L'Usine Santé

Avec le PLFSS 2019, l’industrie pharmaceutique a le moral en berne

Coralie Lemke ,

Publié le

Suite à la tenue cet été du Conseil stratégique des industries de santé, les laboratoires pharmaceutiques attendent des mesures afin de booster leur activité. Pour l’instant, la situation stagne et l’inquiétude monte avec les négociations sur le budget 2019 de la Sécurité Sociale.

Avec le PLFSS 2019, l’industrie pharmaceutique a le moral en berne
Les industriels estiment qu'il est de plus en difficile de produire des médicaments en France.
© PIXABAY

A chaque rencontre organisée par l’industrie pharmaceutique, le cahier de doléances est le même. A l’occasion du G5 Santé, un cercle de réflexion qui rassemble les dirigeants des principales entreprises françaises de santé, les laboratoires ont encore rappelé leurs craintes.

Le G5 rassemble huit laboratoires pharmaceutiques français, qui représentent 46 000 emplois, 3,6 milliards d’euros d’investissements annuels en R&D et 10,4 milliards d’euros de la balance commerciale. "Il est urgent d’aligner la politique ambitieuse de long terme avec les décisions budgétaires sur le court terme. Cette démarche est nécessaire pour retrouver le leadership français, perdu en moins de dix ans, d’ici à la fin du quinquennat", explique Yves L'Epine, le président du G5 Santé et directeur général du groupe Guerbet.

Au début de l’année déjà, les syndicats des industries de la santé tiraient la sonnette d’alarme sur le retard pris par la France. "Nous perdons de la compétitivité depuis plusieurs années", affirmait Patrick Errard, le président du Leem [ndlr : Les Entreprises du médicament, principal représentant des laboratoires pharmaceutiques en France]. "En dix ans, la France est passée du premier pays producteur de médicament en Europe à la quatrième place." Sur les 282 médicaments autorisés par l’Agence européenne du médicament, seuls 21 sont produits en France, contre 86 en Allemagne, 68 au Royaume-Uni, et 39 en Irlande. "La France n’est plus une terre d’accueil pour les essais cliniques", alerte-t-il. Leur part a également baissé, de 31% en 2015 à 26% en 2016. 

Les promesses du gouvernement

Surtout, les industriels s’inquiètent de ne jamais voir l’application concrète de mesures décidées en juillet lors du Conseil stratégique des industries de santé (CSIS). Ce rendez-vous, qui réunit les laboratoires et les représentants du gouvernement, avait été l’occasion pour le Premier ministre Edouard Philippe de dévoiler une série de mesures pour relancer la croissance dans le secteur. Un des objectifs majeurs : simplifier les procédures et réduire les délais de mise sur le marché des médicaments. Le délai s’élève à environ 500 jours en France, alors qu’il n’est que de 100 en Allemagne. "Lorsque la demande passe par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), le délai médian est de 51 jours. Nous voulons le réduire à 45. Quand la procédure passe par un Comité de protection des personnes (CPP), il faut compter en moyenne 85 jours. Nous voulons descendre le délai à 60", avait alors précisé le cabinet du Premier ministre.

Mais à l’heure où le Projet de loi de finances de la sécurité sociale (PLFSS) 2019 est en train d’être discuté, les industriels craignent que ces mesures soient oubliées. Yves L’Epine note "des incohérences entre les visions ambitieuses, portées par le CSIS de juillet et les décisions concrètes du PLFSS 2019." Il déplore un nouveau coup de rabot de 2 milliards d'euros d'économies sur les produits de santé.

Les salariés, inquiets eux aussi

Côté syndicats, là aussi, le moral est en berne. "Les autres pays nous passent devant et nous, nous regardons la courbe descendre. Ce G5 Santé aurait pu être l’occasion de poser les bonnes questions, regrette Isabelle Fréret, représentante CFE-CGC de la branche industrie pharmaceutique. L’article 43 du PLFSS concerne les médicaments hybrides. Il vise à transformer en génériques bon nombre de médicaments. Sauf que tous les grands laboratoires vont se désengager de ces projets, faute de marge suffisante."

Elle s’inquiète du sort des plus petits laboratoires, écrasés par le poids des plus puissants. "Plus ça va et plus les gros médicaments innovants, comme ceux contre l’hépatite C, compressent le marché. Les autres deviennent de moins en moins importants. Et puis de notre côté, en usine, l’Agence nationale de sécurité du médicament nous met de plus en plus de pression pour fabriquer à des standards très hauts." Patrons et salariés scrutent, tous deux pour des raisons différentes, les résultats de l'examen du PLFSS 2019 qui a démarré il y a deux jours.

 

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