès des autorités américaines, le projet d’EADS bénéficie d’un courant de sympathie au sein du Congrès. Le sénateur républicain de l'Alabama Jeff Session a déclaré aux journalistes d’un média français: «Je suis enchanté qu’EADS confirme sa participation à l’appel d’offres. Je pense que leur avion est meilleur". Un de ses collègues a estimé que «la présence d’un groupe s’opposant à Boeing sert les intérêts de nos soldats et des contribuables.» Parmi les contempteurs de l’avionneur européen, le sénateur de l’Etat de Washington, Patty Murray, qui évoque «les subventions publiques illégales obtenues par EADS pendant des années».

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