"Avec EADS, BAE sera un redoutable concurrent"

Christian Mons, président du GICAT, le groupement des industries françaises de défense terrestre, réagit à la fusion EADS/BAE. Pour le secteur, il y voit un véritable exemple à suivre et une question de survie.

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L'Usine Nouvelle - Que pensez-vous du projet de fusion entre BAE et EADS ?
Christian Mons - Je dis "Bravo !". Créer un géant de cette taille, c’est créateur de richesses. C’est l’exemple à suivre pour les autres industries de défense : le naval, le terrestre. Tom Enders réussit un coup magnifique. Sans la création du groupe EADS, cela aurait été impossible : l’Europe peut aussi remercier celui qui en est à l’origine, Jean-Luc Lagardère.

Quelles sont les répercussions pour le reste de l’industrie ?
Il y a aura forcément un impact. La création de ce géant multinational rend "sous-critique" pas mal d’entreprises même celles qui ont une taille confortable. A l’échelle d’un BAE-EADS, même les principales entreprises d’armement terrestre allemandes, comme Rheinmetall et Krauss Maffei, ne font pas le poids. Il y a un facteur taille de 3 à 10. Avec Nexter, l’écart est encore plus criant. Or BAE en fusionnant avec EADS, aura un accès simplifié aux marchés français et allemands, qui lui étaient relativement fermés avant, les Etats privilégiant leurs constructeurs nationaux. Cette barrière va sauter. BAE sera un redoutable concurrent.

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De quelle façon ?
Il y a un risque de marginalisation par la capacité d’investissement. Dans nos industries, les moyens d’investissements sont proportionnels à la taille de l’entreprise. 5 % du chiffre d’affaires sont investis environ dans la recherche. Plus l’entreprise est importante, plus ses produits seront compétitifs. On ne pourra pas suivre BAE qui est numéro mondial de l’armement terrestre. Qui plus est, BAE est fortement présent sur le marché américain et dispose d’une partie de sa R&D financée par le Pentagone et la DARPA (Defense advanced research projects agency, agence du département de la défense aux Etats-Unis, en charge de la recherche et développement - NDLR).

Quelles options restent-ils aux Européens ?
Les petits acteurs devront soit sortir du marché soit se spécialiser. Cela va provoquer des regroupements entre Allemands, Français et Italiens. Dans les cinq ans qui viennent, si nous ne bougeons pas, nous sommes morts. Si les entreprises françaises se rapprochent (Nexter, Renault Trucks Défense-Panhard), cela constituerait un ensemble de l’ordre de 1,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires qui pourra jouer un rôle dans une future consolidation européenne.

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