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L'Usine Aéro

Aux Etats-Unis, Zodiac en pleine reconquête industrielle

Olivier James , , , ,

Publié le

Affecté depuis bientôt deux ans par une série de dysfonctionnements industriels, Zodiac tente de se remettre à niveau. Les initiatives se concentrent sur ses sites américains, les plus défaillants.

Aux Etats-Unis, Zodiac en pleine reconquête industrielle
“Space-Flex v2” : Un système Galley-Lavatory destiné à la famille A320
© Zodiac

"Nous sommes ici à l’épicentre du séisme". Cette remarque d’Olivier Zarrouati, le patron de l'équipementier aéronautique français Zodiac Aerospace, lors d’une visite effectuée mercredi 31 août dans l’usine de Cypress (Californie), ne concerne pas les risques de secousses, auxquelles sont habitués les salariés de ce site. Mais bien les dysfonctionnements industriels qui empoisonnent la vie de l’équipementier aéronautique depuis la mi 2015 et qui participent à plomber ses résultats financiers. Le mal est connu : des retards de livraisons et des problèmes de qualité dans la production des toilettes dédiées à l’Airbus A350, le dernier-né de l’avionneur, qui peinent à se résorber.

Dans l’usine de Cypress, où s’activent 500 salariés, le moindre défaut est scruté à la lampe torche, le plus petit événement de production est noté sur l’un des innombrables tableaux qui jalonnent la ligne d’assemblage, la plus infime imperfection – même invisible à l’œil nu – est marquée d’une étiquette rouge. Triviale, la production de toilettes ? C’est tout le contraire : le niveau d’exigence des compagnies aériennes et la complexité insoupçonnée du produit sont devenus tels que cette activité, centrée sur la manipulation des matériaux composites, nécessite un savoir-faire industriel poussé. "Tant mieux, s’exclame Olivier Zarrouati, philosophe. Ce sont autant de barrières d’entrée pour les nouveaux acteurs".

Point chaud

A Cypress, depuis quelques mois, une nouvelle équipe de direction est aux manettes et une partie de la production a été transférée à Montréal (Canada), provisoirement. Partout, les indicateurs de performance ont fleuri pour élever le niveau de qualité. "Le déploiement de notre plan de transformation industrielle Focus commence à donner des résultats " assure Yannick Assouad, directeur général de la branche cabine de Zodiac. Malgré les progrès réalisés, Cypress reste sans aucun doute le point le plus chaud pour Zodiac. Mais il n’est pas le seul. Depuis deux ans, les retards de livraisons de toilettes, mais aussi de sièges, lui ont attiré les foudres des avionneurs, Airbus en tête, et de certaines compagnies aériennes, en particulier American Airlines. Il faudra du temps avant que Zodiac ne parvienne à reconquérir la confiance de certains de ses clients.

Retour en arrière. Les déboires industriels de Zodiac surgissent dès la fin de l’année 2014. La disgrâce industrielle de l’équipementier trouve son origine dans deux autres sites américains, dédiés aux sièges d’avions : Santa Maria (Californie), pour la classe affaires (de l’A350 en particulier), et Gainesville (Texas), pour la classe économique. "A Santa Maria, le design du produit n’a pas été bien défini et a induit des surcoûts de production, indique Olivier Zarrouati. A Gainesville, c’est un reporting insuffisant des dirigeants qui n’a pas permis de déceler la dégradation des performances". Ces sites, mal gérés, ont grossi trop vite. Au manque de planification des stocks s’est ajouté un niveau de turn-over élevé des salariés, souvent mal formés, en particulier pour le travail des matériaux composites omniprésents dans les équipements pour la cabine.

Activités critiques

"Les gens étaient découragés, nous sommes en train de reprendre le contrôle", rassure Olivier Zarrouati. Pour délester l’usine de Santa Maria, le niveau de production a été divisé par deux, en partie grâce à des transferts vers les usines françaises d’Issoudun (Indre) et de Saint-Crépin (Oise), ainsi que celle de Canberley (Royaume-Uni) et de sociétés extérieures. Dans tous les sites, les indicateurs de performance ont été uniformisés. Une fois les problèmes résolus, Zodiac prévoit de regrouper trois de ses sites américains dédiés aux équipements de la cabine (Cypress, Bolsa et La Palma), hors sièges, sur un lieu unique appelé Skylab, à deux pas de l’actuel site de Huntington Beach, entre la fin 2017 et le début 2018. De quoi rendre plus efficace les circuits logistiques, la gestion des stocks et des achats. Pour ses activités les plus critiques, les sièges et les toilettes, Zodiac maintient son objectif d’un retour à la performance opérationnelle fin 2017.

Au-delà des erreurs commises par un groupe qui menait sa croissance tambour battant, reste que le cas Zodiac est emblématique d’une profonde mutation de l’aéronautique impactant en premier lieu les activités industrielles de la cabine. L’aménagement intérieur des avions est devenu l’un des principaux enjeux dans la bataille acharnée que se livre les compagnies aériennes. A armes égales sur les avions, le prix du pétrole, les routes aériennes, elles voient la cabine comme l’élément le plus différenciant. C’est vrai notamment pour l’A350, en pleine montée en cadence de production.

Quadrature du cercle

Pour Zodiac et ses concurrents, c’est la quadrature du cercle. L’équation à résoudre ? Suivre la hausse des cadences des nouveaux programmes, assurer les besoins de réaménagement des anciens appareils (tous les cinq ans pour les sièges), offrir des solutions différentes pour chaque compagnie, tout en assurant une densité maximale de sièges et en maintenant une perception de l’espace disponible pour le confort des passagers… Raison pour laquelle Zodiac s’est doté en 2012 d’un centre de design censé explorer de nouvelles solutions, dénommé ZEO, à Huntington Beach (Californie). Il sera lui aussi hébergé au sein de Skylab.

Ce centre de 50 personnes, capable en une journée de créer une pièce à partir d’un coup de crayon sur un papier. Un fablab, qui rappelle l’état d’esprit des entreprises du numériques, doté d’une véritable usine de production de prototypes. Il à l’origine du concept Spaceflex pour l’A320 : en améliorant l’intégration des galleys (cuisine) avec les toilettes, une compagnie peut espérer rajouter jusqu’à deux rangées de sièges supplémentaires. Une solution d’aménagement développée conjointement avec Airbus. Surtout, pour allier différenciation et besoin d’industrialisation, Zodiac mise gros sur le principe de modularité : chaque compagnie pourra être en mesure de définir l’agencement de ses propres éléments (toilettes, cuisines…) sur la base d’un catalogue commun. La mue industrielle de Zodiac ne fait que commencer.

A Huntington Beach (Californie), Olivier James

Au Mexique, l'équipementier étend son empreinte industrielle

Petit à petit, Zodiac fait son nid. Au Mexique, l’équipementier aéronautique a inauguré mardi 30 août une nouvelle extension de 5000 m² sur son site de Chihuahua, d’une superficie de 56000 m². Un investissement qui intervient alors que le groupe fête cette année ces dix ans dans ce pays, l’une des destinations les plus en vues pour la sous-traitance aéronautique. A l’instar de Safran présent au Mexique depuis vingt ans, Zodiac est venu chercher une main d’œuvre qualifiée à un coût compétitif. Depuis 2006, le groupe n’a eu de cesse de s’agrandir en s’appuyant – jusqu’en 2015 – sur les services de la société American Industries, spécialisée dans l’implantation des entreprises étrangères au Mexique. Les cinq bâtiments existants, où travaillent environ 3000 personnes (sur 35000 salariés pour le groupe) abritent des activités aussi diverses que la fabrication de toboggans, de conduites de protection de câblages ou bien encore de systèmes d’évacuation d’eaux usées. Au total, les investissements de Zodiac au Mexique s’élèvent à 80 millions de dollars. « Après cette période d’extension, nous allons entrer dans une phase dédiée avant tout à l’amélioration de nos process et à la réduction des coûts », précise Thierry Février, directeur du développement industriel chez Zodiac. Cette implantation restera stratégique, dans un pays qui a pour ambition de développer plus avant l’industrie aéronautique, en doublant le nombre d’emplois du secteur entre 2016 et 2020 pour atteindre 110 000 emplois, à comparer aux 185 000 emplois en France.

A Chihuahua (Mexique), Olivier James

 

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