"Avec l’accord emploi, un chef d’entreprise aura moins peur de lancer des projets", selon Etienne Bernard

Anne-Sophie Bellaiche ,

Publié le

Le président du comité TPE-PME-ETI du MEDEF explique à l’Usine Nouvelle sa lecture de l’accord emploi négocié le 11 janvier. Pour Etienne Bernard, par ailleurs PDG de Bernard Controls (une PME internationale dans l’électrotechnique), ce texte va participer à réduire la crainte d’embaucher. Après la création de l’impôt Compétitivité emploi, il marque une nouvelle direction prise par la France qui va donner aux chefs d’entreprises l’envie d’avancer.

Avec l’accord emploi, un chef d’entreprise aura moins peur de lancer des projets, selon Etienne Bernard © DR

L'Usine Nouvelle - Quelle est votre lecture de l’accord emploi négocié par les partenaires sociaux le 11 janvier ?

Etienne Bernard - C’est un accord susceptible de changer  la donne. Il va participer notamment à effacer la crainte d’embaucher. Les accords de maintien dans l’emploi qui ont permis à mes collègues allemands de passer la dernière crise sont sécurisés. Le recours au chômage partiel sera simplifié. Enfin le plus révolutionnaire de l’accord se trouve dans l’article 20 sur les plans de sauvegarde de l’emploi et les licenciements économiques. Ce sont des dispositions que nous appelons de nos vœux depuis des années. Nous devions faire face à une gestion extrêmement complexe de ces licenciements avec des complications et des incertitudes considérables sur les entreprises. Aujourd’hui, un chef d’entreprise pourra lancer des projets et embaucher sans se dire si ça tourne mal, je vais mettre l’entreprise au tapis.

Certains pensent que c’est un accord plutôt adapté aux problématiques des grandes entreprises, qu’en pensez-vous ?

Il concerne toutes les entreprises. Les trois éléments que je vous ai donnés concernent pleinement les PME. Un délai de recours sur les licenciements qui passe de 5 ans à un an, cela parle à tout le monde. C’est l’un des éléments fort de déjudiciarisation présents dans l’accord qui peuvent faire reculer la peur de l’embauche dans les TPE-PME, avec l’introduction de mécanismes qui facilitent la conciliation, introduisent des barèmes de dommages et intérêts à cette étape et réduisent l’incertitude juridique. J’ajouterais enfin le fait de pouvoir mettre dans les critères de licenciements la notion de compétence professionnelle. C’est très important pour les petites entreprises qui n’ont pas énormément de monde à licencier. Il peut arriver que le dernier arrivé ait une compétence vitale pour le développement ou le repositionnement de l’entreprise. Que l’employeur puisse choisir les salariés qu’il garde est très novateur.  Dans cet accord, il n’y a guère que les dispositions sur la mobilité interne qui concernent plutôt les grandes entreprises qui sont multi-sites.

Deux syndicats importants n’ont pas signé l’accord, n’y-a-t-il pas eu un déficit sur le volet sécurité des salariés qui aurait pu les rassurer et les amener au compromis ?

En réalité, il semble que la CGT n’aurait signé aucun texte qui comporte ces dispositions sur l’assouplissement du licenciement ou des PSE, que je considère comme des avancées. Je préfère voir le dialogue qui s’est instauré dans mon entreprise. Ce matin à l’atelier, j’ai discuté avec l’un de mes délégués du personnel. Il m’a lui-même dit qu’il considérait indispensable le fait de pouvoir passer des accords de type Maintien dans l’emploi pour revoir temporairement les conditions de rémunération si c’est pour préserver l’entreprise. Il est dommage que FO n’ait pas signé mais leur problème semble plus être celui de la défense des emplois publics que de ceux du privé. En réalité, il y a aussi d’importantes avancées pour les salariés comme le partage de l’information économiques, qui existaient déjà partiellement dans de nombreuses entreprises, ou la généralisation de la complémentaire santé.

Quel va être l’impact concret de cet accord ?

Peu de personnes, même parmi les chefs d’entreprises ont encore lu l’accord et ils n’ont pas eu le temps de se pencher sur les détails d’un texte très complet. Il va falloir l’expliquer et montrer qu’il comporte des éléments très concrets qui les concernent. Mais après le Crédit impôt compétitivité, cet accord renforce le sentiment que la France opère un changement de direction. Cela va donner aux chefs d’entreprises l’envie d’avancer. C’est un cercle vertueux qui se met en place pour peu que l’on ne fasse pas des procès d’intention au patronat et qu’on joue de part et d’autre la carte de la confiance.

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche
 

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