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"Aucune capacité critique des industries de défense ne sera touchée", assure Jean-Yves Le Drian

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Publié le , mis à jour le 17/06/2013 À 10H30

Alors que s'ouvre le salon de l'Air et de l'Espace au Bourget, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, nous a accordé un entretien exclusif. Il se veut rassurant pour les industriels français de la Défense. Selon le ministre, la loi de programmation militaire est faite pour eux. Il les appelle à prendre en main les nouveaux enjeux technologiques : les drones et la cyberdéfense.

Aucune capacité critique des industries de défense ne sera touchée, assure Jean-Yves Le Drian
Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense veut que les industriels européens travaillent sur la prochaine génération de drones.
© L'Usine Nouvelle

L'Usine Nouvelle - Au sujet de la Loi de programmation militaire (LPM), apportez-vous de bonnes nouvelles aux industriels de la Défense présents au Bourget ?

Jean-Yves Le Drian - Je veux rappeler l’importance de l’industrie de défense qui est au cœur des choix que nous sommes en train de faire dans le cadre de la LPM. C’est un élément de souveraineté et d’autonomie stratégique. L’industrie permet de conserver nos capacités opérationnelles au niveau des armées, mais elle est aussi un élément du redressement productif, comme le promeut Arnaud Montebourg. Les technologies développées par la Défense sont duales, c’est-à-dire qu’elles servent à des fins civiles et qu’elles irriguent un ensemble de PME au-delà du militaire.

Le budget de la Défense est sanctuarisé. Qu’en est-il des grands programmes ?

Le budget est maintenu à son niveau nominal de 31,4 milliards d’euros pour les trois ans qui viennent, ce qui était loin d’être acquis. Il n’y a pas de coupes. La contribution du budget de la Défense au redressement des comptes publics, c’est le niveau de l’inflation. Cela dit, les investissements liés aux programmes à effets majeurs (PEM) sont maintenus autour de 5,7 milliards d’euros dans la LMP. Aucun programme lourd ne sera supprimé. Certains seront lissés mais aucune capacité critique des industries françaises ne sera touchée. J’ai aussi veillé à ce que les crédits de R&D et pour les études amont soient maintenus. En période de crise, c’est souvent la variable d’ajustement. Je les ai fait progresser de 700 à 750 millions et je les ai sanctuarisés sur la durée de la LMP. C’est la défense de 2030 que nous préparons avec ces crédits. IL faut également trouver un équilibre entre l’impératif industriel et les nouvelles inflexions capacitaires que l’évolution géostratégique nous impose. J'ai décidé de lancer l'achat d'avions ravitailleurs. La commande des 12 A 330 MRTT devrait être passée avant la fin de l’année ou en début d’année prochaine. C’est une nécessité pour nous. Cela nous permet aussi de commencer avec nos alliés européens de réfléchir à la possibilité de faire des pools capacitaires de ravitaillement.

"Les industriels européens doivent travailler sur les prochaines générations de drones"

 

Vous avez aussi décidé d'acquérir des drones, où en sommes-nous sur ce dossier ?

C’est un sujet qui passionne beaucoup et on mélange beaucoup de choses. Nous avons premièrement besoin de drones tactiques utilisés sur le théâtre des combats pour soutenir l’armée de terre. C’est indispensable. J’ai pris la décision de remplacer les drones tactiques que nous avons aujourd’hui par 30 drones Watchkeeper fabriqués par Thales UK. A l’autre extrémité, nous préparons le drone de combat du futur. La question qui nous est posée est de savoir ce qui succédera en 2030 au Rafale et à l’Eurofighter. Il est important d’y réfléchir dès à présent. Nous avons trouvé un accord avec mon homologue britannique pour confier à Dassault et à BAE une mission. Elle vise à bâtir une feuille de route pour ce futur outil de combat aérien. Nous consacrerons plusieurs millions d’euros pour amorcer la réflexion.

Sommes-nous en retard dans ce domaine ?

Non. Dassault Aviation a dévoilé son démonstrateur NeuRon. Cela montre qu’il y a de la technologie en gestation. En revanche, c'est vrai que sur les drones MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance – NDLR), qui est pour nous un drone d’observation, nous avons raté le rendez-vous. Peut-être parce que les industriels s’interrogeaient sur le marché potentiel, ou alors parce que nos armées n’ont pas suffisamment anticipé…

Ce qui vous a amené à acheter des drones américains ?

Moi j’ai un besoin immédiat que je dois assumer. Je ne peux pas attendre. Nous avions deux options : le Reaper américain, qui a une version d’observation et une version armée, et le Heron TP israélien. J’ai fait inscrire dans la LPM la commande de douze drones MALE et je suis en train de discuter avec les américains notamment sur la nécessité de les adapter techniquement au contexte européen et de modifier la charge utile. J’espère que les industriels français pourront le faire, nous sommes en train de négocier avec les Etats-Unis et nous ne rencontrons pas de souci majeur à ce jour. Mais je demande aux industriels de travailler en parallèle sur la prochaine génération de drones MALE. J’attends qu’on me fasse des propositions. Il nous faut un drone pérenne à l’horizon 2022 et que l’Europe puisse se mobiliser : les Britanniques ont le Reaper, les Allemands ont des difficultés, je souhaite aussi que nous puissions imaginer un « club Reaper » européen qui soit une pierre pour l’édification de la prochaine génération.

Faut-il faire évoluer le périmètre des groupes de la Défense ?

Il faut qu’ils soient compétitifs, dans l’excellence. A eux de voir s’ils doivent se restructurer pour cela. Ce n’est pas à moi de monter des mécanos. Le sujet, c’est d’avoir une capacité de production de haut niveau et de préserver notre autonomie stratégique. Que l’Oon commence par ça, et non par construire de vastes architectures.

L’Etat a modifié sa participation dans EADS et dans Safran. Est-il susceptible de continuer ?

C’est possible. Le Premier ministre l’a récemment laissé entendre qu’il pourrait y avoir des cessions d’actifs sous réserves qu’elles ne remettent pas en cause les nécessités de souveraineté. Et que cela serve l’investissement.

Propos recueillis par Patrick Déniel et Thibaut de Jaegher

Lire la suite de l'entretien du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian : "Il faut renforcer nos capacités offensives en matière de cyberdéfense"

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