Avec Latécoere à Casablanca, l’aéronautique au Maroc gagne une usine de plus

Première usine au Maroc pour Latécoère qui mise 10 millions d'euros à Casablanca. L'équipementier aéronautique toulousain qui sort d'une phase de difficultés financières annonce un investissement pour produire des meubles avioniques. La future usine devrait employer à terme 300 salariés. Et conforte la croissance du secteur dans le royaume.

 

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Avec Latécoere à Casablanca, l’aéronautique au Maroc gagne une usine de plus

A peine Stelia une filiale d'Airbus officialisait-elle ce mercredi 2 décembre le début des travaux de son site futur de Casablanca, qu'un autre groupe français Latécoère vient d'annoncer une nouvelle usine dans la capitale économique du Maroc.

Le groupe basé à Toulouse a en effet indiqué dans un communiqué publié le jeudi 3 décembre en fin de journée sa première implantation au Maroc.

L’investissement de Latécoère sera en fait réalisé par sa filiale à 100% LATelec, présentée comme "leader mondial des meubles avioniques, et n°2 des systèmes d’interconnexion pour l’aéronautique" et qui compte déjà des usines en France, en Tunisie ou au Mexique.

Le site réalisé "en périphérie de Casablanca" qui s’étendra sur surface de production de près de 6 000 m2 « sera dédié à la réalisation des meubles avioniques pour les Airbus A350 et A320 »

Selon Latécoère, groupe qui a réalisé 664 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014, "après la Tunisie et le Mexique, cette implantation, qui s’inscrit dans le cadre de la politique globale du groupe de double sourcing des produits, permet à LATelec d’augmenter sa capacité de production en zone best cost."

A horizon 2018, Latécoère prévoit un effectif total au Maroc d’environ 300 salariés "sur la base des prévisions de cadence annoncées pour les programmes Airbus".

L’investissement global annoncé est de 10 millions d’euros sur 5 ans pour ce groupe qui vient juste, par ailleurs, de sortir de sérieuses difficultés financières (encadré).

"Ce déploiement en zone best cost s’inscrit dans un contexte de montée en cadence de production de l’A350 et de l’A320 et permet à (..) Latécoère d’accompagner ses clients au plus près de leur développement", indique le groupe dont le siège est à Toulouse.

L'investissement au Maroc du groupe avait été défloré par Hamid Benbrahim El Andaloussi, président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS) en octobre et confirmé depuis, lors d'une interview du patron du groupe, Frédéric Michelland, au quotidien La Dépêche où il indiquait notamment "nos sites tunisiens étant saturés nous avons décidé d'envisager la construction d'un nouveau site avec 300 personnes au Maroc".

Pays sans expérience aéronautique, le royaume a décidé voilà près de 10 ans d'attirer les sous-traitants et équipementiers, surtout autour de Casablanca en s'appuyant sur une fiscalité et des subventions attractives, la mise sur pied d’un Institut des métiers de l’aéronautique (IMA) ou la création récente d’une zone franche, Midparc, située près de l’aéroport. Sans oublier un SMIC à 230 euros et encore la proximité géographique avec l'Europe pouvant être livrée par camion depuis Casablanca.

Latécoère espère la fin de crise
Ayant traversé de graves difficultés financières ces dernières années, Latécoère, coté en bourse, a réalisé un chiffre d'affaires de 664 millions d'euros (+6,9%) en 2014. Après une lourde perte en 2013, le toulousain a tout juste retrouvé l'équilibre l'an dernier mais a replongé dans le rouge ce premier semestre. Latécoère supportait jusque là une dette de trois fois ses fonds propres. Mais une augmentation de capital en septembre et l'arrivée de nouveaux actionnaires (les fonds américains Apollo et Monarch) ont permis au groupe dirigé depuis un an par Frédéric Michelland de diviser sa dette par trois. Et relancer ainsi ses projets d'expansion.

Les difficultés politiques en Tunisie ces dernières années ont aussi détourné certains investisseurs de ce pays.

Résultat, au Maroc le secteur aéronautique a réalisé cette année, sur 10 mois, 605 millions de dollars d'exportation en hausse de 5,1% Et les annonces d'usines se suivent dans le royaume qui compte une centaine de sites (de toutes tailles) travaillant pour l'aéronautique.

A côté de l'implantation ancienne et importante de Safran (sept sites au Maroc), les développements récents ont été le fait, notamment, de Bombardier et Aerolia, tous deux à Nouaceur près de l'aéroport Mohammed V sur la zone franche Midparc.

Pour Hamid Benbrahim El Andaloussi, président du GIMAS et par ailleurs délégué général de Safran au Maroc, interrogé par l'Usine Nouvelle cette semaine "ces groupes de premier rang sont des sortes de porte avions ou des plateformes qui génèrent l'arrivée ou le réinvestissement de nombreux sous-traitants. C'est là notre stratégie à l'échelle du Maroc en favorisant la co-localisation. Car les emplois ici permettent en fait de conforter ou développer ceux en France en donnant de la compétitivité aux équipementiers livrés à la compétition mondiale".

Pour rappel, Bombardier doit investir 200 millions de dollars d'ici à 2020 dans son usine ouverte fin 2014 etqui comptera à terme 800 salariés. Quant à Stelia, il vient donc cette semaine de lancer les travaux de sa deuxième usine marocaine (outre l'ex-Maroc Aviation devenu Stelia) qui cumulera 40 millions d'euros d'investissements.

Ces deux sites produisent des éléments d'aérostructure et contribuent aussi depuis un an à, effectivement, stimuler le tissu local de sous-traitance. Tout comme l'arrivée attendue de Figeac Aero

Enfin, à l'image de ceux de Stelia ou Figeac Aero, l'investissement de Latecoère est poussé par la forte croissance des cadences chez Airbus qui vient de passer notamment de 42 à 60 appareils par mois pour l'A320.

Quant aux usines à Casablanca, les dernières rumeurs des milieux économiques font état de négociations en cours pour l'implantation prochaine de Thalès ou encore du groupe américain spécialiste des fibres composites Hexcel.

Pierre-Olivier Rouaud

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