Avec les Rafale de l'Armée de l'air en formation dans le ciel d'Albacete

Tous les ans, entre quatre et six sessions de formation de pilotes de l'Otan sont organisées sur la base aérienne Los Llanos d’Albacete, au sud-est de l’Espagne. Pour cette première session de 2016, 18 équipages étaient en piste pour obtenir la certification de Mission Commander, un titre indispensable pour diriger des missions complexes.

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Avec les Rafale de l'Armée de l'air en formation dans le ciel d'Albacete


Deux Rafale participaient à cette première formation de 2016. (Crédits - Pierre Monnier)

A l’entrée du quartier général du Tactical Leadership Program (TLP), les téléphones s’entassent au-dessus de petits casiers. Le bâtiment principal de la base aérienne Los Llanos d’Albacete est classé zone sécurisée de niveau II, aucun objet connecté, de communication ou de prise de vue n’est autorisé.

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Il est 10 heures, les pilotes et navigateurs se rendent au briefing. Passé les portiques à badges, ils se rendent dans une salle interdite sans accréditation de l’Otan. A l’intérieur, les instructeurs du TLP présentent la mission du jour. Tout est organisé comme sur un véritable théâtre d’opérations. Au bout d’une heure de briefing, les rôles sont distribués. "Chaque jour, un Mission Commander est désigné pour préparer la stratégie à adopter pour remplir les objectifs fixés", explique le commandant Thomas, devenu l’un des deux instructeurs français du TLP à l’été 2014.

"Mission Commander, c’est la qualification maximum"

Quels pilotes peuvent participer à ce stage ?
Pour participer à la formation TLP, les équipages doivent être sous-chef de patrouille depuis plusieurs années ou jeune chef de patrouille. C’est-à-dire qu’ils peuvent d’ores et déjà diriger une formation de respectivement 2 et 4 avions. Les pilotes doivent également avoir une expérience conséquente d’un minimum de 500 heures de vol sur avion d’arme. Bien que seuls ces deux points soient impératifs, le commandant Thomas ajoute tout de même la maîtrise de l’anglais. Pour des raisons de sécurité, il est indispensable de pouvoir comprendre et être compris lors des briefings.

Devenir Mission Commander, c’est le but de cette formation internationale de quatre semaines, sous l’égide de l’Otan. Ce titre atteste des compétences requises pour organiser une stratégie et remplir les objectifs d’une mission complexe. Ce genre de mission se déroule chaque jour en Irak ou en Syrie et inclue différents types d’aéronefs de différentes nationalités. "On nous enseigne une méthode de travail, précise le capitaine Matthieu. En l’espace de deux heures, le Mission Commander doit organiser une mission très dense." Ce chef de patrouille pilote un Mirage 2000-5 et fait partie des stagiaires voulant devenir Mission Commander, "la qualification maximum qu’un pilote puisse obtenir".

Dans la salle, des cartes du terrain et des informations météorologiques. Les 18 équipages engagés se regroupent par spécialité et étudient l’approche tactique de la mission du jour. "Le Mission Commander agit comme un chef d’orchestre, résume le capitaine Sylvain, navigateur d’un Mirage 2000-D. Il va faire en sorte que le bombardement, la reconnaissance et les défenses aériennes agissent de manière coordonner." Le Mission Commander doit ensuite imbriquer les approches proposées par chacun pour obtenir un plan cohérent et efficace afin de remplir les objectifs de la mission.

"Une excellente remise en question"

Durant quatre semaines, les stagiaires sont confrontés à des situations "de plus en plus complexes", indique le commandant Thomas. Les menaces sont de plus en plus robustes, les interdictions aériennes ainsi que les règles d’engagement [les permissions de tir] de plus en plus strictes." Au cours de la formation, l’ensemble des scénarios plausibles vont être appréhendés. "Nous montons des missions semblable à la géopolitique passée, actuelle, ou possible dans un avenir proche", détaille l’instructeur français. Il y a donc des missions de reconnaissance, de bombardement et de sauvetage, mais les formateurs ont aussi la possibilité d’augmenter la difficulté en créant des aléas pendant la mission.


Six nationalités étaient présentes lors du TLP. Ici, un F-16 belge. (Crédits - Pierre Monnier)

C’est lors de la session de vol, pendant que les équipages effectuent leur mission, que ces aléas sont provoqués. Depuis la salle de briefing, les instructeurs suivent les performances des pilotes sur leurs ordinateurs et gèrent la difficulté de l’exercice en direct. "Nous allons faire des simulations d’éjection ou de départ d’incendie dans un cockpit, énonce le commandant Thomas. Il faut rester flexible et savoir s’adapter, c’est ce qu’on apprend aux pilotes lors de TLP." Par ces mises en situations, les équipages apprennent beaucoup. "Ce stage est une excellente remise en question, confie le capitaine Matthieu. Je pense qu’avec du recul et un peu de temps, on pourra percevoir tout ce que le TLP nous apporte."

Plusieurs séances de débriefing

De retour au sol, les équipages se réunissent et commencent à débriefer la mission du jour. Cette autocritique se base sur les ressentis en vol des pilotes, sur l’accomplissement des différents objectifs demandés et la remise en cause de la stratégie adoptée. Mais une fois cette séquence terminée, ce sont les instructeurs qui pointent du doigt les erreurs. "Nous récupérons la balise GPS que les pilotes portent durant le vol et pouvons voir leur déplacement avec une grande précision, explique l’instructeur français. Nous faisons des pauses sur les moments clés de la mission afin de rentrer dans le détail et d’appuyer ou recadrer l’approche tactique choisie." Et les encadrants n’y vont pas de main morte dans leur critique. "Les stagiaires souffrent beaucoup mentalement", avoue le commandant Thomas. Un fait qui s’explique par le caractère qualifiant du TLP. "A la fin des quatre semaines, ils sont fiers parce qu’ils ont appris des choses en venant ici."


La 2ème escadre de chasse de Luxeuil en Mirage 2000-5. (Crédits - Pierre Monnier)

Lors de cette formation, tous les participants ont reçu le titre de Mission Commander. A la remise des diplômes, l’instructeur britannique en charge de la formation donnera à chacun des stagiaires un patch TLP Graduated "non pas parce qu’ils ont atteint un certain niveau, mais parce qu’ils ont appris et sont devenus meilleurs qu’à leur arrivée". De manière générale, toute personne intégrant la formation TLP est diplômé. "C’est le fait de terminer le stage qui confère le statut de Mission Commander", explique le commandant Thomas.

Parmi les 18 équipages promus, 6 sont français. Ils pilotent deux Mirage 2000-D de la base aérienne de Nancy (Meurthe-et-Moselle), deux Mirage 2000-5 de la base aérienne de Luxeuil (haute-Saône) et deux Rafale de la base aérienne de Saint-Dizier (Haute-Marne).

L’origine du TLP
En 1978, les forces aériennes alliées d’Europe centrale (AAFCE) ont eu le désir d’améliorer leur coordination en élaborant des tactiques communes. Elles se sont alors réunies à la base aérienne allemande de Füerstenfeldbruck, près de Munich, pour un stage de deux semaines au cours desquelles les tactiques, techniques et procédures de l’OTAN ont été définies. Dès l’année suivante, en 1979, le stage a été déplacé à Jever, au nord de l’Allemagne. Il dure désormais quatre semaines et inclut des cessions de vol. Mais les contraintes météorologiques côtières allemandes limitent les possibilités des exercices aériens. C’est pourquoi Florennes, en Belgique, est désigné en 1989 pour accueillir le TLP. Mais les conditions météos ne sont pas meilleures, et les cessions de vol se retrouvaient encore limitées. De plus, les vols nocturnes sont interdits. Afin de favoriser le développement des compétences des pilotes, le stage a à nouveau déménagé, en 2009, à Albacète, au Sud-Est de l’Espagne. Grâce à la faible concentration de population de la région et les conditions climatiques favorables, le TLP peut désormais former ses pilotes dans des configurations multiples : en mer, en basse altitude ou encore de nuit.

 

Pierre Monnier

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