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Avec de nouvelles révélations, le jeu trouble de Lafarge en Syrie s'épaissit

Simon Chodorge , , ,

Publié le

Vu sur le web Le Monde et Libération ont révélé le contenu des auditions de plusieurs cadres de Lafarge dans le cadre de l'enquête sur les activités de l'entreprise française en Syrie. Selon ces documents, les renseignements français savaient que l'Etat Islamique bénéficiait de financements de la part du cimentier. Ils soulèvent également la possibilité d'une nouvelle relation économique entre Lafarge et le groupe terroriste.

Avec de nouvelles révélations, le jeu trouble de Lafarge en Syrie s'épaissit
L’affaire Lafarge commence maintenant à éclabousser l’Etat français.
© Lafarge

L’affaire Lafarge commence maintenant à éclabousser l’Etat français. Selon des documents relayés par Le Monde et Libération, les services de renseignement français étaient informés des activités de Lafarge en Syrie. Est-ce que le gouvernement était au courant de ces agissements ? Est-ce que Lafarge communiquait de façon transparente avec le renseignement français ? Ces nouvelles informations soulèvent des questions sur le jeu très trouble du cimentier français au Proche-Orient.

En juin 2016, une enquête du Monde révélait que Lafarge aurait payé des taxes à l’Etat Islamique afin de maintenir l’activité de sa cimenterie de Jalabiya. Entre 2012 et 2014, le cimentier aurait ainsi versé 4,3 millions d’euros à un intermédiaire pour qu’il négocie la sécurité de routes auprès des groupes armés, dont l’EI.

Sept mises en examen pour mise en danger de la vie d’autrui ou financement du terrorisme

A ce jour, sept cadres ou anciens cadres de Lafarge ont été mis en examen pour mise en danger de la vie d’autrui ou financement du terrorisme, dont l’ancienne directrice des ressources humaines et l’ancien PDG de l’entreprise, Bruno Lafont. Parmi eux figure également Jean-Claude Veillard, ancien directeur sûreté de Lafarge. Les informations communiquées par Le Monde et Libération s’appuient sur les compte-rendus de ses interrogatoires.

Dans ces entretiens, Jean-Claude Veillard révèle ses communications avec les services de renseignement français. “Selon l’agenda fourni par Jean-Claude Veillard aux enquêteurs, le directeur sûreté a rencontré à 33 reprises les différents services de renseignement extérieurs (DRM, DGSE) et intérieur (DGSI) entre 2012 et 2014”, précise Libération. “Je ne faisais aucun tri dans les informations que je donnais aux services de renseignement”, assure Jean-Claude Veillard.

Si le renseignement français était au courant, le gouvernement français a-t-il également été informé ? En octobre 2017, l’ONG Sherpa demandait déjà l’audition de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères sous François Hollande entre mai 2012 et février 2016. Alors que les intermédiaires payés par Lafarge transmettaient également des informations sur les membres de l’EI, il reste à savoir si le cimentier était complètement transparent dans ses communications avec les services de renseignement.

Lafarge a-t-il fourni du ciment à l’Etat Islamique ?

Dans un autre article, Libération dévoile également le contenu d’une audition de Frédéric Jolibois, directeur de la filiale syrienne de Lafarge. Ces échanges soulèvent une nouvelle possibilité de relation entre l’entreprise française et l’Etat Islamique. “Le 22 décembre 2014, alors que l’usine syrienne est encore aux mains du groupe terroriste, Ahmad Jaloudi, le 'gestionnaire des risques' de Lafarge en lien avec les groupes armés, informe Frédéric Jolibois, responsable de cette filiale, de la volonté de l’Etat islamique d’acheter 150 000 tonnes de ciment”, retrace le quotidien.

Lafarge a-t-il fourni ce volume conséquent à l’organisation terroriste ou a-t-il commercé par ailleurs avec elle ? Le directeur se défend comme le cite Libération : “Ce mail ne fait référence à aucune volonté d’achat ou même de commerce avec ISIS. C’est de l’information. On est une société complètement à l’arrêt, qu’est-ce qu’on peut faire à part recueillir de l’information ?” On peut toutefois se demander si cette démarche est vraiment désintéressée et pourquoi une entreprise multinationale recueillerait de tels renseignements.

Contacté par L’Usine Nouvelle, Lafarge n’a pas souhaité répondre à nos questions : “Nous ne commentons pas des conversations ou des documents qui relèvent d'une procédure judiciaire en cours.”

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