"Avec Solar Impulse nous sommes dans la même logique que les hommes qui ont marché sur la Lune", estime Bertrand Piccard

Ce mercredi 9 avril, Solar Impulse a enfin dévoilé le nouvel avion solaire qui devrait relever l’an prochain un projet fou : le premier tour du monde en vol solaire sans carburant. L’initiateur du projet et futur copilote de l’avion, Bertrand Piccard, s’est confié à L’Usine Nouvelle.

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L'Usine Nouvelle - Solvay, Bayer, Altran... de nombreux groupes industriels participent au projet Solar Impulse. Quel était leur intérêt ?

Bertrand Piccard - Notre but est de promouvoir les technologies les plus révolutionnaires qui peuvent être développées partout. Une chaîne se crée entre la technologie et l’innovation. Avec Solar Impulse, on démontre que ces technologies sont possibles et que les entreprises peuvent ensuite trouver des applications pouvant être mises sur le marché. Le bénéficiaire final, c’est donc la société dans son ensemble. Bayer MaterialScience, par exemple, a créé des matériaux composites qui peuvent également donner aux pales d’éoliennes une durée de vie trois fois supérieure à la normale. Nous avons aussi montré ainsi que nous pouvions faire travailler ensemble deux groupes chimiques concurrents, Bayer et Solvay.

Votre famille a une histoire forte avec le chimiste belge Solvay…

Au début du vingtième siècle, Ernest Solvay avait créé avec Albert Premier le fonds national belge pour la recherche scientifique. Le premier projet financé a été le vol dans la stratosphère de mon grand-père, Auguste Piccard. Avec Solvay, nous nous sommes retrouvés autour de Solar Impulse : il a été le premier partenaire principal du projet.

Vous avez désormais 80 partenaires. Vous en manque-t-il encore ?

Ce qui est fascinant, c’est la qualité des gens qui gravitent autour de Solar Impulse. Les gens bornés et stupides se sentent très mal dans ce projet ! Nous avons investi 150 millions de francs suisses (122,5 millions d’euros, ndlr) depuis que nous avons commencé. Tout est couvert aujourd'hui, et nous sommes prêts sur les plans technique et opérationnel. Mais nous cherchons encore quelques partenaires pour le tour du monde. Que ce soit dans la logistique, le transport au départ des villes, la communication, les programmes éducatifs sur les énergies renouvelables…

Comment vous préparez-vous à supporter cette succession de vols de plusieurs jours chacun ?

C’est très impressionnant, mais le but n’est pas de se faire peur. Il faut être bien entraîné pour que cela marche. Avec André Borschberg (copilote et PDG de Solar Impulse, ndlr), nous sommes suivis par les cliniques Hirslanden qui nous ont fait passer toute une batterie de tests et nous surveillent aux niveaux articulaire, circulatoire… Nous nous entraînons physiquement à voler sur ce nouvel avion. Outre la préparation logistique pour les autorisations de vols, nous avons aussi un programme de simulations de trajectoires et de vols virtuels élaboré par Altran. Il lance des milliers de simulations avant chaque vol, et choisit celle qui se passe le mieux. Un tel programme m’a permis lors d’un vol sur Solar Impulse 1, alors qu’il y avait trop de vent d’altitude pour atterrir, d’arriver à Madrid en marche arrière, pile à l’heure, sans trop dériver !

Que redoutez-vous le plus durant votre tour du monde ?

Les problèmes techniques et météo. Certes, les problèmes techniques seront beaucoup moins probables avec cet avion qu’avec le tout premier, car nous avons beaucoup travaillé sur la fiabilité. Mais la météo n’est pas évidente à gérer lorsqu’on part pour 35 000 kilomètres ! Nous allons devoir adapter notre stratégie en cours de route. Nous nous appuierons aussi sur le travail des météorologues, contrôleurs aériens et ingénieurs de notre réseau.

Pourquoi avez-vous eu besoin de concevoir un nouvel avion ?

Le premier était plus un prototype. Il n’était pas équipé pour le voyage, n’avait pas de toilettes... Maintenant, on ne peut plus se dire qu’on fera mieux la prochaine fois. Solar Impulse 2 est parfait, avec les limites imposées par l’utilisation de l’énergie solaire. Cela a nécessité une envergure plus grande, une vitesse relativement lente (entre 30 et 140 km/h, ndlr), mais c’est le prix à payer pour pouvoir voler jour et nuit.

Avez-vous l’ambition de le rendre industrialisable ?

Nous sommes dans la même logique que les hommes qui ont réalisé le premier pas sur la Lune : montrer que c’est possible et développer des technologies applicables par ailleurs. Ils ne voulaient pas envoyer des touristes sur la Lune ou multiplier les fusées Apollo !

Isolation, batterie... Si toutes les technologies de Solar Impulse étaient utilisées dans le monde, on pourrait diviser par deux la consommation d’énergie de la planète : c’est fascinant. Et ce que fait ABB, notre nouveau partenaire, c’est exactement cela : commercialiser des systèmes qui économisent l’énergie.

Que ressentez-vous aujourd'hui, en dévoilant enfin cet avion?

C’est émouvant. On présente l’avion dont on a rêvé, qu’une incroyable association de technologies a permis de construire, mais il n’a pas encore volé ! Les vols techniques et d’entraînement s’échelonneront entre mai et octobre. Et d’ici là, nous devons le tester durant un mois au sol pour tout vérifier : panneaux solaires, circuits électriques. La consécration, ce sera le tour du monde, en mars 2015. Au départ du Golfe persique.

Qu’envisagerez-vous après ?

On fera une conférence de presse pour vous le dire !

Et que va devenir le premier avion ?

Solvay l’a repris et va l’exposer à la Cité des Sciences à Paris. Trois millions de personnes la visitent chaque année, c’était la meilleure vitrine possible !

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

Gaëlle Fleitour Cheffe du service Web

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