Aux 24 Heures du Mans, les femmes sont partout sauf sur la piste

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Reportage Pas de femme pilote sur la piste de la plus célèbre des courses d’endurance automobile. Le Mans vient pourtant de se doter d'un Pavillon des Femmes.

Aux 24 Heures du Mans, les femmes sont partout sauf sur la piste

La musique d’ambiance couvre le bruit des bolides. A l’entrée du tout nouveau Pavillon des femmes, le stand photo se loge dans un coupé Mercedes 190. Assises au volant, ces dames pourront voir leurs cheveux voler au vent grâce à la soufflerie actionnée pour l’occasion. L’inauguration du Pavillon, jeudi 11 juin, était la seule occasion où les hommes étaient tolérés. Leur présence est désormais interdite. Tout a été pensé pour que la femme se sente dans son élément, celui de la beauté. La fausse bonne idée magnifie les clichés : coupes de champagnes, boutiques souvenirs en cas de pulsions shopping et last but not least de nombreux stands "de massage hydrojet, de maquillage, coiffures et pose de vernis" réalisés par trente élèves de l’école d’esthétique du Mans.

C’est vrai que l’on fait preuve d’un zeste de mauvaise foi : un simulateur de conduite a aussi été installé. Des voitures sont également exposées afin de magnifier le rôle des femmes dans les sports mécaniques. L’Inaltera utilisée par Christine Beckers lors de ses quatre participations au Mans, entre 1973 et 1977, n’a pas pris une ride. "Je ne me rendais pas compte", confie-t-elle, devant une photo d’époque accrochée au mur. Pierre Fillon, président de l’Automobile Club de l’Ouest (ACO), vante dans son discours d’inauguration convenu "ces femmes qui ont toutes leur place dans le projet de l’ACO" achevant d’un visionnaire: "Je rêve de femmes, de femmes pilotes aux 24 Heures du Mans."

Sois-belle et tais toi


Car le Pavillon des femmes est inauguré une année où aucune femme ne figure parmi les 56 équipes au départ de l’épreuve. Un comble alors qu’elles étaient 10 à prendre le départ de l’épreuve en 1935, record historique. Le sexe dit faible est donc aujourd’hui partout aux 24 heures du Mans, sauf sur la piste. Véronique Blanchard, team manager d’Ibanez Racing, reconnaît sans ambages que "les mentalités n’ont pas toutes encore évoluées", racontant l’anecdote quasi quotidienne d’hommes hautains qui ne conçoivent pas qu’une femme puisse "préférer bosser dans un semi-remorque avec des mécanos sans compter ses heures plutôt que de rester tranquille dans un bureau".

 

Isabelle Villeret est anesthésiste dans la vie civile et bénévole sur le circuit où elle coordonne les moyens médicaux de la piste. Elle avoue ne pas apprécier plus que cela le sport auto mais adhère à l’esprit du Mans. Lydie Riou, commissaire de piste bénévole et contrôleuse des impôts (cela ne s’invente pas), reconnaît que les femmes sont souvent cantonnées à des rôles de faire valoir dans les sports mécaniques. Sans parler de celles qui remettent les trophées, des hôtesses castées sur leurs physiques et surtout des femmes de pilotes présentes pour l’occasion. Pour parfaire le tableau, Miss 24 heures du Mans était là pour l’occasion. Ce serait drôle si c’était du second degré. Curieuse vision du féminisme au sein des sports auto. Sois-belle et tais-toi.

Adrien Schwyter

 

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