Avec ses Etats Généraux, la chimie veut redorer son image

Sept ans après le précédent rendez-vous, les Etats Généraux de la Chimie ont su rassembler, jeudi 22 mai, un secteur hétérogène et mal aimé. Et donner la parole aux dirigeants chargés d’innover pour l’industrie de demain.

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Avec ses Etats Généraux, la chimie veut redorer son image

Ils ont rassemblé plus de 700 participants, en majorité industriels. Jeudi 22 mai, les troisièmes États Généraux de la Chimie, organisés à Paris, ont fait salle comble. Il faut dire que la précédente édition s’était tenue en... 2007 ! Pour peser dans le débat public, le syndicat de l’industrie chimique (l’UIC) avait mis l’accent sur le rassemblement. Objectif : "retrouver ensemble notre fierté d’appartenance", dixit Philippe Gœbel, le président de l’UIC, et "préparer l’avenir".

"Pas de fatalité" quant au coût de l’énergie selon Montebourg

L’union est de mise pour ce secteur mal aimé qui est pourtant le premier exportateur de l’industrie française et représente 200 000 emplois et plus de 3 000 entreprises. Le coût de l’énergie est une revendication prioritaire des chimistes, qui se disent pénalisés en la matière dans la compétition internationale. La conclusion d’Arnaud Montebourg, le ministre de l’Economie a été particulièrement appréciée: "Je pense qu’il n’y a pas de fatalité, donc nous allons nous atteler à cette tâche."

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"Deux alternatives sur notre marché : tuer ou être tué"

L’industrie a cependant su ne pas se limiter à cette question et a réussi son événement. Il s’est révélé vulgarisateur - voire trop pour certains experts - et dynamique, sans temps mort, avec des prises de position atypiques de dirigeants. Comme Pascal Rémy, PDG de SNF Floerger, un des rares patrons français à miser encore sur les volumes, et non la sacro-sainte innovation, pour se différencier. Pour le leader mondial des polyacrylamides, "les gros marchés se gagnent par les prix. Nous avons toujours considéré que nous étions dans une guerre concurrentielle totale, en particulier face aux Chinois, et qu’il n’y avait sur notre marché que deux alternatives : tuer ou être tué."

Une stratégie qui porte ses fruits : l’ETI, partisane de la croissance organique, investit un milliard d’euros sur trois ans pour faire passer ses capacités de production de 700 000 tonnes à un million. Grégory Olocco, directeur du jeune "i-lab" d’Air Liquide, doit relever un autre challenge: "créer une structure autonome de quinze personnes qui va prendre systématiquement le contre-pied d’un groupe industriel de 50 000 personnes... Notre objectif n’est pas d’améliorer l’existant, mais de trouver de nouvelles voies de croissance !" Une révolution au sein d’une vieille maison comme Air Liquide...

Progresser sur la transparence et la responsabilité

Chez Michelin, on prépare l’avenir avec l’aide du chimiste PCAS. Le défi, innover dans le recyclage des pneus, via deux projets : la conception de poudres de très haute qualité qui pourront ensuite être réinjectées dans la fabrication et la production d’alcool avec de vieux pneus. De "véritables projets industriels", pour lesquels "il va falloir oser la chimie", estime Dominique Aimon, directeur de la communication scientifique de Michelin. Or, "dans une société qui redoute le moindre risque, pour les chimistes, il faut oser prendre le risque de l’erreur, insiste Bernard Bigot, l’administrateur général du CEA. C’est ainsi que l’innovation se développe."

Certes, mais la chimie ne doit pas oublier qu’avant de communiquer sur le progrès qu’elle permet de générer, ses deux maîtres-mots doivent être "transparence" et "responsabilité", observe Denis Muzet, président de l’Institut Médiascopie, auteur d’une étude sur "Les mots de la chimie". "L’industrie chimique doit optimiser sa communication, y compris en informant les consommateurs sur les composants qu’elle utilise." Aux Etats Généraux, il n’y a pourtant eu aucune intervention sur l’impact des substances chimiques sur la santé humaine. Alors que les mises en cause (perturbateurs endocriniens, nanomatériaux… ) ont été nombreuses ces derniers temps.

Les chimistes ont préféré évoquer un autre sujet, également complexe : la mue que doit poursuivre le secteur face à la mondialisation. Ils ont pris l’exemple du dialogue social noué au sein de la plate-forme pétrochimique Total de Carling - Saint-Avold. Un site en pleine restructuration, qui perdra plus de la moitié de ses effectifs l’an prochain. 300 salariés devant être reclassés dans les autres entités du groupe. Mais les plus petites entreprises, qui composent 90% du secteur, n’ont pas toujours cette possibilité…

Gaëlle Fleitour

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