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Avec Volvo, Geely s'achète une réputation

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En perte de vitesse, Volvo passe sous le giron de Zhejiang Geely. L'union entre ce constructeur chinois bas de gamme et la marque suédoise tient de la carpe et du lapin.

Avec Volvo, Geely s'achète une réputation
Accord. Le dirigeant de Geely, Li Shu Fu à gauche, et celui de Ford Motor Company,Lewis Booth, ont scellé la vente de Volvo le 28 mars.
© DR

La crise est fatale à l'automobile suédoise. Après Saab, passé dans l'escarcelle du petit constructeur néerlandais Spyker, c'est au tour de Volvo d'être racheté. Pour presque une bouchée de pain. L'acquéreur, le chinois Geely, a versé 1,8 milliard de dollars à Ford, propriétaire du constructeur depuis 1999, qui l'avait racheté à l'époque 6,45 milliards. Zhejiang Geely Holdings, le « petit » que personne ne connaît face aux BYD et autres SAIC chinois, réalise un chiffre d'affaires six fois inférieur à celui de Volvo Cars, mais croît à grande vitesse. Son fondateur, Li Shu Fu , est parvenu à le hisser en tête des constructeurs chinois « indépendants » (il est coté à la Bourse de Hongkong). Pourtant, Geely n'existait pas sur le marché automobile il y a encore une dizaine d'années. Sa production est aujourd'hui quasi équivalente à celle de Volvo, avec 330 000 véhicules écoulés en 2009.

Toute la question est de savoir si ce mariage, qui ressemble à celui de la carpe et du lapin, va fonctionner. Les produits de Geely ne sont pas réputés pour leur sécurité. C'est même l'inverse. Volvo, lui, a toujours fait de la fiabilité un argument de vente. La marque suédoise est même clairement positionnée sur le segment « premium » du marché, ce qui est loin d'être le cas de Geely, dont les voitures sont considérées comme bas de gamme, y compris en Chine. Pour le constructeur chinois, le rachat de Volvo est donc un moyen d'entrer à bon prix sur le marché européen, tout en accédant à la technologie automobile occidentale et au savoir-faire en matière de design et de marketing. Geely devra apprendre à s'entendre avec l'autre propriétaire des droits de la marque, le fabricant de camions Volvo Group AB. Ce dernier co-exploite la marque Volvo au travers d'une société appartenant à parts égales à Volvo Cars et à Volvo Group.

DES PARTS DE MARCHÉ EN BAISSE EN EUROPE

Toutefois, si Geely a déboursé presque quatre fois moins que Ford il y a dix ans pour s'offrir Volvo, c'est que sa cible a perdu beaucoup de son lustre d'antan. Années après années, la marque s'est fait marginaliser par les constructeurs allemands, comme Audi ou BMW. Ces derniers écoulant des volumes deux à trois fois supérieurs. La part de marché de Volvo en Europe, où il réalise 60 % de ses ventes, atteint à peine 1,3 %. Trop peu pour vraiment peser. Aux Etats-Unis (son deuxième débouché avec 30 % du chiffre d'affaires), Volvo jauge 0,6 % du marché. Tant qu'il se trouvait dans le giron confortable d'un géant comme Ford, le suédois pouvait mener son bonhomme de chemin. Et perdre beaucoup d'argent : le constructeur de Göteborg (Suède), où il a son siège social, accumulait les résultats négatifs depuis près de quatre ans, avec notamment une perte de 934 millions de dollars en 2009. L'effectif a donc été réduit à 21 000 salariés, contre 25 000 début 2008. Ce mouvement a touché tous les sites, en particulier les deux principales usines, celle de Torslanda près de Göteborg, et de Gand en Belgique. Le constructeur suédois possède aussi des sites en Suède pour la fabrication de moteurs et de composants.

Jusqu'à présent, Li Shu Fu a tenté de rassurer les salariés de Volvo en leur certifiant qu'il ne toucherait pas « à ce qui a fait la grandeur de Volvo ». Les deux marques seront gérées séparément, jusqu'à un certain point. En effet, Li Suphu a annoncé la création à moyen terme d'un site... en Chine, pour produire 300 000 véhicules par an. En attendant, tout le monde à Göteborg croise les doigts pour que les dernières nouveautés présentées au salon de Genève (la berline S 60 et le coupé C 70) soient des succès.
 

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