Automobile : A qui profitera la swatchmobile

La construction de l'usine de MCC, à Hambach-Sarreguemines,débutera au troisième trimestre. Cette unité de production adoptera les méthodes de fabrication les plus modernes et un faible taux d'intégration. Une aubaine pour les équipementiers de la région.

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La Swatchmobile, c'était l'Arlésienne. Personne n'y croyait plus depuis le divorce de Swatch avec le groupe VAG. Depuis la mi-décembre, la décision est prise. Dès le second semestre de 1997, les premières Swatchmobile sortiront des chaînes de la future usine de Sarreguemines, en Lorraine, dont la construction débutera au troisième trimestre de cette année. L'usine de MCC est un projet vraiment atypique, par le produit qu'elle fabriquera comme par ses méthodes de production. En devenant partenaire de Swatch, Mercedes-Benz a permis la concrétisation de cette idée audacieuse: commercialiser une véritable voiture biplace à vocation urbaine. Le choix de Sarreguemines est tout aussi inédit. Pour la première fois, une firme étrangère établit une usine d'assemblage en France. Dans le passé, les constructeurs français avaient mis tout leur poids dans la balance pour bloquer ce type de projet. Mais il est vrai aussi qu'ils ont de bien meilleurs rapports avec Mercedes-Benz qu'avec les constructeurs nippons. Le mode de fabrication de la Swatchmobile se veut aussi moderne que le produit est original. Ainsi, le taux d'intégration (la part de valeur ajoutée réalisée chez MCC) ne dépassera pas 20%, contre 30% au moins chez un constructeur traditionnel. Partant de rien, la nouvelle usine utilisera d'entrée toutes les méthodes inventées ces dernières années par les constructeurs pour obtenir une meilleure productivité et diminuer les coûts.

1 Premiers contacts avec les équipementiers

Cette moindre intégration profitera bien sûr aux équipementiers et autres sous-traitants, aussi bien en France qu'en Allemagne et au Luxembourg. Pour l'instant, aucun contrat n'a encore été signé. En revanche, le futur constructeur de Sarreguemines a effectué de nombreuses consultations. Objectif: diminuer les coûts en réduisant le nombre d'interlocuteurs, chacun étant responsable d'une fonction.Ainsi, pour le freinage, il a été demandé aux spécialistes de faire une proposition d'ensemble: freins avant et arrière, mais aussi commande hydraulique et pédalier, sans oublier un ABS optionnel. Pour satisfaire au cahier des charges, il faudra, quel que soit le fournisseur retenu, concevoir un produit spécifique à des prix très tirés. Pourtant, "pas question de proposer un système au rabais", précise-t-on chez Lucas, qui est consulté par MCC. Ainsi, l'ABS sera certainement un dispositif à quatre capteurs, comme sur la plupart des berlines actuelles. Au chapitre de la sécurité, les ingénieurs de MCC prévoient en outre la mise en place d'un double coussin gonflable. La réduction du nombre de sous-traitants concerne également la fourniture de pièces en plastique. Sommer-Allibert, par exemple, a été consulté sur différents éléments, comme la planche de bord, les tapis de sol, les insonorisants et les panneaux intérieurs des portes. La fourniture d'une partie importante de l'habillage intérieur du véhicule devrait favoriser la réduction des coûts. Pour l'instant, MCC laisse de nombreux points dans l'ombre. D'après l'un des responsables d'Invest in France Network, qui a travaillé avec la Datar pour encourager la venue de MCC en Lorraine, la carrosserie du véhicule serait en plastique. Jusqu'ici, aucun constructeur n'a retenu une telle solution pour une voiture produite à plus de 300exemplaires par jour. Or les objectifs de production de MCC impliquent une cadence de production comprise entre 550 et 700voitures par jour. Les spécialistes de Matra affirment que la limite de la rentabilité du plastique s'établit entre 450 et 500véhicules par jour. Compte tenu des cadences envisagées par MCC, la carrosserie en acier redevient en principe compétitive. Cependant, les responsables du projet disposent de plusieurs arguments en faveur du plastique. Mercedes-Benz possède, en la matière, un réel savoir-faire. La prochaine classe S, par exemple, sera équipée d'ailes en composites. La possibilité de personnaliser la voiture à la demande joue également en faveur du plastique. Avec des matières teintées dans la masse, il est aisé d'obtenir une voiture multicolore. "En outre, un polymère teinté dans la masse serait moins fragile qu'une tôle peinte", affirme un spécialiste de Reydel.

2 Plusieurs motorisations étudiées

En ce qui concerne la motorisation, les premiers modèles de la Swatchmobile seront dotés d'un moteur à essence dont la consommation devrait être inférieure à 4litres aux 100kilomètres. Le moteur sera disposé sous le plancher, comme sur la future Classe A (le petit monospace Mercedes-Benz, de la taille de la Twingo). Un modèle pour lequel le constructeur allemand a développé un petit trois cylindres essence de 1300centimètres cubes qui développe 55chevaux. Une puissance un peu élevée pour atteindre les 140kilomètres-heure en vitesse de pointe souhaités par les concepteurs de la Swatchmobile. Mercedes pourrait proposer une version "dégonflée" de ce moteur. Cependant, le choix définitif de la motorisation n'est pas arrêté, affirme-t-on chez MCC. Dans un deuxième temps, la Swatchmobile disposera aussi d'une propulsion électrique. ETA, filiale de Swatch, fabrique déjà des moteurs pas à pas pour l'automobile, notamment pour les instruments de bord. Mais la technologie des moteurs de forte puissance est assez différente. Dans une propulsion électrique, les batteries sont le maillon faible. Dans ce domaine, MCC fera appel à des spécialistes. Parmi eux, le fabricant d'accumulateurs Delco Rémy, filiale de General Motors. Cet équipementier possède une grande expérience dans le domaine des accumulateurs au plomb (pour l'instant, la solution la moins coûteuse pour stocker de l'énergie). Delco Rémy a notamment réalisé les batteries de l'Impact de GM, un "concept car" aux performances remarquables. Cependant, la version électrique du véhicule de MCC ne devrait pas être commercialisée avant 1999. D'ici là, explique un responsable de Delco Rémy, "nous aurons progressé et nous serons à même de proposer d'autres couples électrochimiques plus performants". Quant à la motorisation hybride, essence-électrique, annoncée par les responsables de MCC, elle est pour beaucoup plus tard. D'ici à deux ans et demi, les développements du projet Swatchmobile seront analysés à la loupe par l'ensemble des professionnels de l'automobile, qui y voient un intéressant laboratoire d'idées et de concepts industriels. Après viendra le verdict du marché d'un tel véhicule. Pour environ le prix d'une Twingo, la Swatchmobile n'offrira que deux places et un coffre symbolique. Saura-t-elle convaincre le consommateur? Sur le marché, cette "puce" n'a pas de véritable concurrente, et la différence paie. Le succès de la Twingo en témoigne. Le faible encombrement de la Swatchmobile facilitera ses déplacements et son stationnement dans nos grandes villes, de plus en plus encombrées, où la paralysie nous guette. Pour échapper à cette menace, outre sa taille (2,5mètres de long), la Swatchmobile disposera d'une arme supplémentaire: un système de guidage dynamique. Autant d'arguments qui font penser à ses concepteurs que la Swatchmobile sera une voiture de son époque.





MCC en chiffres

La société Micro Compact Car (MCC), qui s'installera sur l'Europôle de Hambach-Sarreguemines, est une entreprise de droit suisse ayant pour actionnaire Mercedes à 51% et Swatch à 49%.

L'investissement total est de 2,5 milliards de francs, dont 600 millions d'aides.

Environ 100000 mètres carrés couverts sur un terrain de 53hectares.

Début de la production mi-1997.

Production annuelle prévue entre 150000 et 200000 véhicules par an.

1900 emplois seront créés sur le site.



Les atouts de la région

Le site de Sarreguemines a été choisi parmi 75 villes européennes. Les raisons de ce choix sont multiples. Sarreguemines est proche de la frontière allemande et des usines de production de Mercedes. Une grande partie de la population est bilingue. La main-d'oeuvre locale est réputée pour son sérieux: "La qualité allemande avec un coût de main-d'oeuvre français", affirment de nombreux chefs d'entreprise. Ainsi, la main-d'oeuvre française est environ 20 à 30 % moins chère que celle d'outre-Rhin. De plus, les français travaillent en moyenne 275 jours par an , contre 242 en Allemagne. Autre avantage: la région regroupe dans un rayon de 150 km un très grand nombre de sous-traitants spécialisés dans la fourniture de pièces d'automobiles (voir carte ci-dessus).

USINE NOUVELLE N°2484

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