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L'Usine Auto

Autolib', le stress-test de Bolloré

Publié le

Enquête Le service francilien de location de voitures électriques en libre-service démarre sa phase de test. Et met la technologie de batterie exclusive de l'industriel breton en première ligne.

C'est peu dire qu'elle était attendue. Vendredi 30 septembre, la Bluecar a effectué ses premiers tours de roue à Vaucresson, au siège de Bolloré Énergie dans les Hauts-de-Seine. Vincent Bolloré était radieux : l'homme d'affaire est au rendez-vous pour le lancement du service francilien de voitures électriques en libre-service Autolib'. Démarre maintenant la phase de tests. Pendant deux mois, 66 Bluecar vont parcourir les rues de la capitale. Malgré deux mois de retard, cette opération est un premier succès pour l'industriel breton.

Depuis sa victoire à l'appel d'offres Autolib' en décembre 2010, il était attendu par ses détracteurs. Certains doutaient de sa technologie de batterie (lithium-métal-polymère). D'autres s'interrogeaient sur sa capacité à produire la fameuse voiture électrique avec un Pininfarina plombé par ses difficultés financières. Force est de constater que Vincent Bolloré a pu se présenter presque dans les temps sur la ligne de départ.

Mais la course n'est pas finie : il lui reste à assurer la montée en puissance du programme. La Bluecar, repérable au gris de son aluminium brossé, et sa batterie vont devoir faire leurs preuves sur le terrain. Bolloré devra pour cela aménager 1 100 stations de recharge et mettre 250 voitures en circulation d'ici à la fin de l'année, puis quelque 300 par mois jusqu'à juin 2012.

Une rentabilité espérée en 2018

Il y aura des ratés au début, prévient-on chez Bolloré, dont les cadres répètent comme un mantra : "We try, we fail, we fix" (on essaye, on échoue, on répare). Une phase de rodage paraît inévitable pour installer le système Autolib' développé en urgence et presque en totalité par les sociétés du groupe Bolloré.

Le spécialiste de l'identification automatique IER s'est chargé des bornes, de l'informatique embarquée et de la géolocalisation. Polyconseil a conçu le système d'information. Bolloré Logistics assure... la logistique. Havas la communication. Quant à Batscap et Bathium, ils produisent les batteries.

Un peu osé de vouloir tout faire ? C'est cette "réponse industrielle intégrée qui a permis de démarrer Autolib' seulement quelques mois après la signature du contrat en février", affirme Dominique Delport, le directeur général de Havas Media. À la tête de cette mobilisation générale, "Vincent Bolloré s'est consacré à fond au projet, discutant de tout, jusqu'à la couleur de la carte d'abonnement", s'amuse le dirigeant d'une filiale.

Vincent Bolloré joue gros avec Autolib'. Selon lui, ce projet inédit ne sera pas rentable avant sept ans. Et à condition que 80 000 abonnés fassent rouler chaque Bluecar 4 à 5 heures par jour. Au-delà de cette rentabilité, c'est l'avenir de sa batterie qui est en jeu. "Notre objectif industriel est de démontrer la capacité de notre technologie lithium-metal-polymère", rappelle Vincent Bolloré.

L'homme d'affaires chiffre à 1,2 milliard d'euros en douze ans ses investissements dans celle-ci. À l'entendre, Autolib' et ses multiples recharges successives constituent un "stress-test qui permettra de démontrer que la batterie permet, dans la durée, une autonomie de 250 kilomètres", soit bien plus que le lithium ion.

En cas de succès, Autolib' pourrait lui assurer le jackpot auprès de l'industrie automobile mondiale, avec une offre de mobilité complète et éprouvée. Reste que le groupe Bolloré est le seul industriel à croire en cette technologie depuis les déboires de Moli Energy dans les années 1980. Vincent Bolloré contre le reste du monde, de quoi être doublement attendu au tournant.

Par Carole Lembezat et Manuel Moragues

LA VOITURE La Bluecar d'Autolib' est bien une véritable voiture quatre places. Dotée d'un ordinateur de bord avec GPS, elle est pistée à chaque instant par le centre Autolib' installé à Vaucresson (Hauts-de-Seine). Localisation, état de la batterie, chocs, pannes... Tout est transmis en temps réel. Le conducteur peut aussi contacter le centre via un gros bouton... bleu. Elle est dessinée par l'italien Pininfarinia. Le pack batterie se situe sous le plancher et le chargeur occupe une partie du coffre. Pour être la plus légère possible (et assurer une autonomie accrue) sa carrosserie est en aluminium brossé. Pour éviter les rayures, elle n'est pas peinte, mais décorée d'autocollants aux couleurs d'Autolib'. Plus qu'à son look, les Parisiens devront s'habituer à sa boîte automatique et... à son accélération étonnante. L'enjeu. Maintenir en bon état un parc de véhicules menacé de dégradations accélérées du fait de son utilisation par de nombreux conducteurs.
LA BATTERIE

C'est le grand pari de Bolloré. Avec ses 30 KWh de capacité pour un poids de 300 kg, la batterie de la Bluecar offrirait une autonomie de 250 km en ville, soit largement plus que ce que promettent les constructeurs automobiles. Une performance qui repose sur une technologie alternative à l'ultra-dominant lithium ion : le lithium-métal-polymère. La batterie se compose d'une anode en lithium métal et non en graphite, d'un film de polymère pour électrolyte et d'une cathode en polymère chargé de phosphate de fer lithié. Le groupe Bolloré, qui travaille sur cette technologie depuis douze ans, vante à l'envi sa sécurité. Sa technologie ne présenterait pas de risque d'emballements thermiques pouvant conduire à des explosions et des incendies, comme on le reproche au Li-ion. L'enjeu. Démontrer que son option technologique est performante à grande échelle.

LA BORNE

Plantées sur les trottoirs franciliens, les bornes rechargent les Bluecar avec une puissance de 3 kW (mode dit de « charge lente », soit 8 à 10 heures pour une charge complète). La guerre des standards de prise faisant toujours rage, deux câbles sortent de la borne de recharge Bolloré : l'un se termine par une prise du japonais Yazaki pour la Bluecar, l'autre par une prise de l'italien Scame pour les voitures des concurrents. Les bornes de recharge sont groupées par quatre ou huit. L'utilisateur s'identifiera avec sa carte Autolib' et se verra attribuer une voiture. Connectées par ethernet-ADSL, ces bornes dialoguent avec le centre opérationnel pour confirmer la présence des véhicules, les droits des utilisateurs, etc. Des espaces abonnements abritent un troisième type de bornes dotées d'un scanner (pour le permis de conduire) et d'un système de visioconférence permettant de se faire aider par un conseiller. L'enjeu. Déployer un système de distribution d'énergie sur la voie publique fiable et sécurisé. Pour l'instant, l'État n'autorise pas le déploiement des stations dans les parkings souterrains.

LES SERVICES

Ce qui fait l'originalité d'Autolib', c'est sa flotte de véhicules 100% électriques. À cela s'ajoute la possibilité de restituer la voiture dans une station différente de celle où elle a été empruntée, que ce soit dans Paris ou dans l'une des 45 autres communes membres du syndicat Autolib'. Enfin, contrairement à la location classique, l'utilisation longue durée n'est pas favorisée. Le prix à la demi-heure (à partir de 5 euros) est dégressif la première heure, mais augmente à partir de la troisième demi-heure. Un abonnement préalable est cependant nécessaire (132 euros pour un an, 15 euros pour la semaine, 10 euros la journée). Autolib' offre même la possibilité, aux propriétaires de voitures électriques, de s'abonner uniquement aux bornes de recharge, sur des emplacements réservés. L'enjeu. Séduire les habitants du coeur de la métropole parisienne et développer l'usage de véhicules électriques.

Quatre fois plus de batteries en 2013

Vincent Bolloré voit grand. Pour équiper les Bluecar, tout comme pour sa « petite soeur » (un véhicule trois places qui nécessitera des batteries de 15 kWh contre 30 pour son aînée). Ou bien encore pour les microbus produits par la coentreprise et montés avec le carrossier Gruau. Bolloré veut multiplier par quatre la capacité de production de son groupe pour atteindre 40 000 batteries lithium-métal-polymère par an en 2013. Une moitié sera fabriquée dans l'usine canadienne de Boucherville, l'autre en Bretagne, dans le berceau historique du groupe, à Ergué-Gabéric (Finistère), où est installée la première usine de batteries de la filiale Batscap. Bolloré a investi 250 millions d'euros dans la fabrication d'une seconde unité de production à Ergué-Gabéric. Elle devrait être opérationnelle dès le printemps.

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