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Avec Juan Carlos, l'Espagne débarque en force au Maroc où elle entre en compétition croissance avec la France

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Bien encadré, le roi d'Espagne Juan Carlos, en visite officielle au Maroc du 15 au 17 juillet, est accompagné du patronat et des poids lourds du gouvernement. Pour une économie espagnole en grande difficulté, le Maroc est un pays de cocagne, où ses exportations bondissent de 15% par an, dépassant désormais celles de la France.

Avec Juan Carlos, l'Espagne débarque en force au Maroc où elle entre en compétition croissance avec la France
Entretien entre Juan Carlos et Mohammed VI en 2005, lors d'une précédente visite du roi d'Espagne au Maroc
© casareal.es 2005

Du beau monde. Dans la délégation espagnole qui accompagne le roi Juan Carlos en visite au Maroc du 15 au 17 juillet, on compte les ministres des Affaires étrangères et de la coopération, de l’Intérieur, de la Justice, de l’Industrie de l’énergie et du tourisme et de l’Equipement.

De nombreux dirigeants d'entreprises espagnoles sont également du voyage. La délégation comprend aussi Juan Rosell , président du grand patronat à savoir la CEOE (Confédération espagnole des organisations entrepreneuriales) et aussi ceux de la Confédération espagnole des petites et moyennes entreprises (Cepyme) et du Conseil supérieur des chambres de commerce.

L'Espagne est affligée aujourd'hui par une des pires récessions de son histoire avec un taux de chômage de 26%. L’idée est bien sûr pour les entreprises espagnoles de s'appuyer sur cette visite royale pour trouver un appel d’air ou renforcer encore leur présence sur un marché proche et connu mais bien plus dynamique que le leur.

Après un ralentissement en 2012 (+2.5%), la croissance au Maroc devrait atteindre 4,5% selon le FMI contre -1.6% en Espagne.

Mais malgré ses difficultés, l’Espagne affiche un PIB de 1 049 milliards d’euros contre seulement 74 milliards d’euros pour le Maroc.

De son côté, le royaume chérifien est confronté à un lourd déficit commercial global... avec notamment l’Espagne. Cette dernière est parvenue ainsi en 2012 à chiper la place de 1er fournisseur du Maroc à la France tout en étant son 2ème client.

Mais, l'Hexagone reste de loin le premier partenaire économique du royaume chérifien en termes d'investissements directs étrangers (IDE) avec près de 50% du stock d'IDE au Maroc. En 2012, les IDE français (1,12 milliard d'euros bruts) ont pesé 10 fois ceux de l'Espagne. Au premier trimestre 2013 la France a retrouvé sa place de premier fournisseur du Maroc.

Par ailleurs, on note un flux régulier et croissant d'IDE du Maroc vers l'Espagne.

Mais côté échanges commerciaux entre l'Espagne et le Maroc, ceux-ci ont augmenté de 14% en 2012 pour atteindre 81,4 milliards de dirhams (7,3 milliards d'euros), ce qui reste en léger retrait comparé aux échanges totaux France-Maroc (90 milliards de dirhams).

Pourtant, l'Espagne a bel et bien dépassé la France l'an dernier pour la première fois en matière d'exportations.

En 2012, les importations marocaines provenant d’Espagne ont atteint 50,8 milliards de dirhams (4,5 milliards d'euros) soit un bond de 29,5% ! En comparaison, les exportations françaises vers le Maroc se sont chiffrées à 47,8 milliards de dirhams (4,3 milliards d'euros) soit un recul de 6%.

UN EXCÉDENT COMMERCIAL ESPAGNOL VIS A VIS DU MAROC TRIPLE DE CELUI DE LA FRANCE

Les exportations marocaines vers l'Espagne ont elles plongé d'environ 5% l'an dernier pour s'établir à 30,2 milliards de dirhams (2,7 milliards d'euros). Tandis que celles à destination de la France ont au contraire progressé de 14,5% à 39,6 milliards de dirhams (3,5 milliards d'euros)

L'excédent commercial de l'Espagne vis à vis du Maroc était donc, en 2012, de 20,3 milliards de dirhams (1,8 milliard d'euros) à comparer aux 5,6 milliards de dirhams (500  millions d'euros) d'excédent commercial de la France avec le Maroc. Trois fois moins.

Mais ces chiffres s'expliquent en partie par d'importantes expéditions de produits pétroliers depuis les ports espagnols.

Au premier trimestre, les exportations espagnoles vers le Maroc ont encore bondi de 12,4% (+7,4% pour la performance française).

Côté entreprises, quelques 800 sociétés espagnoles sont présentes au Maroc et certaines d'entre-elles, comme dans le textile Zara-Inditex, représentent d'importants volants d'affaires pour le secteur de la confection.

Dans le BTP ou l'énergie, d'autres sont parvenues à gagner d'importants marchés de travaux comme les entreprises Acciona, Sener et TSK qui vont réaliser pour le compte du saoudien Acwa le parc solaire CSP  de Ouarzazate.

Mais, si beaucoup d'entreprises espagnoles comme URSSA cherchent à s'implanter ou se renforcer au Maroc, elle doivent y affronter une conjoncture actuellement mauvaise pour ce secteur comme en témoigne la plongée des ventes de ciment.

D'autres entreprises espagnoles enfin, ont accompagné la montée en puissance du Maroc dans l'automobile comme Bamesa qui vient d'ouvrir une usine de découpe d'acier ou les équipementiers Antolin, Relats ou CIE. Quant à l'usine ArcelorMittal de Gijon, elle est aussi un des fournisseurs d'acier plat de Renault Tanger.

Rien que sur Tanger free zone, une quarantaine d'industriels espagnols seraient présents. Royal !

Nasser Djama

 

Des zones rouges
Les frontières entre l'Espagne et le Maroc comptent parmi les plus courtes du monde mais pas les moins litigieuses. Elles se situent au niveau de deux "Plazas de soberanía" enclavés sur la côte nord du Maroc, à savoir Ceuta et Melilla. Ces possessions espagnoles sont revendiquées par le Maroc. La barrière de Melilla est longue d'à peine 9,6 km. Celle de Ceuta 6,3 km. Ces enclaves sont le théâtre d'activités de contrebande et d'immigration clandestine, sans parler du terrorisme puisque l'Espagne affirme avoir démantelé en juin une celulle djihadiste à Ceuta. Cette zone est particulièrement sensible du fait des risques en vie humaines liés aux embarcations de fortune souvent empruntées par les clandestins tentant de rejoindre l'Europe et aussi pour le trafic de drogue d'origine marocaine pour partie. La distance qui sépare les côtes marocaines et espagnoles sur le détroit de Gibraltar est de 14 km. 

 

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