Au théâtre, l’open space comme révélateur des mesquineries et de la grandeur humaine

Le théâtre du Rond Point reprend "Open space", un spectacle conçu par Mathilda May. Où quand les turpitudes de la vie se transforment en un spectacle qui évoque le dessin animé et les films muets. Car "Open space" est un pari culotté : 1 heure 30 sans dialogue. Pas sans action. 

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Au théâtre, l’open space comme révélateur des mesquineries et de la grandeur humaine

Celui qui a dit que les actrices n’étaient que des belles plantes lissées à la toxine botulique et comblées à l’acide hyaluronique, tout juste bonnes à porter des vêtements de luxe pour des publicités, n’a pas vu "Open Space" au théâtre du Rond-Point, un spectacle conçu et mis en scène par Mathilda May.

Il en faut du culot pour raconter 24 heures de la vie d’un open space, en renonçant à tout dialogue. Le résultat évoque un univers quelque part entre les dessins animés de Tex Avery et le cinéma muet, rappelant qu’au commencement du 7e art était le geste.

Des décors à la Jacques Tati

Culotté donc de raconter la vie de six colocataires forcés, qui partagent un de ces plateaux de travail, dans un décor qui évoque l’univers burlesque de Jacques Tati. Chaque personnage est très typé, il y a la fille sexy qui à peine arrivée ôte ses moonboots fourrées pour escalader ses talons hauts, le beau gosse qui attire tous les regards, le pauvre type placardisé dont même la tentative de suicide passe inaperçu, la fille qui boit un peu trop pour tenir, le fayot toujours prêt à rechercher l’approbation du chef et la fille effacée, maltraitée par les autres qui lui refilent en douce du travail supplémentaire.

Pendant une heure trente, ils vont travailler, se draguer, s’opposer, se soutenir mais aussi supporter l’humeur de leur chef qui lui-même est toute la journée harcelée par celle qu’on suppose être sa femme. Il est en permanence reliée avec elle par l’oreillette de son téléphone portable. Car si la pièce n’a pas de texte écrit, elle joue merveilleusement des bruits de la vie quotidienne au bureau (les toilettes, la machine à café, les sonneries de téléphone) et d’onomatopées.

Le vacarme silencieux d'un Open Space

Excellente idée que ces borborygmes aux sonorités tyroliennes qu’entonne chaque personnage, dès que le téléphone sonne, ou les couinements de chacun dès qu’il s’assoit sur une chaise un peu usée. L’auteure rappelle ainsi combien le travail peut réduire chacun à une fonction, combien la personne humaine peut être finalement niée dans ce monde qui promet pourtant à tous un épanouissement.

Mais l’humain étant ce qu’il est, cette folle prétention craquelle et les passions qui font et défont l’Homme reprennent bientôt le dessus, interrompant tous les process qui prétendent transformer l’humain en machine. Même ces dernières peuvent se dérégler sur le plateau du théâtre du Rond-Point. La bruyante machine à café, une fois réparée par un ouvrier (qui viendra semer le trouble) continue de se bloquer, lors d’une scène provoquant l’hilarité de la salle, évoquant les meilleurs gags du cinéma muet.

Xavier Niel et Jacques-Antoine Granjon conquis

C’est tout cela que Mathilda May dessine drôlement, sans lourdeur dans le trait. Qu’elle en soit remerciée ! S’il est dommage qu’elle ait eu besoin d’émailler son spectacle de blagues potaches à la grivoiserie parfois un peu trop soulignée, il n’en reste pas moins que réussir à tenir une salle entière avec une proposition muette d’un peu plus de 90 minutes révèle un vrai talent mis en valeur par la scénographie très réussi d’Alain Lagarde.

L’ensemble de la distribution brille. On y retrouve des acteurs injustement peu connus du grand public, tant leur capacité d’expression par un geste, un regard est remarquable. Tous réussissent à incarner leur personnage avec beaucoup de sincérité. On signalera la performance de Loup-Denis Elion, pour son personnage qui passe de la toute puissance à la fragilité, une fois touché par l’amour (et puis Wikipedia l’atteste c’était son anniversaire le 9 septembre !).

Quand on lui demande d’où lui est venue l’idée, Mathilda May répond : "j’ai traversé souvent des rédactions de magazines, j’ai toujours été fascinée par le vacarme de ces endroits ouverts, où tout le monde s’agite, parle en même temps, le bruit dingue et la parole incompréhensible.. et tout cela a donné Open Space". Rassurez-vous, elle n’est jamais venue à L’Usine Nouvelle !

Pour leur part, Xavier Niel et Jacques-Antoine Granjon, les patrons respectifs de Free et Vente-privée qui étaient dans la salle le même jour que nous, ont beaucoup applaudi.

Christophe Bys

Du 4 septembre au 19 octobre à 21 heures, Théâtre du Rond-Point

Retrouvez sur Internet une présentation de la pièce, des photos et une vidéo

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