Aux Antilles françaises, le projet ECO3SAR veut aider à valoriser les sargasses

Pour valoriser les sargasses qui s’échouent massivement sur les côtes de Guadeloupe et de Martinique, une piste consiste à les intégrer à du compost. Problème : ces algues brunes peuvent contenir des métaux lourds et du chlordécone. Afin d’améliorer la compréhension du phénomène, le projet de recherche ECO3SAR a recueilli des échantillons qui seront analysés pendant 18 mois.

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Aux Antilles françaises, le projet ECO3SAR veut aider à valoriser les sargasses
Les sargasses envahissent régulièrement les plages de Martinique et de Guadeloupe. Le projet pluridisciplinaire ECO3SAR vise à explorer les filières de valorisation de ces algues brunes sous forme de compost.

Une deuxième campagne d’échantillonnage de sargasses a eu lieu en octobre dans le cadre du projet ECO3SAR. La première s’était déroulée en juillet sur 37 sites répartis entre la Guadeloupe et le Martinique. « Nous souhaitions faire globalement les mêmes sites pour la deuxième campagne afin d’évaluer la variation au cours du temps mais nous avons dû nous adapter car les échouages ont été plus rares, indique Pascal Jean-Lopez, écologue, directeur de recherche au CNRS et co-porteur du projet ECO3SAR. Nous avons donc réalisé des études plus ciblées et focalisées. Une campagne plus large est prévue aux prochains échouages de l'année à venir. » Piloté par le laboratoire Borea (Biologie des organismes et des écosystèmes aquatiques), le projet associe également l’Université des Antilles, le laboratoire d’analyses départemental de la Drôme, et la société Holdex Environnement. Objectif : explorer des pistes de valorisation de ces algues, notamment sous forme de compost.

Depuis 2011, les sargasses s’échouent en masse sur les plages de Guadeloupe et de Martinique. Elles fermentent et dégagent du sulfure d’hydrogène. S’en suivent odeurs, maux de tête et autres nuisances pour les riverains. Mais aussi des problèmes d’ordre économique : accessibilité à la plage pour les touristes et difficultés pour les pêcheurs. D’où l’idée de les ramasser et de les valoriser. Problème : « Des expériences ont montré que les sargasses pouvaient être chargées en métaux lourds et en chlordécone », précise Pascal Jean-Lopez. Le chlordécone est un insecticide toxique légalement appliqué de 1972 à 1978 puis de 1981 à 1993 pour lutter contre le charançon du bananier aux Antilles françaises et classé comme polluant organique persistant par la convention de Stockholm.

Confirmer les analyses

Pendant 18 mois, le projet visera à fournir des outils et des connaissances pour la valorisation et le stockage des sargasses. Les scientifiques vont observer l'ensemble des métaux lourds et métalloïdes, ainsi que le chlordécone et ses émanations. Ils analyseront les processus de stockage et de séchage des algues, la cinétique de contamination ou encore les processus de fermentation et les organismes qui vivent associés aux sargasses. Deux autres objectifs concernent une étude d'acceptabilité sociale des algues dans les produits dérivés et une cartographie des acteurs de la filière de valorisation.

Lauréate d’un appel à manifestation d’intérêt lancé par l’ADEME en 2015, Holdex Environnement met son site à disposition des partenaires pour leurs essais. « L’idée pour nous est de faire confirmer, par une entité scientifique indépendante, les premières recherches que nous avons déjà réalisées », précise Mike Bernus, directeur d’Holdex Environnement. Créée en 2007, l’entreprise martiniquaise est spécialisée dans la production de fertilisants organiques et de supports de culture à partir de déchets verts, de sous-produits de l’industrie avicole ou de la distillation du jus de canne. Depuis 2011, elle indique avoir effectué des premiers tests et obtenu des résultats concluants concernant les taux de sodium et de métaux lourds en incluant dans du compost des sargasses prélevées dans des endroits non contaminés au chlordécone.

« Ces algues nous intéressent car elles contiennent des oligo-éléments et des micro-organismes en quantités importantes », détaille M. Bernus tout en précisant que l’objectif n’est pas de produire du compost ou du terreau à partir de sargasses pures mais d’en ajouter aux matières premières déjà utilisées. D’autant que les échouages d’algues sont marqués d’irrégularités d’une année à l’autre et restent difficiles à prévoir.

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