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Avec le roman "Satin Island", le britannique Tom McCarthy raconte notre monde sans affect ni pathos

Christophe Bys

Publié le

Un anthropologue est embauchée par une entreprise de conseils avec la mission de travailler à une théorie générale du Tout, celle qui saura expliquer le monde. C'est son journal de bord que retrace "Satin Island", le roman de To McCarthy. Drôle et singulier,  le récit a tout des plus grands. 

Avec le roman Satin Island, le britannique Tom McCarthy raconte notre monde sans affect ni pathos
Un roman en suspension, comme l'est le parachutiste victime d'un accident qui obsède le narrateur.
© Pixabay

Si vous aimez les grandes sagas, avec beaucoup de rebondissements et de sentiments, c’est peut-être le moment de changer de genre de lecture en vous plongeant dans Satin Island du britannique Tom McCarthy, qui est, parole de 4e de couverture, "sans conteste le nouvel enfant terrible des lettres anglaises". Sans souscrire à ce point de vue commercial, reconnaissons à Tom McCarthy un talent singulier, qui le place d’emblée quelque part entre Kafka et le Michel Hoellebecq des débuts, celui d’Extension du domaine de la lutte. (en plus drôle), avec une dose du Nicholson Baker qui avait marqué les années 80 avec son roman La Mezzanine, qui racontait une heure de la vie d'un homme coincé dans un centre commercial.   C’est dire que nous plaçons ce roman expérimental haut dans ce qui se publie chaque année.
 

Accidents de parachutes et catastrophe écologique

Et pourtant, Satin Island est le journal de bord d’un jeune anthropologue qui, après une thèse remarquée sur les boîtes de nuit, rejoint une grande entreprise labyrinthique où on l’a chargé d’écrire un grand rapport qui synthétiserait tout sur le monde contemporain. On pense tout de suite aux personnages kafkaïens perdus dans des espaces, à la recherche du sens de leur destin. Comme Kafka, McCarthy use de l’ironie quand il s’agit de décrire le fonctionnement du monde contemporain. Les péripéties thérapeutiques d’un collègue atteint d’un cancer révèlent l’absurde d’un monde qui ne sait plus quoi faire face au néant, cet inverse parfait de l’absolu. Alors U erre dans le monde, de colloques en réunions ou devant son écran, obsédé par un accident survenu à un parachutiste, mort après que son parachute ne s’est pas ouvert, ou en s’intéressant aux catastrophes pétrolières.

Le livre est emplie de digressions citant les grands anthropologues et notamment les français à commencer par Lévi Strauss, s’interrogeant sur ce qu’il comprend des mondes inconnus qu’il observe, ce qui vaut à U cet aphorisme qui résume le livre : " l’incompréhensible ne vaut pas mieux que le banal – il n’en est que l’envers ". En s’attelant à décrire l’univers quotidien qui nous cerne, le narrateur en révèle la très grande familiarité mais aussi le profond mystère de ce qui est, navigant entre ces deux polarités, le banal et l’incompréhensible. Tom McCarthy jongle avec le paradoxe comme certains auteurs avec les clichés. « Dans son insolent manque d’originalité, elle était originale », note-t-il à propos de l’accident de parachute qui obsède son héros.

 

Un homme sans affects mais avec un cerveau 

Roman savant jamais pédant, Satin Island convoque donc les théories les plus élaborées pour les appliquer au plus prosaïque des univers : un monde comme aseptisé, passé derrière l’écran des ordinateurs, où le sentiment n’a plus de place. Le narrateur semble n’éprouver pas grand-chose face aux événements de la vie, une vague histoire sentimentale, quelques collègues… et la routine. Si le texte demande un certain effort, il offre aussi de belles récompenses au lecteur. On pense , par exemple, au récit de la visite des réserves d’un musée d’anthropologie en Allemagne, qui devient une évocation du temps qui passe, et des traces qu’on laissent.  

 

"Ce que je veux que vous fassiez, dit-il, c’est que vous nommiez ce qui est en train de se passer en ce moment", enjoint le patron de U à propos du grand rapport censé contenir la théorie sur tout. C’est finalement ce que fait le roman de Tom McCarthy dans ce roman, nommer ce qui est en train de se passer, sans emphase ni pathos. Juste dire le plus justement les choses. Et on doit reconnaître à la fin de la lecture de ces 200 pages que son oreille est sacrément juste.

 

Satin Island Tom McCarthy Editions de l’Olivier

20 euros 

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