L'Usine Energie

« Aucun grand acteur français n’a voulu s’intéresser à Photowatt »

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Entretien Non pas 95, mais 195 suppressions d’emplois sont à prévoir chez Photowatt. Thierry Miremont, directeur général du fabricant de modules photovoltaïques, s'explique auprès de l’Usine Nouvelle. Pour devenir à nouveau compétitive sur une autre technologie, l'entreprise compte créer 100 postes, défend-il.

« Aucun grand acteur français n’a voulu s’intéresser à Photowatt »
Le seul fabricant amont en France
Seule Photowatt, entreprise française intégrée, produit des modules depuis le wafer à partir du silicium, la transformation en cellule, jusqu’à l’assemblage (encapsulation, câblage…). Mais l’usine est loin d’inonder le marché hexagonal. Sa capacité de production n'excédait pas 60 MW en 2009. Fondée en 1979, Photowatt appartient au groupe canadien ATS qui emploie environ 2.700 personnes dans le monde. Le groupe a enregistré en 2009-2010 un bénéfice de 9 millions d'euros, divisé par quatre sur un an.

Vous venez de présenter un projet de restructuration au comité d’entreprise. A quoi faut-il s'attendre ?

Nous envisageons 195 suppressions d’emplois, qui seront compensées par 100 créations de postes. Parmi ces 100 nouveaux postes, 50 postes seront consacrés à des prestations de service pour PV Alliance sur les recherches portant sur l’hétérojonction. Au sein de cette alliance, nous nous sommes en effet associés à EDF et au CEA pour augmenter le rendement des cellules photovoltaïques. Le procédé sera mis au point par le CEA, et industrialisé par nos équipes.  Tout en gardant leur casquette Photowatt, les salariés sont ainsi rémunérés par PV Alliance.

Parmi les 50 postes créés restants, 30 seront consacrés à des reclassements internes de production, et 20 à un travail de marketing et de développement commercial. 

Pour quelle raison supprimez-vous d'un coup d'un seul 195 emplois, soit le tiers de vos effectifs ?


La raison fondamentale de cette restructuration est notre non compétitivité. Sur la technologie actuelle de monojonction, nos coûts de productions sont supérieurs de 15% à nos prix de vente. Impossible de continuer très longtemps comme ça. D’autant que nos concurrents asiatiques ont des coûts de production entre 20 et 45% inférieurs aux nôtres.

Pourquoi n’avez-vous pas pu baisser vos coûts de production ?

L'homme de la situation
Thierry Miremont a été nommé voici tout juste une semaine directeur de Photowatt international. La maison mère ATS  a estimé qu’il était l’homme de la situation, après son expérience opérationnelle au sein de Quiksilver, et sa pratique du conseil au sein des cabinets McKinsey et Arthur Andersen. Il était depuis l'an dernier associé de NewBridge Partners, spécialisé dans la mise en place de solutions managériales de transition.
On ne fait pas une restructuration pour le plaisir. Pour ma part, comme vous le savez, je viens d’arriver. Nous avons fait des efforts : nous avons baissé nos coûts de production de 20% en 12 mois. Mais nos concurrents aussi.  Nous sommes pris dans cette course infernale au moindre coût. 

Difficile de résister face à une puissance de feu 20 fois supérieure à la nôtre : Suntech dispose d’une capacité de production annuelle d’1,2 GW. La nôtre est de 50 à 60 MW par an : nous n’avons pas le même poids pour négocier des contrats sur le silicium. D'autant que nos concurrents sont en zone dollar.

A qui la faute ? Votre actionnaire aurait-il dû investir plus pour augmenter votre capacité de production ?

Le groupe a joué son rôle. ATS, groupe canadien dont nous sommes une filiale, a en effet épongé les pertes de Photowatt. Les montants ont été significatifs au fil des ans.  Par ailleurs, augmenter les capacités de production s’avère très coûteux, et ATS n’est pas General Motors : ses moyens restent limités.

ATS n’a jamais caché sa volonté de se séparer de Photowatt, mais doit trouver un repreneur français. C’est la condition posée par le gouvernement dans le cadre des investissements lourds qui seront faits pour PV Alliance.

Dès lors, pourquoi n'avez-vous pas trouvé de repreneur français ?

Aucun grand acteur français n’a voulu s’intéresser à Photowatt. Or le marché du photovoltaïque est mondial, et nous devons faire face à des géants tels que Suntech. Nous avons besoin de nous adosser à un partenaire d’envergure mondiale.

Le gouvernement a pourtant toujours gardé un œil attentif sur nous, parce que nous sommes l’acteur français historique du secteur et le seul producteur intégré de modules. Approchés, les grands du secteur ont répondu « commencez par vous restructurer, on verra plus tard ».

Reste à identifier l'issue de secours : vous attendez désormais qu’EDF ou Total vous fassent signe ?

Heureusement, nous n’attendons pas d’être rachetés pour nous prendre en main. Historiquement, nous vendions notre production à l’export. Ces dernières années, nous nous sommes repliés sur le marché français auquel nous consacrons les deux tiers de notre chiffre d’affaires. Un territoire que nous couvrons de manière inégale et sur lequel nous voulons nous redéployer, parce qu’il constitue un bon potentiel.

Par ailleurs, si l’Espagne a pris de plein fouet la crise économique, l’Italie, l’Afrique du Nord ou le Moyen-Orient foisonnent de projets. Nous avons entamé des discussions dans ces pays, et prévoyons de doubler les ventes en termes de mégawatts dans les trois ans qui viennent.


 

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1 commentaire

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07/01/2011 - 11h06 -

Rectificatif : 95 emploi + 136 intérims + fermeture d'un site + délocalisation en europe de l'est... Vu sous cet angle, c'est plus grave qu'annoncé. C'est là qu'on en parle : http://www.lyoncapitale.fr/lyoncapitale/journal/univers/Actualite/Economie/Suppression-de-postes-chez-Photowatt-comme-un-coup-de-poignard-dans-le-dos
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