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Avec "les jours enfuis", Jay McInerney ausculte le New York entre les attentats de 2001 et la faillite de Lehman Brothers

Christophe Bys

Publié le

Avec le troisième tome des aventures du couple Calloway, le new-yorkais Jay McInerney revient au plus fort de son art, mêlant nostalgie et humour dans le New York post attentat et avant la chute de Lehman. Dans un roman réjouissant et habité, reprenant les codes des meilleurs feuilletons, il dresse un portait de la ville qui ne dort jamais qui est aussi un bulletin de notre monde, dont il prend le parti de rire, pour éviter d'avoir à en pleurer. Une réussite.   

Avec les jours enfuis, Jay McInerney ausculte le New York entre les attentats de 2001 et la faillite de Lehman Brothers
New York, la ville qui ne dort jamais est aussi la ville de toutes les ambitions.
© pixabay

Résilience le mot est à la mode, utilisé aussi bien par la psychologie que par l'économie et peut être bientôt les manuels de littérature, le jour où les romans de Jay McInerney y figureront.  Les jours enfuis est le troisième tome des aventures du couple formé par Russel et Corinne Calloway. On les a connus à la fin des années 80 quand Wall Street était folle et qu'un krach pointait le bout de son nez dans Trente ans et des poussières. On les avait retrouvé dans le New York des attentats du 11 septembre dans Le belle vie, paru en France en 2007. 

Crise de la cinquantaine

Le troisième opus (qui peut être lu indépendemment des deux autres) revient sur l'histoire de ce couple de new yorkais plus vrais que nature, de leurs enfants et de leurs amis. A bientôt cinquante ans (la crise pointe) Corinne continue de travailler dans une association qui a pour mission de nourrir les plus démunis de la ville, tandis que son mari est toujours éditeur de littérature générale, à la tête de la maision qu'il a racheté avec un financier de ses connaissances. Quand le livre commence, il vient de découvrir un nouveau jeune romancier du Sud des Etats-Unis auquel tous les succès semblent promis, tandis que Corinne est troublé par le retour de l'homme avec lequel elle a une aventure quelques années plus tôt.

Mais ce ne sont que quelques-unes des multiples trames de ce roman qui multiplie les arcs narratifs jusqu'à la fin. C'est drôle et brillant, parfois cruel. McInerney a un sens incomparable de la construction d'une scène et de la chute. Dans ce roman constitué de chapitres courts, on a parfois l'impression de regarder une série humoristique avec une narration rapide et précise et des chutes inattendues qui relancent l'action.... mais dont le dénouement nécessite la lecture plusieurs dizaines de pages, le temps de relancer l'intrigue. A cet égard, la scène où Russel déjeune avec un ami potentiel investisseur qui organise une joute à coup de grand cru et de dollars avec des traders avant de finir dans un bordel où l'attend une surprise... est une pépite à l'intérieur du roman. 

Ville de toutes les névroses

Amateur de littérature sociale explorant les bas fonds, passez votre chemin. Le monde de Jay McInerney est celui de la jet set qu'il observe avec un regard et une précision d'entomologiste. Qui mieux que lui pour raconter la vie mondaine de la ville qui ne dort jamais, entre galas de charité et diners mondains. On y découvre la passion délirante des new yorkais pour la nourriture. Là où dans les années 80 les personnages semblaient obsédés par la dope, c'est désormais trouver le bon restaurant qui est devenu leur obsession. Pas un chapitre où il n'est pas question d'un restaurant ou d'un diner.... tout en étant obsédé par sa ligne. Depuis Woody Allen, tout le monde le sait : New York est aussi la ville de toutes les névroses. 

Il y a chez McInerney quelque chose de Balzac dont on dit parfois que le personnage principal de la Comédie humaine est l'argent tout puissant dans la France qui s'industrialise au 19e siècle. L'argent est aussi le personnage central de ce roman, au sens où c'est autour de lui que tous gravitent et qu' il en détermine en bonne partie les multiples intrigues. Il est là partout, faisant les mariages et devenant le noeud central des séparations, carburant des consommateurs de stupéfiiants ou de plats exotiques servis dans des restaurants éphémères, mais aussi de la vie littéraire. 

Tant qu'il y aura des écrivains

C'est lui qui donne aussi au personnage le sentiment des jours enfuis. Le roman est habité par la figure d'un jeune écrivain mort dans les années 80 et ami de jeunesse des Calloway. Ce Manhattan là n'est plus. Les squats d'artiste ont disparu, les financiers ont pris la place. Et l'air de rien, en douceur comparé aux catastrophes qui marquent l'esprit, le monde de la jeunesse des héros a disparu, engloutti par la marche du temps. It's economic stupid aurait dit un président des Etats-Unis. Ce qui sauve les personnages et le roman de l'amertume et de la mélancolie, ce sont in fine les livres, ceux qu'édite envers et contre tout Russel. S'il devait y avoir une morale à ce roman, c'est que le monde peut aller mal, rien ne sera vraiment grave tant qu'il y aura des romanciers pour le raconter. Jay McInerney accomplit amplement sa part du contrat.

 

Les jours enfuis, Jay McInerney, Editions de l'Olivier

 

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