L'Usine Matières premières

Avec la fin des sacs plastiques, l'avenir de la filière industrielle passe par l'innovation

Gaëlle Fleitour , , ,

Publié le

Alors que la Loi de transition énergétique interdit les sacs plastiques à usage unique dans les magasins théoriquement depuis le 1er janvier, les fabricants français se mobilisent pour innover et même relocaliser dans l'Hexagone une partie de la production.


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L’interdiction des sacs plastiques en supermarchés signe-t-elle la mort de la filière industrielle en France ? Annoncée en 2014, la mesure, qui figure dans la loi sur la transition énergétique de Ségolène Royal, devait entrer en vigueur au 1er janvier 2016. La Commission Européenne s’étant emparée de la question, elle bloque le décret d'apllication jusqu'au 28 mars. Il faudra attendre au moins le mois d'avril pour que les sacs plastiques à usage unique soient interdits des caisses des magasins.

Pour les industriels du plastique souple, cela fait déjà longtemps qu’ils ne représentaient plus la poule aux oeufs d'or. Depuis la décision de Leclerc de supprimer les sacs de ses caisses en 1996, et les attaques permanentes sur leur danger pour l'environnement (polluants, non recyclables...), leur consommation s’était effondrée et leur production délocalisée.

10,5 milliards de sacs de polyéthylène étaient distribués à la caisse des supermarchés de France en 2002. Ils n’étaient plus que 700 millions l’an dernier, importés à 95%, principalement depuis l'Asie.

Un déclin amorcé il y a vingt ans

La production française représentait encore 50% d’une autre typologie de sacs plastiques : les cinq milliards distribués dans les chaînes de magasins et commerce de proximité, souvent personnalisés avec le logo de la marque. Tous sont concernés par la loi, et devront être remplacés par des sacs en papier ou des sacs plastiques d’un volume minimum de vingt-cinq litres et d’une épaisseur de 50 microns. L’industrie a perdu une manche, car le volume envisagé était initialement de… dix litres.

Le manque à gagner devrait menacer 3 000 emplois – directs et indirects – estime la fédération de la plasturgie. Un chiffre trop élevé juge néanmoins le syndicat Elipso, qui représente les fabricants d’emballages plastiques et d’emballages souples. Car beaucoup d’entreprises du secteur ont pris les devants, en réorientant tout ou partie de leur production. Comme Ribeyron, dans la Haute-Loire, qui s'est reconverti dans le sac-poubelle fine épaisseur et dans le film technique industriel.

Relocaliser les sacs "fruits et légumes"

D’autres, tels que Novamont, Sphère et Limagrain, ont misé sur l’innovation pour aller vers des sacs plus propres : biosourcés (d'origine végétale) et compostables, voire biodégradables. Car ils voient "une opportunité" dans les douze milliards de sacs donnés à l’intérieur des supermarchés pour emballer les denrées alimentaires, comme les fruits et légumes, estime Vincent Colard, chargé de mission environnement Elipso. Actuellement produits à l’étranger, ils seront interdits à compter du 1er janvier 2017, "sauf pour les sacs compostables en compostage domestique et constitués, pour tout ou partie, de matières biosourcées" dit la loi. Les fabricants français, forts de leur expertise en matières premières et plasturgie, comptent bien s'emparer de ce marché.

Cette relocalisation devrait permettre, selon Ségolène Royal, de créer 3 000 emplois. Des tests sont en cours avec les clients de la grande distribution pour être prêts le jour J. "Jusqu’à présent fabriqués à base pétrole et biosourcés à 40% avec de l’amidon, ces sacs devront voir leur taux de matière végétale augmenter chaque année pour respecter les décrets, explique Vincent Colard. En 2020, ce seront des matières qu’on ne connait pas aujourd’hui."

Des sacs biodégradables pour 2017

Comme les enzymes du chimiste vert Carbios, capables de rendre les plastiques autodestructibles naturellement après usage, ou recyclables à l’infini. "Il suffit d’inclure notre poudre au moment de la fabrication des sacs plastiques, sans que cela nécessite de réinventer le process aval ou de modifier les machines, explique Jean-Claude Lumaret, le directeur général de la start-up née en 2011. Notre ambition est de rendre dégradables tous les sacs plastiques, qu’ils soient biosourcés ou issus de matériaux fossiles." Il mène notamment le consortium Thanaplast, avec des partenaires publics et privés (CNRS, Limagrain, Barbier…) pour faire la démonstration du procédé et produire du PLA par voie biologique. Ses technologies sont désormais validées à l’échelle de pré-pilote industriel. Et seront industrialisées dès l’an prochain, promet-il. A temps pour la loi.

Gaëlle Fleitour

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