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Quotidien des Usines

Avec Jacquet, Limagrain tente une diversification risquée

Publié le

Parti des semences, ce groupe coopératif aux racines auvergnates a entamé un vaste programme de diversification dans l'agro-alimentaire et la bio-santé. Avec la reprise de Jacquet, il s'attelle à un pari difficile.

Les entreprises citées

Les Auvergnats passent pour être pingres. Pourtant, ces dernières années, le semencier Limagrain, dirigé depuis 1984 par Dominique Vial, 47ans, n'a pas lésiné sur les millions pour asseoir son développement. Nouvelle preuve: la reprise du boulanger industriel Jacquet à Gérard Joulin, son fondateur. Le groupe semencier (3,6milliards de chiffre d'affaires, 4000salariés, 0,8% de marge nette) va injecter 120millions de francs dans l'affaire pour en contrôler 70%, associé à la coopérative d'Arcis-sur-Aube (Scara), qui apporte 30millions. Ces 150millions iront intégralement recapitaliser Jacquet. Les banques, elles, mettront au pot sous forme d'abandons partiels de crédits et transformation d'une partie des dettes en créances convertibles. Quant aux partenaires minoritaires, l'Idia et UI (30% du capital), ils conservent pour l'instant leurs parts. Gérard Joulin devant garder un poste non opérationnel dans un groupe qui aura échappé de peu à la catastrophe. Jacquet frôlait depuis deux ans le dépôt de bilan, malgré ses 30% de part de marché, ses marques Jacquet et Duroi et son milliard de facturations. A l'origine de ces problèmes: l'achat, en 1987, du boulanger industriel allemand Rugenberger (900millions de francs de chiffre d'affaires), lui-même en difficulté, que Jacquet n'est jamais parvenu à redresser. Gérard Joulin avait aussi dû affronter en 1991 des grèves dures dans plusieurs usines. De plus, alors que la structure financière commençait à se dégrader, il avait lancé la construction de deux usines pour un total de 95millions de francs. Bilan: la situation nette de Jacquet approche aujourd'hui - en négatif - 400millions de francs. Après plusieurs rebondissements, Gérard Joulin n'a évité la faillite qu'en déposant le bilan de Rugenberger et en confiant son avenir au Ciri, chargé de négocier avec les banques et de trouver un repreneur.

Un groupe très dépendant de la grande distribution

C'est donc une situation particulièrement dégradée que devra redresser Limagrain, qui signe là une nouvelle diversification. Tout occupé à devenir, par acquisitions (Vilmorin, Nickerson, Sutton...), le numéro3 mondial des semences, sa place actuelle, le groupe a néanmoins élargi ses activités. "Notre plan à dix ans prévoit deux axes: l'agro-alimentaire et la bio-santé, tout deux prolongement de notre savoir-faire dans le végétal", indique-t-on au siège de Chappes (Puy-de-Dôme). La réforme de la PAC et les accords du Gatt ont durablement affecté les fournisseurs de l'agriculture, touchés par ricochet par les baisses de prix agricoles, jachères et autres limitations de production. La division semences de maïs de Limagrain connaît depuis deux ans une baisse d'activité de 10%. Signe des temps: la plupart des groupes pharmaceutiques et chimistes, qui, pendant les années80, avaient massivement investi le secteur des semences, l'ont aujourd'hui déserté. Une situation qui explique les incursions de Limagrain hors de son métier. Dans la santé, le groupe avait signé un premier coup d'éclat, en 1993, avec l'achat de Dolisos, deuxième laboratoire homéopathique français. Le déploiement dans l'alimentaire s'était fait jusque là sur un registre plus discret. Limagrain, qui est associé dans la minoterie avec Epi Centre, a également acquis différentes "start-ups" ou PME, comme Took-Took (plats cuisinés exotiques) ou Dafa (auxiliaires de boulangerie). L'achat de Jacquet le classe aujourd'hui dans une toute autre catégorie. Habitué au métier "business to business" à forte valeur ajoutée des semences, Limagrain saura-t-il gérer un groupe aux marges faibles, dépendant de la grande distribution et sans synergie immédiate avec ses propres métiers? "Nos précédentes acquisitions visaient à nous familiariser avec l'agro-industrie. Quant à la grande distribution, l'essentiel des ventes de notre filiale Vilmorin se fait dans les grandes surfaces. Nous connaissons donc les contraintes de produits de grande consommation", plaide-t-on chez le coopérateur. Reste à savoir si le groupe aura financièrement les reins assez solides. A la différence de la plupart des coopératives, Limagrain affiche des fonds propres importants (1,7milliard à juin 1994), mais qui sont compensés par un endettement équivalent. A Chappes, on fait confiance à la capacité manageriale du groupe. "Lorsque nous avons repris Nickerson à Shell, la société affichait 60millions de pertes; aujourd'hui, elle gagne 10 millions. Nous avons donc prouvé notre capacité à redresser des affaires", conclut un cadre du groupe. Pierre-Olivier ROUAUD



Ces coopératives présentes dans l'industrie

Si Limagrain, groupe coopératif, redresse Jacquet, groupe "capitaliste", il opérera une sorte de première! Ces dernières années, c'est l'inverse qui s'est généralement produit. Soucieuses de mieux valoriser les productions de leurs adhérents, nombre de coopératives se sont progressivement étendues dans l'industrie. Avec des succès divers. Explication: leurs difficultés à trouver des capitaux propres hors des apports de leurs adhérents, souvent ridiculement bas. Résultat: beaucoup d'entre elles se sont laissé entraîner dans la spirale de l'endettement et n'ont dû leur salut qu'en tombant dans les bras de capitalistes purs et durs. C'est le cas de la coopérative laitière ULN, reprise en commandite par Bongrain en 1991, de la Coopérative de la Brie, qui a dû vendre ses boulangeries à Neuhauser puis sa minoterie aux Grand Moulins de Paris, ou d'Arcadie, ex-numéro2 de la viande, qui a cédé ses activités les plus rentables à Bigard. Pourtant, contre vent et marée, des coopératives comme Sodiaal, Socopa ou Coopagri figurent toujours parmi les ténors de l'agro-alimentaire. Et comptent pour 15% du chiffre d'affaires de cette industrie.

USINE NOUVELLE N°2497
 

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