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L'Usine Auto

Automobile : Comment bien fermer Aulnay ?

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Publié le

Enquête Alors que la fermeture du site semble inéluctable, l'accompagnement des salariés et sa reconversion serviront de référence pour le secteur automobile français et de test pour le gouvernement.

Automobile : Comment bien fermer Aulnay ? © D.R. - PSA Peugeot Citroën

Sommaire du dossier

Les entreprises citées

Mardi 19 juin, au lendemain de la quatrième réunion entre l'État, les syndicats et la direction du constructeur, un consensus semble établi : l'annonce de la fermeture de l'usine PSA Peugeot Citroën d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) n'est plus qu'une question de semaines. « Tous les signaux nous y emmènent », lâche le leader CGT Jean-Pierre Mercier, en pointe de la mobilisation pour sauver le site depuis l'année dernière. C'est une nouvelle problématique qui s'impose aujourd'hui pour les acteurs de ce dossier épineux : comment éviter un naufrage social et industriel ? « Ce qui va se passer à Aulnay est un cas d'école pour l'industrie automobile et pour toute l'industrie », prévient le maire PS de la commune, Gérard Ségura.

Au mot fermeture répond le chiffre de 3 000 salariés employés sur le site. Si 400 familles habitent à Aulnay sous-Bois même, les autres employés viennent du reste du département de Seine-Saint-Denis, mais aussi du sud du Val-d'Oise. La cessation d'activités menace directement 9 000 emplois dans le bassin, tout en confirmant une forte tendance depuis plusieurs années. La Seine-Saint-Denis est le département francilien qui a perdu le plus d'emplois industriels ces dernières années. « Je vais demander à ce qu'Aulnay soit un terrain d'expérimentation pour les salariés, car il faut d'abord penser à eux », soutient Anne Valleron, une déléguée syndicale centrale CFE-CGC chez PSA. La taille du site nécessitera peut-être d'aller plus loin que le dispositif de la loi de programmation pour la cohésion sociale de 2005, qui impose un accompagnement des salariés avec l'ouverture d'une antenne emploi locale et la revitalisation du bassin d'emploi.

 

À la recherche d'une solution sociale

Le groupe automobile a déjà provisionné 310 millions d'euros pour financer un plan de reclassement des salariés. « Le gouvernement cherchera une solution socialement propre. Cela peut permettre à PSA de faire financer une partie de cette restructuration par l'État », estime Bernard Jullien, chercheur au Gerpisa, le réseau international de l'automobile. La reconversion du site en plate-forme logistique pour l'alliance PSA - General Motors est évoquée depuis plusieurs mois. « Nous avons entendu parler de l'arrivée de Gefco pour 2013. Nous allons nous battre jusqu'au bout pour maintenir les emplois. Et s'il y a une reconversion, nous suivrons », explique Errai Larbi, le délégué syndical CFDT de l'usine. Une partie des employés retrouverait un emploi. Le financement public du dispositif de reclassement pourrait permettre à l'État d'exiger de PSA un reclassement du reste des salariés en interne. Michel Ghetti, le président de France industrie et emploi, un cabinet spécialisé dans la restructuration, pointe cependant deux écueils : « Cette reconversion ne peut pas prendre plus de dix-huit mois, sinon les salariés se démotivent. Par ailleurs, une plate-forme logistique n'utilisera pas les 220 hectares du site. Donc, il faudra tout de même un aménagement global. »

À la croisée de quatre autoroutes, de deux lignes de RER et des aéroports du Bourget et de Roissy, le site peut attirer grâce à son positionnement géographique. Et si le prix au mètre carré est aujourd'hui attractif (140 euros), il pourrait être multiplié par dix d'ici à 2020, avec l'implantation à proximité d'une gare du Grand Paris. PSA a d'ailleurs mandaté un cabinet immobilier pour évaluer le potentiel du terrain. « Vu sa situation financière, PSA a besoin de cash. Il vendra sans attendre. Le constructeur a mis en vente son siège social, il ne va donc pas laisser des terrains sans activité », prédit Florent Couvreur, analyste chez CM-CIC. Le rôle de l'État sera alors de réunir PSA et différents industriels pour trouver un ou des acheteurs. Difficile d'imaginer un seul repreneur. Le découpage en plusieurs lots s'annonce plus sûr.

« Quand on a un site de cette taille, il faut une véritable opération d'aménagement du territoire, mettre autour de la table des personnes qui cherchent à faire venir des entreprises, des spécialistes du réaménagement de grands sites, analyse Michel Ghetti. C'est une opération d'agencement, d'investissement, d'immobilier d'entreprise. Ce département a un préfet visionnaire et actif, il pourrait s'atteler à cette tâche. » Les collectivités locales sont aussi en première ligne. Selon le consultant, le terrain peut être cédé, au titre de la compensation - revitalisation du territoire, à une société d'économie mixte qui répartirait le terrain en fonction des besoins.

 

Marketing territorial

Avant même l'annonce de sa fermeture, le site d'Aulnay-sous-Bois intéresse. Le maire Gérard Ségura a ainsi reçu des propositions de sociétés souhaitant s'installer sur sa commune, pour assurer la maintenance des transports ferroviaires du Grand Paris. Le groupe ADP ou les promoteurs du site d'exposition de Villepinte lorgneraient également les terrains. « À Aulnay, il faudra faire un travail sur l'offre que représente le site, avec de vrais promoteurs, un vrai opérateur qui fera du marketing territorial, prévient Michel Ghetti. Il faut sortir des schémas classiques et du prêt à taux bonifié pour l'entreprise locale qui, de toute façon, aurait recruté. » La problématique de réindustrialisation étant au coeur des réflexions en Île-de-France, les pouvoirs publics souhaitent dessiner un schéma cohérent. « Il faut chercher d'autres solutions, ne pas dépendre d'un site mono-production », confirme Gérard Ségura.

Le vice-président chargé du développement économique, Jean-Paul Planchou, souhaite impliquer la région Île-de-France via le pôle de compétitivité. « Nous devons revitaliser ce tissu le plus solidement possible avec des PME et des PMI de l'auto et de la mécanique », martèle l'élu. La région soutient aussi la formation professionnelle. À propos du site PSA d'Aulnay, les reconversions pourraient être facilitées. Le secteur de la mécanique manque de salariés. « La région a, ici, un rôle de concertation à jouer », affirme Jean-Paul Planchou. Bref, tout le monde se positionne sur le dossier Aulnay, qui sera regardé de près en France et en Europe. Car cette fermeture pourrait être la première d'une longue liste... Et elle se doit d'être exemplaire.

LES PROTAGONISTES DU DOSSIER

PHILIPPE VARIN

PDG de PSA Peugeot Citroën

À la tête d'une entreprise innovante mais en difficulté, cet ancien de la sidérurgie accomplit aujourd'hui le job pour lequel il a été engagé en 2009. La fermeture d'Aulnay doit permettre de réduire les surcapacités de production, de retrouver de la compétitivité sans grever ses comptes avec un conflit coûteux.

ARNAUD MONTEBOURG

Ministre du Redressement productif

Avant même son arrivée au gouvernement, il a pris le dossier automobile en main et Aulnay-sous-Bois s'annonce comme un premier test. Il a d'autant plus intérêt à ce que la fermeture d'Aulnay se passe bien, qu'il prépare pour la rentrée une politique industrielle à long terme pour l'automobile.

GÉRARD SÉGURA

Maire d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis)

Dans une ville où 16,8 % de la population est au chômage, le premier édile défend le maintien des emplois sur le site jusqu'en 2016. Mais le maire pense déjà à l'après-PSA. Il cherche à attirer de nouvelles entreprises sur ce territoire et compte mettre à profit tous les pouvoirs de son mandat.

CLAUDE BARTOLONE

Président du conseil général de Seine-Saint-Denis

Le nouveau président de l'Assemblée nationale défend lui aussi le maintien de la production à Aulnay jusqu'en 2016. Le conseil général sera l'un des leviers d'action pour reconvertir le site. Après plusieurs rencontres avec Arnaud Montebourg, Claude Bartolone milite pour une action concertée entre les pouvoirs publics et PSA.

JEAN-PIERRE MERCIER

Délégué syndical CGT à PSA Aulnay

Le syndicaliste avait révélé l'an dernier le document confidentiel qui préparait la fermeture d'Aulnay et mène depuis la contestation. Il défend le maintien de la production de la C3 jusqu'en 2016, puis l'attribution d'un nouveau modèle.

 

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