AUTOMOBILEPininfarina à l'heure de la rationalisationPour survivre, le carrossier italien a dû réorganiser ses usines. La fabrication du cabriolet Peugeot 306 atteste des progrès accomplis en qualité et en compétitivité.

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Pininfarina à l'heure de la rationalisation

Pour survivre, le carrossier italien a dû réorganiser ses usines. La fabrication du cabriolet Peugeot 306 atteste des progrès accomplis en qualité et en compétitivité.



Ici, pas de cadences infernales ni d'installations ultrarobotisées. Dans les établissements de Grugliasco et de San Giorgio Canavese, près de Turin, on martèle, on ponce, on peaufine. Chez le maître carrossier Pininfarina, on cultive le mythe de l'artisanat automobile de luxe. Mais la fabrication, pour le compte de Peugeot, du cabriolet 306, commercialisé en avril, l'atteste: la nostalgie n'exclut pas le souci d'efficacité industrielle. Après une grave chute de sa production et de ses résultats financiers ces deux dernières années, Pininfarina remonte la pente. Grâce à la complète réorganisation de ses deux usines piémontaises et de son centre de recherche-développement de Cambiano, dans la banlieue turinoise, qui a convaincu Peugeot et le groupe Fiat de lui confier l'étude et la fabrication de leurs nouveaux fleurons. "Avec l'organisation industrielle qui prévalait il y a trois ans encore, nous n'aurions pu consentir des prix aussi serrés. Nous faisons aujourd'hui des voitures à peu près compétitives", souligne Sergio Pinifarina, 67ans, fils du fondateur et actuel président de Pininfarina. Depuis l'automne 1993, la 306 cabriolet, mais aussi le Coupé Fiat et la superbe Ferrari 456 relaient sur les chaînes la vieillissante Peugeot 205 décapotable et le break de luxe Lancia Thema en fin de carrière. Le chômage technique, qui a touché plus de 20% des 1600salariés, a pris fin. Et la production pourrait battre des records autour de 28000 unités cette année. Si mythique fût-il, Pininfarina n'a pu échapper aux élémentaires leçons du management moderne, assimilées non sans difficultés. Les ateliers, très peu automatisés (95% des opérations en tôlerie demeurent manuelles), sont désormais organisés en groupes polyvalents et autonomes de trente-cinq personnes, subdivisés en équipes de cinq, responsables de leur propre qualité. En plus de l'autocontrôle, deux véhicules sont vérifiés chaque jour en tôlerie. En cas de problème, la chaîne est stoppée et les modèles fabriqués entre les deux tests sont retouchés. Les niveaux hiérarchiques ont été réduits. A Grugliasco, l'usine qui monte la carrosserie et peint les cabriolets 306, les stocks de composants sont revenus à deux ou trois jours. Le nombre de fournisseurs a diminué de 650 à 350. Résultat: après l'atelier de peinture, celui de tôlerie a été classé "A" (meilleur fournisseur) par PSA. L'atelier de montage final est en cours d'évaluation. L'activité recherche-développement, qui représente 7% du chiffre d'affaires du groupe, a adopté les méthodes nippones de conception des véhicules en plateaux-projets pluridisciplinaires et d'ingénierie simultanée entre designers et spécialistes des méthodes. Du coup, le nouveau Coupé Fiat a été développé en trente-six mois. "Nous savons parfaitement concevoir et produire avec une grande flexibilité des véhicules niches (4x4, coupés, mini-voitures...) à des petites cadences de deux à cent unités par jour (cinquante pour le cabriolet 306), voilà notre créneau", explique Sergio Pininfarina. Malheureusement, la société souffre d'un gros handicap. Elle dépend quasi totalement de deux clients: Peugeot (22% du chiffre d'affaires) et Fiat. La fabrication de la Cadillac Allante américaine de 1986 à 1993 n'a guère rencontré le succès escompté, pour des raisons de qualité notamment. Aussi, le contrat avec General Motors n'a-t-il pas été renouvelé. Pour sortir d'Europe, Sergio Pininfarina envisage d'exporter son savoir-faire industriel dans les pays en développement, comme l'Inde. A travers des joint-ventures. Mais, pour financer ces opérations lointaines, Pininfarina devra ouvrir encore davantage son capital. La part familiale de 68% pourrait descendre rapidement à 51%. Mais pas question de céder le contrôle du carrossier, qui y perdrait son âme.

De notre envoyé spécial à Turin





USINE NOUVELLE - N°2456 -

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