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L'Usine Aéro

Skywise, l'offre de maintenance prédictive d'Airbus qui a séduit easyJet

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Publié le , mis à jour le 27/03/2018 À 17H25

L’avionneur européen Airbus veut collecter les données de milliers d’avions en vol pour améliorer leur exploitation. Reste à convaincre les compagnies aériennes . EasyJet est l'une des premières à lui faire confiance : la compagnie à bas coût vient de lui confier la maintenance prévisionnelle de sa flotte pendant cinq ans.

Skywise, l'offre de maintenance prédictive d'Airbus qui a séduit easyJet
Easyjet confie la maintenance prévisionnelle de sa flotte de près de 300 appareils à Airbus.
© Airbus

Imaginez une flotte d’avions qui transmettraient l’ensemble de leurs données de vol sur une seule et même plate-forme numérique, de la moindre vanne défectueuse à un décollage poussif, en passant par des vibrations anormales de la voilure. Collectées, agrégées, retraitées, ces données formeraient un trésor. Il deviendrait possible pour l’utilisation de chaque avion de s’enrichir de l’exploitation des autres. À la clé, des millions d’euros d’économie. Changer cette pièce juste avant qu’elle ne tombe en panne, définir la meilleure trajectoire de vol pour réduire la consommation de carburant…Une révolution pour l’aéronautique, un changement de modèle économique pour les industriels, un scénario de rêve pour les compagnies aériennes. Et qui prend forme.

Son nom ? Skywise. Une plate-forme développée par Airbus, qui vise rien moins que donner à chaque avion une existence pleine et entière dans le monde numérique. Elle pourrait s’appliquer aux quelque 42 000 avions de ligne qui voleront d’ici à 2036. "L’idée est qu’un avion naisse dans Skywise, y soit exploité et enfin démantelé, résume Jaime Baringo Ezquerra, le directeur du développement du business digital chez Airbus. Même démantelé, un appareil continuera à vivre dans Skywise dans la mesure où les données accumulées durant son exploitation continueront à avoir de la valeur pour le reste de la flotte existante."

Peu médiatisé, Skywise est pourtant stratégique pour Airbus, offrant un levier de croissance loin du traditionnel métier d’assembleur d’avion. Preuve en est : la plate-forme a été présentée lors du dernier Salon du Bourget par les grands patrons du groupe, Tom Enders, le PDG, ainsi que le numéro deux, Fabrice Brégier. Depuis son lancement commercial début 2017, 12 compagnies aériennes sont connectées dont Easyjet, AirAsia, Emirates et Peach. Soit environ un millier d’avions. Skywise peut collecter 200 mégaoctets de données pour un vol, sans modifications de l’avion. Quant à son efficacité, elle est déjà démontrée.

Un partenaire à la sulfureuse réputation

"Il y a deux ans, nous avons commencé avec Delta Airlines un programme de maintenance prédictive avec lequel sont mis en œuvre nos algorithmes, précise Jaime Baringo Ezquerra. Delta a pu augmenter sa fiabilité opérationnelle et réduire ses coûts de maintenance de façon significative. Skywise a permis à Emirates d’améliorer la disponibilité de l’A 380 de 1 %. Avant même d’être proposé aux compagnies, Skywise a fait merveille au sein d’Airbus dès 2015. Derrière le lancement réussi de l’A 350, le dernier-né du groupe ? Skywise. Le développement et la mise en service de l’A 320neo effectués en un temps record ? Skywise. Partout où elle passe, la plate-forme démine les problèmes, anticipe leur résolution.

Un tour de force qu’Airbus doit à un singulier partenaire, Palantir. C’est l’une des start-up du numérique les plus puissantes au monde, qui pèse plus de 20 milliards de dollars. Une société à la sulfureuse réputation, créée en 2004 à Palo Alto (Californie). Entre ses liens avec la CIA, l’aide qu’elle aurait apportée dans la traque d’Oussama Ben Laden et son possible impact sur l’élection de Donald Trump, elle intrigue. Son nom n’est guère rassurant. Dans "Le Seigneur des anneaux", de Tolkien, un palantir est une pierre qui permet de tout voir dans l’espace et dans le temps… "J’étais sceptique au début sur les possibilités de cette entreprise, reconnaissait Tom Enders, au moment du Salon du Bourget. Mais je peux vous dire que Palantir est la meilleure entreprise de data analyse du monde." Sa valeur ajoutée dans Skywise ? Permettre de s’affranchir de la compatibilité et de l’hétérogénéité des systèmes des avions, qui peuvent être neufs ou anciens. Sa technologie permet en outre d’organiser et de visualiser les données. Les équipes d’Airbus ont de leur côté développé les algorithmes qui donnent du sens à ces données.

Confidentialité et anonymat garantis

Est-il risqué pour Airbus de partager ces données avec un tel coéquipier ? Non, selon les responsables du projet, car elles circulent encryptées dans un cloud fourni par Amazon et opéré par Airbus, via des datacenters situés en Irlande et en Allemagne. L’avantage concurrentiel apporté par Skywise est-il supérieur à la propriété intellectuelle des données ? "La question se pose alors que la guerre économique avec un pays comme les États-Unis reste omniprésente", souligne un expert. Reste que pour Airbus, ce pacte avec le diable est devenu une priorité. "Skywise nous sert à améliorer la fiabilité opérationnelle de nos avions et à croître dans les services digitaux payants aux compagnies aériennes, expliquait en septembre 2017 à ”L’Usine Nouvelle” Fabrice Brégier. Nous ne sommes pas les seuls à prétendre le faire, si ce n’est que nos applications sont très concrètes et que nos tests en ont démontré le potentiel."

Maintenance prédictive, réduction de consommation de carburant, disponibilité de la flotte… Skywise pourrait être l’outil qui fera décoller les services d’Airbus, qui ne représentent que 5 % du chiffre d’affaires de l’avionneur (65 milliards d’euros en 2016), soit environ 3 milliards d’euros. C’est deux fois moins que Boeing sur un périmètre comparable. Selon nos informations, Airbus vise un chiffre d’affaires dans les services de 10 milliards d’euros en 2020.

Skywise va bientôt prendre corps via un bâtiment sur le site toulousain d’Airbus qui pourra accueillir 700 personnes. L’enjeu pour l’avionneur : convaincre les compagnies aériennes peu habituées au partage d’informations. "Chaque opérateur reste propriétaire de ses données et peut mettre l’information qu’il souhaite dans Skywise, rassure Jaime Baringo Ezquerra. Nous garantissons la confidentialité et l’anonymat. Reste que nous cherchons à leur montrer la valeur qu’il y a à partager l’information." La masse de données promet d’exploser alors qu’Airbus va commencer à installer en série dès 2018 le boîtier Fomax fabriqué par Rockwell Collins. Capable d’enregistrer jusqu’à 30 gigaoctets d’informations par vol, il multipliera par soixante les données disponibles.

Airbus ne compte pas s’arrêter là. "L’ambition est de faire participer les équipementiers à Skywise, reconnaît Jaime Baringo Ezquerra. Nous sommes déjà en discussion avec la plupart des systémiers et des motoristes. Ensemble, nous discutons ouvertement de ce qui apporterait de la valeur à nos clients." Des discussions qui pourraient prendre l’allure d’un bras de fer alors que motoristes et grands équipementiers régnaient jusque-là en maîtres dans les services après-vente. Après l’A 350 et l’A 320neo, la plate-forme devrait aussi permettre d’améliorer l’efficacité industrielle d’Airbus. Marc Fontaine, le directeur de la transformation digitale, estime que Skywise permettra pour le prochain développement d’avion – pas avant 2025 ou 2030 – une réduction de 50 % des temps de cycle et des coûts de développement. Et le dirigeant l’assure : désormais, un avion se conçoit comme un logiciel.

« La vocation systémique de la plate-forme en fait un outil inédit »

Jérôme Bouchard, expert aéronautique chez Oliver Wyman

  • Quel sera l’impact de Skywise pour le secteur aéronautique ?

La mise en place de Skywise est de nature à faire bouger les lignes dans l’industrie aéronautique, au niveau des avionneurs, mais aussi des compagnies aériennes et des équipementiers. Cette plate-forme promet de modifier les rapports de force entre ces trois types d’acteurs. Pour la première fois, on va connecter entre elles près de 24 000 données de l’avion qui n’ont encore jamais été exploitées de la sorte. Et c’est sa vocation systémique, voire universaliste, englobant tous les aspects de l’industrie et tous les acteurs, qui en fait un outil inédit.

  • Comment convaincre les compagnies aériennes, première cible d’Airbus ?

C’est la première fois qu’un avionneur se lance dans une véritable démarche digitale plaçant les services aux clients au centre de son modèle économique, au lieu de s’en tenir à la vente d’avions qui fait son succès jusqu’à présent. Peu à peu, Skywise sera alimenté par des données issues des systèmes des avions en vol en temps réel. Cela représente une source précieuse d’informations pour les compagnies aériennes, qui leur permettra de réduire leurs coûts d’exploitation. Pour Airbus, l’objectif est d’en faire des prescripteurs de Skywise afin de rassembler le plus rapidement possible une masse critique d’utilisateurs. Le succès de la plate-forme résidera dans son degré d’appropriation par les compagnies aériennes.

  • Boeing poursuit-il la même logique stratégique ?

L’avionneur américain a tiré le premier en intégrant récemment toutes ses activités de services. Mais c’est une réponse que je qualifierai d’incrémentale. Aujourd’hui, les résultats de Boeing en matière de services sont supérieurs à ceux d’Airbus. Mais l’avionneur européen met en place un outil disruptif qui lui permettra d’assouvir ses ambitions en termes de chiffre d’affaires et de profitabilité dans les services pour dépasser Boeing. Nombre d’observateurs n’ont pas pris conscience de l’ampleur que pourrait avoir Skywise dans les années à venir. 

 

 

Comment l’avionneur a choisi Palantir

Pas simple pour un industriel « traditionnel » de sélectionner le bon partenaire issu du numé­rique. Airbus a choisi l’épreuve des travaux pratiques pour effectuer sa sélection du meilleur partenaire pour sa plate-forme digitale. L’avionneur a mis en concurrence cinq entreprises du big data. En exploitant deux années de données d’une compagnie aérienne, les candidats devaient prédire la troisième année. Un petit jeu qui a vu Palantir gagner haut la main. La fidélité entre la prédiction et la réalité de leur ­première analyse a atteint 10 % de concordance, contre moins de 1 % pour les autres entreprises en lice. En ajoutant l’expertise des équipes ­d’Airbus, ce chiffre est monté pour le premier essai à 85 %. 

 

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