Avant la mise en examen de Guillaume Pepy, la SNCF joue la transparence

Olivier Cognasse , , , ,

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Mesures pour renforcer la surveillance et la sécurité du réseau, partage des informations pour jouer la transparence, la SNCF s’est remise en cause après l’accident de Brétigny. Réelle volonté ou écran de fumée pour atténuer les ennuis judiciaires de son patron ?

Avant la mise en examen de Guillaume Pepy, la SNCF joue la transparence © Twitter @be_roby

La catastrophe de Brétigny-sur-Orge (Essonne) en juillet 2013, puis celle de Denguin (Pyrénées-Atlantiques) en juillet ont rendu le transport ferroviaire beaucoup moins sûr que par le passé aux yeux des Français. Elles ont surtout fait apparaître les faiblesses du réseau. Depuis des années, un vieillissement important a été constaté, par manque de moyens pour moderniser et maintenir les voies, signalisation aiguillages et autres ouvrages d’art en bon état. On ne compte plus les kilomètres sur lesquels les TER et les trains Intercités doivent rouler à vitesse réduite.

Depuis le rapport de l’école polytechnique de Lausanne (Suisse) de 2005 sur la déliquescence du réseau français, les moyens alloués à la rénovation et à l’entretien du réseau sont passées de 1 à 2,5 milliards d’euros par an. Malgré ces efforts entrepris depuis sept ans, le vieillissement du réseau n’est pas terminé, surtout en Ile-de-France, qui concentre 40 % de la circulation ferroviaire sur 10 % du territoire. Les rapports se sont multipliés depuis Brétigny et notamment celui consacré aux causes de la catastrophe qui est accablant pour la SNCF et Réseau ferré de France (RFF) : défaillance des tournées d’inspection, maintenance inadaptée, non-respect des consignes pour remplacer les boulons…

 

Retrouvez notre dossier Au délà de la grève SNCF, pourquoi les trains ne roulent pas

 

Résultat : Jacques Rapoport, le PDG de RFF devrait être mis en examen le 16 septembre en tant que personne morale et Guillaume Pepy, le PDG de la SNCF, le 18 septembre.

Transparence

Une bonne nouvelle, à écouter les deux patrons bientôt réunis dans la grande SNCF. "Nous avons toujours dit que ces mises en examen sont utiles, car nous aurons accès au dossier. On nous dit qu’il fait des centaines ou des milliers de pages. Les parties civiles ont pu le lire. Nous, non ! Nous ne savons pas quelles pièces ont été saisies", explique le patron de la SNCF. Aujourd’hui, la SNCF a décidé de jouer la transparence. Tous les rapports de sécurité sont disponibles pour le grand public sur Internet, tout comme les documents sur Brétigny.

"Nous sommes la première entreprise à avoir signé un partenariat avec l’ONG Transparency, qui émet des avis sur notre façon de faire de la transparence". La SNCF va proposer de plus en plus d’informations en Open Data, construites comme un tableau de bord permettant de suivre les trafics, les fraudes, les données sociales… en version beta dès octobre et en version finale en 2015. Mais la transparence ne remplace pas la surveillance et les travaux pour assurer la sécurité des trains qui roulent.

Travailler ensemble pour remettre le réseau à niveau

La sécurité a été au centre de la première visite du nouveau secrétaire d’Etat aux transports, Alain Vidalies, dans le monde ferroviaire. Pour repartir sur de bons rails, un Général était tout désigné au poste d’inspecteur général de la sécurité. Il sera rattaché directement aux deux présidents à partir du 1er octobre. Il s’agit du Général Frédéric Castay, qui était chargé de la sécurité nucléaire auprès du chef d’Etat-Major des armées. "L’objectif est de remettre le réseau existant à niveau dans cinq ans et celui du "mass transit" dans dix ans", selon Jacques Rapoport.

La ponctualité des trains a progressé. Toutes les catégories sont au-dessus de 90 %. Mêmes les lignes des RER B et D, véritables points noirs en Ile-de-France, ont gagné 5 points pour atteindre 88 %. "Les travaux paient", mais attention à la rechute avec les mauvais jours… Pour améliorer la sécurité, un effort de maintenance et des travaux sont nécessaires. "Il n’y a jamais eu dans l’histoire des chemins de fer français autant de chantiers", précise le patron de RFF. Les effectifs pour la rénovation et la maintenance ont augmenté de 2 000 personnes en trois ans. Mais il existe toujours un déficit de personnel et d’encadrement, d’où un vaste plan de formation engagé.

Mise en place d’indicateurs, de formations des conducteurs, nouvelles procédures d’alertes express, audits auprès de 250 établissements de la SNCF, lancement d’une grande enquête depuis le 8 septembre en interne : les chemins de fer français veulent donner des gages de leur bonne volonté. Sur le terrain, c’est le plan Vigirail. 1300 personnes chargées de la surveillance vont être équipées de tablettes (20 millions d’euros) avec des applications pour identifier les défauts. Une inspection avec trois trains sera mise en place début 2015. Ils détecteront les anomalies de manière automatique avec la vidéo. Quand ils seront homologués, cinq engins SIM inspecteront les voies à partir de 2016 pour détecter les anomalies et procéder aux mesures de cotes géométriques.

Espérons que toutes ces annonces éviteront à l’avenir des accidents dus à des défauts de maintenance et… la mise en examen du patron de la SNCF. Malgré ce qu’il en dit, cela ne contribue pas à redorer l’image de l’opérateur ferroviaire historique.

Olivier Cognasse

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