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L'Usine de l'Energie

Au Texas, Total fait feu de tout gaz

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en couverture À Port Arthur, Total vient d’adapter un immense vapocraqueur pour utiliser le gaz de schiste comme matière première à très bas prix. Une parfaite illustration de la renaissance de la pétrochimie nord-américaine.

Au Texas, Total fait feu de tout gaz
En modernisant la raffinerie de Port Arthur, Total a pu augmenter sa production d’hydrocarbures légers.

C’est d’un œil placide que les alligators du bayou sud-texan observent les humains s’activer dans les raffineries et les sites pétrochimiques installés au cœur de leur habitat. Une agitation qui ne cesse de se renforcer depuis l’émergence des gaz de schiste, il y a un peu plus de cinq ans. À la raffinerie de Port Arthur, vieille dame bâtie en 1939, acquise en 1977 par Petrofina et aujourd’hui sous bannière Total, les reptiles n’hésitent pas à sortir du bras de rivière qui traverse l’usine pour aller inspecter de plus près ces nouveaux tuyaux, pipelines et pièces d’acier… au grand dam des 550 salariés du site.

Du haut de l’une des plates-formes surplombant le marais, Patrick Pouyanné, le directeur général raffinage-chimie de Total, explique : "Aux États-Unis, le gaz de schiste a bouleversé le paysage énergétique et nous voulons tirer parti de cette révolution." Le groupe y mène à grands pas la transformation de son outil pétrochimique. La raffinerie de Port Arthur est associée au vapocraqueur de BASF Total Petrochemicals (BTP), l’un des plus grands du pays, détenu en joint-venture par le chimiste allemand et le pétrolier français. Construit en 2001, ce vapocraqueur doit fabriquer de l’éthylène (utilisé dans la chimie, les pesticides, l’engrais, l’agroalimentaire, la pharmacie…) à partir du naphta, un sous-produit du pétrole.

Depuis deux mois, le vapocraqueur tire profit de la révolution énergétique américaine. Il se nourrit désormais au gaz de schiste. Plus précisément, 40% de sa production est issue de l’éthane, 40% à partir de butane et de propane. Tous ces composés sont présents en masse dans les hydrocarbures non conventionnels. L’intérêt ? Le coût. Avec la surabondance du gaz sur le marché américain, les prix de la matière première sont complètement dépréciés. Aux États-Unis, le gaz vaut moins de 3 dollars/MBTU (unité de mesure du gaz). À titre de comparaison, il est deux à trois fois plus cher en Europe et quatre fois plus cher en Asie. Concrètement, l’éthane vaut aujourd’hui trois fois moins que le naphta.

Après avoir griffonné de complexes opérations sur son carnet, Nathalie Bunelle, la directrice stratégie développement recherche de la branche raffinage-chimie de Total, se livre à une estimation rapide. Avec un investissement de moins de 100 millions de dollars sur le vapocraqueur, le joint-venture franco-allemand va économiser 120 millions de dollars par an. Un retour sur investissement de moins d’un an dans l’industrie lourde, ça s’apprécie !

Cette hyperrentabilité de la plate-forme pétrochimique de Port Arthur est une revanche à bien des égards. D’abord, elle compense un pari raté : la conversion de la raffinerie pour l’utilisation des pétroles lourds lancée en 2008. Un chantier pharaonique. Chiffré à 2,2 milliards de dollars, il doit permettre l’utilisation de pétroles lourds, donc peu chers, grâce à la construction d’un coker, une immense machine de 16 000 tonnes d’acier (deux fois la tour Eiffel), de 53 000 m3 de béton (18 piscines olympiques) et de presque 300 kilomètres de pipelines. Ce chantier a subi le passage de la tempête Ike, en 2008. On trouve encore, dans la raffinerie, des photos d’ingénieurs et d’ouvriers ralliant le chantier inondé. "À l’époque, nous avions investi pour pouvoir traiter du brut lourd, moins cher, en provenance du Canada, du Mexique et du Venezuela", raconte Patrick Pouyanné, en contemplant le rutilant coker mis en service en 2011. Problème : le pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta (Canada) n’a toujours pas rejoint le sud du Texas. En cause, les oppositions environnementales au pipeline Keystone. Entre-temps, c’est le pétrole ultraléger produit dans les bassins de schiste qui s’est répandu.

La revanche de l’aval

L’autre revanche, plus fraternelle, est celle de l’aval sur l’amont chez Total. L’amont, l’exploration-production du pétrole et du gaz, est traditionnellement la branche très rentable du groupe, à l’origine de la majorité de ses vastes bénéfices. L’aval, le raffinage et la pétrochimie, est un secteur particulièrement mis à mal par l’Europe en crise. Aux États-Unis, la situation s’inverse grâce aux gaz de schiste. "Nous y sommes relativement peu présents dans l’amont, mais nous avons des positions significatives dans l’aval, notamment dans la pétrochimie, et on y gagne de l’argent !", résume Patrick Pouyanné.

Total a pris des positions dans la production d’hydrocarbures non conventionnels auprès de Chesapeake. Mais tant que les prix ne remontent pas, cette activité n’est pas rentable. À l’inverse, dans le raffinage, le schiste donne des ailes. Le français envisage de construire un nouveau vapocraqueur, idéalement avec BSF. Si l’allemand n’est pas enthousiaste, le français estime qu’il n’aura aucun mal à trouver un partenaire.

Enfin, troisième revanche, celle sur la dépression de la pétrochimie. Total est loin d’être le seul à investir dans le raffinage et la pétrochimie. Huit vapocraqueurs sont d’ores et déjà en construction par Dow Chemical, ExxonMobil, Chevron Phillips, LyonDellBasell… Songez qu’en 2008, ce dernier, lourdement endetté, était placé sous Chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Selon les analystes d’IHS, près de 102 milliards de dollars d’investissements sont attendus dans la pétrochimie d’ici à 2030. "Avant la crise de 2008, nous étions sûrs que plus jamais le pays ne construirait d’usines d’éthylène", s’amuse Walter Hart, analyste gaz chez IHS. Conséquence de cette frénésie industrielle, dans la région de Houston, le taux de chômage est descendu aux alentours de 0,5%. 

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