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Avec "Rêves de machines" chez Gallimard, Louisa Hall publie un grand roman sensible sur l'Homme au temps de l'intelligence artificielle

Christophe Bys ,

Publié le

"Rêves de machines" est le premier roman traduit en français de Louisa Hall, une auteure à suivre de très près. Dans cet ouvrage, elle raconte de façon originale et éclatée l'épopée de l'intelligence artificielle. Face à la solitude fondamentale de l'être humain, ce dernier invente des artefacts capables de mieux le comprendre. Loin de tout jugement moral, l'auteure donne vie à des personnages en proie à cette solitude et ce sentiment d'incompréhension. Un texte à la fois hyper sensible et d'une intelligence aiguë.

Avec Rêves de machines chez Gallimard, Louisa Hall publie un grand roman sensible sur l'Homme au temps de l'intelligence artificielle

Voilà un roman qui a tout pour intéresser un large public, des passionnés de l’intelligence artificielle un peu geek, aussi bien que des lecteurs plus sensibles et amateurs d’histoire de couples qui se craquellent, car l’américaine Louisa Hall, l’auteure, allie deux qualités qui souvent ne vont pas de pair : une intelligence très fine et une sensibilité juste.  Ce faisant, elle crée un genre inconnu à notre connaissance : un roman de science-fiction intimiste. Oubliez Blade Runner et autres romans d’anticipation pour vous plonger dans ce texte mélancolique et ambitieux, sûrement le plus impossible à résumer qu’il nous ait été donné à lire.

Tentons quand même : le roman narre en parallèle cinq récits de personnes : Mary, une jeune pionnière qui traverse l’Atlantique pour rejoindre ce qui n’est pas encore les Etats-Unis, le jeune Alan Turing qui écrit des lettres à la mère de son meilleur ami, mais aussi des extraits de dialogue entre Mary 3 et une jeune fille, extraits versés à un procès, les lettres que s’envoient un couple d’immigrés allemands ayant fui le nazisme quelques années plus tôt, et, enfin, le récit à la première personne d’un petit génie de l’informatique emprisonné pour de mystérieuses raisons dans un futur proche. 

Reproduire la vie et l'intelligence

Ce dernier a créé une intelligence artificielle intégré dans un sorte de robot à figure humaine qui est devenue le meilleur ami des enfants des Etats-Unis de 2040. Sauf, que, bientôt, des fillettes présentent de drôles de symptôme : paralysées des jambes, elles ne peuvent plus sortir de leurs chambres tant et si bien que l’inventeur est arrêté et mis en prison, d’où il écrit sa confession.

Personnage hyper doué en logique et en algorithmique mais peu à l'aide dans les relations sociales, comme une sorte de lointain cousin d’Alan Turing, il commence par créer un algorithme pour l’aider à « assurer » dans les conversations. Il découvre une application qui fait de n'importe quel introverti un roi de la sésuction, un dom juan assisté par I.A. 

Là où le roman étincelle c’est dans sa capacité à saisir la vie. Refusant tout effet à grand spectacle, plutôt dans une sorte de déambulation au milieu d’âmes en peine. Si les Hommes inventent des intelligences artificielles, semble nous murmurer Louisa Hall, c’est parce qu’ils souffrent depuis toujours de solitude et que ce n’est pas les artefacts qui tuent la communication, mais parce que la communication entre les êtres est difficile qu’ils inventent des machines. On pense à Pascal qui écrivait "le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie". 

 

Un débat vieux comme les livres

D’où la présence de ce récit de voyage de la pionnière de la jeune Mary au XVIIe siècle. Dans une interview à nos confrères du monde des livres Louisa Hall explique qu’on parlait alors des livres comme on parle aujourd’hui de l’intelligence artificielle, soit « comme une technologie de pointe pouvant contenir des patterns humains, c’est-à-dire des modèles, de grandes matrices, comme celles du langage et de la pensée ».

Certaines pages de ce livre sont déchirantes, comme celle de la lettre qu’elle imagine où Alan Turing confie les effets de la castration chimique à laquelle il fut condamné. Alors que le roman pose la question de la limite entre l’intelligence articielle et l’intelligence humaine, on se dit qu’aucune machine n’aurait eu le raffinement sadique d’inventer une torture aussi odieuse pour un Homme. 

 

Surmonter la perte de ceux qu'on aime

Etre humain c’est être capable du pire, semble écrire Louisa Hall (mais en douceur car tout est doux dans ce livre), mais c’est aussi être capable du meilleur. Comme quand par exemple l’amour cueille l’inventeur du XXIe siècle, qui tombe amoureux de sa femme de ménage en un instant qui change sa vie. Ou quand Mary 3 voit enfin l’océan, ou quand Mary traverse l’Atlantique pleurant son meilleur compagnon péri en mer. C'est surtout vouloir retrouver ceux qui ne sont plus, même si pour cela il faut programmer une machine dotée de mémoire. Redonner vie à ceux qui ont été broyés par l'Histoire comme la soeur de l'épouse de l'inventeur déportée par les Nazis jamais revenu d'un camp d'extermination et qu'elle aimerait tant voir revivre, ne serait-ce que par la médiation d'une machine ayant enregistré son journal intime. Ou comme l'amour de jeunesse d'Alan Turing emporté par une maladie fatale. 

 

Pas de corps, pas d'humanité... pour l'instant

L’auteure a étudié la médecine, et une fois qu’on le sait on ne peut s’empêcher que c’est quelqu’un qui connaît formidablement bien les êtres humains qui a écrit un roman aussi justement sensible. Si elle s’interroge sur ce qui fait qu’on est Homme et non une intelligence artificielle, elle rappelle cette vérité essentiel que semblent avoir oublié maints adeptes du transhumanisme : l’Humain c’est ce qui conquiert une expérience à travers un corps fait de chair et de sang.

Aussi puissante que sera une intelligence artificielle, rien ne remplacera l’expérience incarnée de la vie humaine. Et ce n’est pas le récit à la première personne des poupées savantes confisquées et abandonnées dans un hangar qui nous contredira. Elles savent qu'elles vont mourir, mais ne savent rien de l'angoisse du néant qui nous attend.

Avec Rêves de machines, Louisa Hall signe l'histoire vibrante et apaisée d'êtres qui aimeraient bien créer une vie artificielle pour oublier celles qu'ils ont ici et maintenant. Rêves de machine a tout pour devenir un classique de demain.

 

Rêves de machines Louisa Hall, Gallimard 22 euros 15,99 euros en format numérique 

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