Quotidien des Usines

Avec 1336, les ex-Fralib transforment la mémoire de leur lutte en marque commerciale

Aurélie M'Bida , , ,

Publié le , mis à jour le 27/05/2015 À 10H43

Après un conflit social qui aura duré 4 ans et la fermeture de leur fabrique de thé dans les Bouches-du-Rhône, les anciens salariés de Fralib ont créé Scop-Ti, une société coopérative. Ils ont également annoncé, mardi 26 mai, le lancement de leur nouvelle marque, 1336. 

Avec 1336, les ex-Fralib transforment la mémoire de leur lutte en marque commerciale © SCOP TI

1336, c’est en nombre de jours la durée du conflit qui avait opposé les salariés de Fralib de Gemenos (Bouches-du-Rhône) au groupe Unilever entre 2010 et 2014. C’est aussi le chiffre symbolique choisi par les ex-Fralib pour la marque des produits qu’ils commercialiseront par le biais de leur coopérative, Scop-Ti.  Cette nouvelle marque a d'ailleurs été annoncée à 13h36 à l’occasion d’une journée portes-ouvertes, comme autant de clins d’œil à l’histoire mouvementée de cette coopérative ouvrière. Quelle stratégie industrielle a adopté la jeune entreprise ? 

Favoriser le local

Tout est résumé dans la promesse de 1336 (prononcé treize trente-six), "éveille les consciences, réveille les papilles". Au-delà du symbole, la coopérative souhaite faire de son thé et de ses infusions, des produits bien ancrés dans les filières locales, les approvisionnements courts et la distribution maîtrisée. "La marque 1336 vise la grande distribution et ainsi une couverture locale dans le sud-est. Nous nous engageons à travailler sur une aromatisation 100% naturelle et à favoriser les producteurs en direct. Les relations commerciales développées seront de véritables partenariats", expose Olivier Leberquier, ex-leader CGT de l’occupation de l’usine Fralib, devenu directeur général délégué de Scop-Ti, non sans accent militant.

L’ancien syndicaliste annonce également la déclinaison du nom de la coopérative en marque. Scop-Ti sera dédiée aux infusions et thés issus de l'agriculture biologique. Elle est en passe d’être distribuée par le réseau de magasins Biocoop dans toute la France. "Les discussions avec la direction de la chaîne de magasins bio sont plus qu’avancées", raconte Olivier Leberquier.

De syndicaliste à patron

Les ex-Fralib ont longuement préparé leur reconversion. Sur les 182 employés que comptait le site de Gemenos à sa fermeture en 2011, 57 ont décidé de tenter l’aventure en devenant coopérateurs. Ils ont investi toutes leurs indemnités de licenciement dans la Scop (soit 177 000 euros). "Notre conseil d’administration compte onze membres et l’assemblée générale est le seul organe de décision. D’ailleurs, les trois membres du comité de pilotage constitué du président, Gérard Cazorla, du directeur général, Marc Decugis, et de moi-même sommes révocables à tout moment", explique le nouveau directeur général délégué de Scop-Ti.

L’ex-syndicaliste devenu patron, assume sa situation : "Je vois cela comme un défi. Nous n’avions de cesse d’expliquer ce que nous ferions si nous étions aux manettes durant la lutte Fralib, aujourd’hui c’est nous qui sommes aux manettes !"  

à la recherche de partenaires

Le combat des ex-Fralib semble pourtant loin d’être terminé. Il a simplement changé de terrain. De la sauvegarde de leur activité industrielle et de leurs emplois, désormais ils doivent réussir la création de leur entreprise…et sa pérennité. Sur les 19,1 millions d’euros versés pour le règlement complet du conflit, dont 10 millions d’indemnités de licenciement, arriérés de salaires et cotisations sociales, et 7 millions correspondant au chiffrage du parc industriel, ce sont quelque 2,850 millions qui ont été investis directement dans la Scop. Une somme qui permet aujourd’hui le lancement de l’aventure 1336. "Nous n’excluons pas non plus de racheter l’usine à la communauté urbaine de Marseille, surtout si nous arrivons à accueillir de nouveaux partenaires dans la Scop", annonce Olivier Leberquier.

La recherche de partenariat semble en effet être un des ingrédients majeurs de la réussite à long terme d’une coopérative industrielle. "Nous suivons de près les modèles qui marchent. Nous étions d’ailleurs complices avec la coopérative Fabrique du sud (ndlr. créée par les ex-salariés des glaces Pilpa) qui a généré 100 000 euros de bénéfice net en 2014. Pour moi, la Scop est le modèle économique qui résiste le mieux à l’heure actuelle", souffle l’ancien Fralib.

Aurélie M’Bida

En images, l’histoire de SCOP TI racontée par les ex-Fralib :

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1 commentaire

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28/05/2015 - 10h09 -

Bravo à ces personnes qui ont la volonté de prendre leur destin en main, de vouloir des relations saines entre-elles et de créer de la valeur malgré les difficultés concurrentielles actuelles. Comment et où seront distribués leurs produits ?
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