Avec ou sans Linky, la facture d’électricité risque d’augmenter pour les particuliers

Les consommateurs vont-ils devoir payer a posteriori l'installation des compteurs électriques Linky ? Malgré les dénégations d'Enedis et de l'État, le doute persiste notamment sur le calendrier.

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Avec ou sans Linky, la facture d’électricité risque d’augmenter pour les particuliers
Sur un objectif de 35 millions, 32 millions de compteurs Linky ont déjà été posés en France.

Une fois de plus, Linky met le feu aux poudres. Cette fois, la polémique ne porte pas sur les données recueillies par le compteur électrique communiquant. Il ne s’agit pas non plus de son impact supposé sur la santé ou d’un mystérieux incendie. Le boîtier vert controversé revient dans l’actualité à cause d’un sujet aussi complexe que sensible : son financement.

L’escarmouche a été déclenchée par un article du Parisien. « Les usagers devront bel et bien rembourser leur compteur Linky », a annoncé le quotidien lundi 31 mai. Certains parlementaires se sont vite emparés du sujet tandis que le gouvernement, Enedis et la Commission de régulation de l’énergie ont démenti l’information. « Non, il n'y aura pas d'augmentation des factures d'électricité pour rembourser l'installation des compteurs Linky », a rétorqué le ministère de la Transition écologique. Entre ces deux informations contradictoires, tentons d’y voir plus clair.

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Un coût de 130 euros par compteur

La question concerne maintenant une bonne partie des foyers français. Sur un objectif de 35 millions, 32 millions de compteurs ont déjà été posés. Dans son rapport de 2018, la Cour des comptes évaluait le chantier à 5,7 milliards d’euros. « Le coût, ramené au compteur, est de 130 euros », ajoutaient les magistrats financiers. Enedis rappelle qu’il a intégralement porté les coûts d’investissement.

Les particuliers peuvent légitimement s’interroger sur l’évolution de leur facture d’électricité. Petit rappel : celle-ci se compose à 46 % de la fourniture d’électricité proprement dite, à 27 % de taxes et enfin à 27 % de l’acheminement. Cette dernière partie doit permettre de couvrir l’amortissement des investissements pour le transport, la distribution de l’électricité et le comptage de la consommation. Le programme Linky entre donc typiquement dans ce volet. « Les éventuelles dérives financières des projets des distributeurs sont ainsi finalement toujours répercutées à l’usager », souligne la Cour des comptes.

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Un mécanisme de différé tarifaire

La Commission de régulation de l’énergie (CRE) détermine cette redevance d’acheminement à travers les TURPE (tarifs d’utilisation des réseaux publics de transport et de distribution d’électricité). Augmenter la redevance d’acheminement en plein déploiement des compteurs Linky était difficilement défendable pour Enedis… Une telle mesure aurait fait gonfler la facture des consommateurs avant même qu’ils n’aient pu profiter des gains tant promis par le gestionnaire du réseau électrique. « Les économies générées par le programme Linky sont équivalentes au coût du projet à l’échelle d’Enedis : fin de la relève à pied, meilleure maintenance du réseau, diminution des pertes (notamment celles dues à la fraude), etc. Toutefois, le gros des économies arrive en fin de déploiement et une fois que le déploiement est terminé, alors que les coûts d’investissements sont immédiats », explique la CRE à L’Usine Nouvelle.

La CRE a donc imaginé dès 2014 « un mécanisme de différé tarifaire », aussi appelé « compte régulé de lissage ». Ce dispositif vise à répercuter les coûts liés au déploiement de Linky en même temps que ses bénéfices sur les TURPE. La nouvelle polémique sur le financement de Linky repose donc sur cette question : les bénéfices liés au compteur vont-ils suffisamment compenser les coûts d’installation ?

Sur ce point, Enedis se veut rassurant. « Les prévisions faites au début du programme sont bien confirmées, les économies de charges d’Enedis compenseront les sommes à payer au titre de l’investissement Linky. Les consommateurs ne paieront donc pas un coût supplémentaire dû à Linky », explique l’entreprise.

Des doutes sur les calculs d’Enedis

D’autres voix semblent plus hésitantes sur l’équilibre du calcul. « Si les gains promis par ce nouveau dispositif ne sont pas aux rendez-vous, il ne faut pas se leurrer, prévient une source anonyme proche du dossier, citée par Le Parisien. C’est bien le consommateur et personne d’autre qui payera la différence. Il peut déjà se préparer à sortir jusqu’à quinze euros supplémentaires sur sa facture annuelle pour les sept ou huit prochaines années. »

Dans son rapport de 2018, la Cour des comptes partageait aussi ses doutes en parlant de « conditions avantageuses pour Enedis » et d’un « financement assuré par les usagers ». « Si l’analyse économique est robuste au niveau de la distribution, elle l’est moins pour les autres acteurs, particulièrement les consommateurs », regrettaient les magistrats financiers. Pour le président de l’UFC - Que Choisir, Alain Bazot, la CRE « manque tout de même d’accompagner son propos des données économiques précises ». « Si comme cela n'est pas contestable, Enedis réalise des économies grâce au Linky, mais que cela n'entraîne aucune baisse de sa rémunération payée via les factures, ça veut bien dire que c'est le consommateur qui paie », ajoute le dirigeant de l’association.

Une hausse de facture liée à la transition énergétique

Coïncidence ou imprécision ? Le montant de 15 euros évoqué par la source anonyme du Parisien correspond à une hausse de facture bel et bien annoncée par la CRE en décembre 2020, lorsqu’elle a dévoilé ses projets de décisions sur le TURPE. Cette augmentation n’est toutefois pas liée à Linky mais… à la transition énergétique. « L’ampleur des investissements à venir pèsera inévitablement sur la facture d’électricité, mais les hausses des tarifs de réseau doivent rester maîtrisées. Il en va de l’acceptabilité même de la transition énergétique », explique la CRE. « La CRE retient des hausses tarifaires moyennes de 1,57 % par an pour RTE et de 1,39 % par an pour Enedis, soit une hausse d’environ 15 euros de la facture annuelle d’un particulier à l’horizon 2024 », précise la Commission de régulation de l'énergie.

Sur la polémique Linky, la Cour des comptes indiquait que les consommateurs devraient « rembourser » le mécanisme de différé tarifaire à partir de 2021, plus précisément lorsque 90 % des compteurs Linky seraient posés. Il semblerait toutefois que la régularisation intervienne plus tard. Selon la CRE, le compte régulé de lissage va en fait commencer à être apuré à partir de 2023 et jusqu’en 2030 pour un montant total de 2,5 milliards d’euros.

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