Avec le contrat australien, "DCNS franchit une étape de plus dans sa transformation en un groupe international"

L'Autralie a décidé : ce sera le groupe français DCNS qui construira les 12 sous-marins. Le contrat total avoisinerait les 34 milliars d'euros. Pour Philippe Plouvier, spécialiste des questions de Défense pour le BCG (Boston Consulting Group), ce succès signe la réussite de l'internationalisation de DCNS, capable de rivaliser face à ces concurrents américain ou japonais. Entretien.

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Avec le contrat australien,
Philippe Plouvier, specialiste de la Defense au Boston Consulting Group (BCG)


L'Usine Nouvelle : Au-delà de sa valeur, que représente un tel contrat pour DCNS ?

Philippe Plouvier : Le groupe franchit une étape de plus dans sa transformation en un groupe international. En 2001, DCNS était une entreprise étatique, qui a fait sa mutation, qui s’est ouvert à l’export. Dans ce domaine, elle a rencontré un certain nombre de succès comme la vente de sous-marins au Brésil sous la forme d’un transfert de technologies. Mais d’un montant de 34 milliards d’euros, le contrat australien est d’un autre ordre de grandeur. Le schéma industriel est également plus compliqué car il va falloir intégrer un système d’armes américain, que la marine australienne doit encore retenir entre celui de Lockheed Martin et Raytheon.

Sur les 34 milliards d’euros, quelle part reviendra effectivement à DCNS ?

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Cela va dépendre en partie du nombre de sous-marins et des parties élémentaires qui seront réellement assemblés en France. Pour éviter un dérapage du calendrier, il n’est pas exclu en effet, que les tous premiers exemplaires soient fabriqués à Cherbourg pour garantir une livraison et une mise en service rapide dans la marine australienne, avec la mise en place en parallèle du transfert des technologies pour assurer le reste du programme dans les chantiers navals d’Adélaïde.

Pour les sous-marins, les retombées sont très liées à la phase d’assemblage. Contrairement aux avions, leur assemblage exige énormément de ressources et de temps. Il faut plusieurs années pour assembler un sous-marin et quelques mois pour un avion.

Il y a aussi des incertitudes sur le volume d’ingénierie. Dans quelle mesure le sous-marin australien est-il une copie du Barracuda français ? Or un sous-marin est un système d’une extrême complexité à développer. Quand vous changez un paramètre quelque part, il faut tout recalculer pour tout rééquilibrer. Sa densité doit être exactement à 1 sinon le sous-marin sera trop lourd ou trop léger. Les Espagnols qui avaient cherché à faire une copie du Scorpène, n’ont jamais réussi car ils ont sous-estimé la difficulté. Pour le soutien opérationnel, c’est assez clair, il doit être réalisé là où sont les sous-marins, en Australie.

Un tel contrat change-t-il la donne mondiale entre les fabricants des sous-marins?

Dans le monde du sous-marin, il y a trois types d’acteurs. Les Américains qui ne produisent que des sous-marins à très fort tonnage pour leur marché domestique. Il y a ensuite deux grands exportateurs: DCNS et l’allemand TKMS. Enfin il y a les autres concurrents qui sont derrière en termes de technologies et qui servent d’abord leur marine nationale : l’espagnol Navantia, le britannique BAE Systems, les Coréens, les Japonais…. Le vrai concurrent c’est TKMS qui n’avait pas un produit de classe océanique exigé par la marine australienne.

Du coup, DCNS devient un acteur vraiment international qui va développer de nouvelles compétences. Jusqu’à présent, il faisait des sous-marins en France qu’on vendait à l’international. Le Brésil et l’Inde ont été des premiers pas pour accompagner les clients étrangers à produire localement. Là il s’agira de travailler avec des Australiens et des Américains. C’est extrêmement structurant car il s'agit de clients ou des partenaires très rigoureux dans leur manière de mener un programme, en imposant leurs méthodes. Par nature, cela va obliger DCNS de développer des nouvelles formes de management pour répondre à la demande. Cela enrichira l’ADN de DNCS.

Le contrat australien vient après la vente de Rafale à l’Egypte et à la Syrie, des BPC et les fremm à l’Egypte… Comment expliquer ces succès de l’industrie française d’armement à l’export ?

La France et l’Europe ont lancé dans les années 80 toute une série de grands programmes : Rafale, Barracuda, NH90…Et l’A400M un peu plus tard. Ces produits ont été introduits dans les forces françaises et prouvé leur efficacité. Ils arrivent à maturité. De plus, les industriels tricolores bénéficient d’une politique plus restrictive de la part des Américains en termes de politique d’exportation vis-à-vis de leurs alliés historiques. Nos fabricants disposent aussi d’un soutien appuyé du gouvernement français que n’ont pas les fabricants allemands comme Rheinmetall ou ThyssenKrupp.

La grande force de la France c’est de jouer collectif. Au plan industriel, il y a une très forte homogénéité entre Dassault, Thales, DCNS et MBDA soit sur le plan de l’actionnariat soit sur le plan technique. Dassault est actionnaire de Thales, qui possède à son tour une participation dans DCNS, et MBDA a certains missiles qui ne fonctionnent de façon optimum qu’avec un radar Thales. Ces quatre groupes sont liés les uns aux autres, et présentent un front commun à l’export. Pour sa part, la DGA a pris conscience qu’il serait impossible de maintenir des compétences critiques dans l’industrie française sans l’apport de l’export.

Patrick Déniel et Hassan Meddah

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