Avec ses 90 propositions, Geoffroy Roux de Bézieux veut s’imposer comme le libéral de la présidence du Medef

Le candidat à la présidence du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux présentait mercredi 15 mai son programme. Composé de 90 mesures, il s’agit aussi d’une sorte de discours de la méthode. Partisan d’un Medef plus proche du terrain, il renvoie aussi un certain nombre de questions à la négociation avec les syndicats.

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Avec ses 90 propositions, Geoffroy Roux de Bézieux veut s’imposer comme le libéral de la présidence du Medef

Présentant ses "90 propositions d’action pour les entrepreneurs de France", Geoffroy Roux de Bézieux, candidat à la présidence du Medef, a précisé sa méthode pour élaborer ces mesures. Du bottom up, en bon franglais. Comprenez des mesures inspirées par les rencontres menées avec la base depuis "le printemps dernier". Cela donne un document qui s’il ne prétend pas à l’exhaustivité, vise à couvrir "les demandes des entrepreneurs de demain".

fiscalité et europe, les priorités

Présentant son programme à la presse, il a commencé par les sujets qu’il souhaiterait voir défendus par l’organisation patronale et qui ne le sont pas aujourd’hui, comme la fiscalité des personnes. En tant que président de Croissance Plus, Geoffroy Roux de Bézieux a déjà porté ce dossier dans le passé. "La fiscalité du chef d’entreprise, des investisseurs, de nos actionnaires, des actionnaires salariés… doivent être des préoccupations pour le Medef " a-t-il estimé, critiquant les modalités d’application de l’impôt sur la fortune (ISF).

Autre originalité soulignée par le candidat : la volonté de développer la représentation du Medef à Bruxelles auprès des instances dirigeantes de la Communauté européenne, là où de nombreuses décisions "économiques, normatives" sont prises. Il a notamment souhaité que les efforts des différentes fédérations patronales déjà présentes sur place "chassent en meute".

aux mêmes maux... les mêmes remèdes ?

Reste que sur les grands dossiers économiques ou sociaux, la musique est grosso modo la même que celle des autres candidats. A cela une raison : le diagnostic est globalement partagé. La sortie de crise requiert une politique de l’offre qui restaure les marges des entreprises.

D’où une certaine ressemblance des remèdes proposés : réduction des charges, baisse des impôts, nécessité de revoir le fonctionnement des prudhommes. Il propose également une réforme des statuts du Medef. Geoffroy Roux de Bézieux souhaite une plus grande représentation des Medef territoriaux ou la mise en place d’une équipe de direction collégiale, sur le modèle "d’un Comex".

des 35 heures a renégocier... dans l'entreprise

Sa différence est donc davantage dans l’interprétation, confirmant que diriger une institution est d’abord un art d’exécution. La manière Roux de Bézieux tient ainsi d’un libéralisme assumé et non résumé par sa caricature : l’absence de règles ou la loi de la jungle. La preuve avec la question des 35 heures qu’il entend revoir. Il récuse toute grande Loi qui se substituerait à l’existante. "C’est croire que toutes les entreprises sont pareilles", critique-t-il. Il propose plutôt de laisser aux entreprises le droit de négocier la durée de travail hebdomadaire.

Mais pas question de de supprimer toute référence à une durée légale. "Un entrepreneur a besoin de règles pour travailler", confirme-t-il, résumant sa conception du libéralisme. Des règles oui, mais qui n’entravent pas l’activité économique et décidées au plus près du terrain.

D’où ses demandes de moratoire social ou d’engagement durable (à horizon 2019) sur les impôts et les taxes, un engagement qui s’appliquerait au gouvernement et à son éventuel successeur en cas d’alternance en 2017.

un dialogue social tonique

Surtout, Geoffroy Roux de Bézieux a insisté sur les nécessaires compromis à trouver avec les syndicats dans le système français tel qu’il existe. A plusieurs reprises, il a indiqué qu’il ne voulait pas promettre des mesures qu’il ne pouvait pas prendre seul, renvoyant à la négociation sociale, comme par exemple, pour les droits attachés aux différents contrats de travail (CDD, CDI, etc.).

En matière de dialogue social, l’accord interprofessionnel sur le maintien et la sécurisation de l’emploi va dans le bon sens, estime-t-il, tout en s’inquiétant des décrets actuellement en cours d’écriture sur les administrateurs salariés. Dans sa ligne de mire, la volonté de l’administration de fixer "le nombre d’heures de formation qu’ils recevront, ou celles qu’ils devront passer à exercer des tâches d’administrateurs".

S’il compte sur la négociation sociale, cela ne signifie pas qu’en tant que président du Medef il serait prêt à signer n’importe quel accord. Evoquant la future convention de l’assurance chômage, un sujet qu’il connaît bien pour avoir été administrateur de l’UNEDIC, il a proposé un programme qui ne devrait pas enchanter ses éventuels futurs partenaires syndicaux.

En effet, il préconise la réduction de la durée d’indemnisation, le plafonnement des indemnités, l’introduction d’une forme de dégressivité et la réforme des régimes spéciaux comme celui des intermittents ou des frontaliers. "On ne signera pas à tout prix", a-t-il expliqué, précisant "l’époque où l’on considérait que mieux valait mal gérer avec les syndicats plutôt que de laisser la main à l’Etat est pour moi révolue."

On l’aura compris : le dialogue social version Roux de Bézieux devrait être tonique.

Christophe Bys

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