Au salon Milipol, la filière française de sécurité ambitionne de doubler de taille d'ici 2025

Innovation, base industrielle, marchés, export, souveraineté technologique...La nouvelle filière des industries de sécurité veut accélérer dans tous ces domaines. Le financement de l'innovation reste problématique.

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Au salon Milipol, la filière française de sécurité ambitionne de doubler de taille d'ici 2025
Près de 1000 exposants ont fait le déplacement au salon Milipol dédié aux équipements des forces de l'ordre.

Logiciels de reconnaissance faciale, mini drones, combinaisons pour lutter contre les attaques chimiques, gilets pare-balles, fusil-mitrailleur... Dans les allées du salon Milipol qui se tient à Villepinte du 21 au 24 novembre, on trouve tout, vraiment tout pour équiper les forces de police et de gendarmerie. Pour cette vingtième édition, près d'un millier d'exposants ont fait le déplacement pour présenter leurs dernières innovations, provenant d'une cinquantaine de pays. Il faut dire que la sécurité ne connaît pas la crise : le marché mondial est estimé en 2016 à 549 milliards d'euros, en croissance de plus de 8%. La raison de ce succès est simple : avec la multiplication des attentats, la protection des populations s'est imposée au cœur des priorités des Etats.

Enjeu économique

La France veut tirer son épingle du jeu et affiche ses ambitions. "Nous voulons doubler le chiffre d'affaires de la filière d'ici à 2025", a indiqué Loïc Duflot, de la direction générale des entreprises à Bercy, présent à Milipol. Soit un objectif de chiffre d'affaires de 70 milliards d'ici 8 ans. Durant cette période, 75000 emplois seraient créés portant les effectifs de la filière à 225.000 postes.
Conscient de l'enjeu économique, la France veut muscler sa filière des industries de la sécurité qui totalise environ un millier d'entreprises.

L'objectif : en faire une industrie d'excellence comme dans le domaine de l'aéronautique ou de la défense, deux filières qui contribuent significativement à la balance commerciale du pays. Ainsi un comité de pilotage, le Cofis, a été créé en 2013 réunissant tous les acteurs de la filière : l'Etat à travers la DGE (direction générale des entreprises) et le SGDSN (secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale), les grands utilisateurs, les industriels, ainsi que des acteurs du monde de la recherche académique. La France a des atouts : des champions internationaux dans des technologies clés (biométrie, contrôle d'accès, paiement sécurisé...), un tissu de PME innovantes, un environnement favorable à l'innovation...

27 technologies prioritaires

Des objectifs ambitieux ont été fixés comme celui de faire de la France un leader mondial dans les domaines de la ville intelligente sécurisée, de la cybersécurité, et de la sécurité des objets connectés. Cela passera par la création ou le renforcement d'une offre nationale (à défaut européenne) sur l'intégralité des technologies jugées critiques. 27 technologies prioritaires ont été identifiées (sondes de détection de cyberattaque, solutions de contrôle d'accès, réseaux de radiocommunications privées....). Une cartographie des acteurs a été réalisée. Elle a notamment permis de recenser les PME et autres pépites technologiques qu'il ne faudrait pas voir passer sous pavillon étranger. Des mécanismes de soutien aux exportations sont aussi prévus.

Reste un problème de taille : le financement de cette ambition. La marche à gravir est extrêmement haute. Le CICS (conseil des industries de confiance et de sécurité) estime qu'il faudrait doubler la commande publique de 500 millions d'euros à 1 milliard d'euros en matière d'équipements de sécurité. Or jusqu'ici, le ministère de l'Intérieur a toujours privilégié le recrutement de policiers supplémentaires plutôt que l'investissement dans de nouvelles technologies.

Micro drones, caméra piétons...

2018 marquera peut-être une inflexion. En inaugurant le salon ce mardi 21 octobre, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a promis d'accroître les investissements pour les forces de sécurité. "Nous allons dès 2018 et dans les cinq ans à venir réaliser un effort important pour mieux équiper nos policiers, nos gendarmes, nos personnels de sécurité civile. Le budget d’équipement de la Police nationale sera ainsi augmenté de 50% par rapport à la moyenne des années passées", a-t-il précisé. Parmi les achats envisagés : des micro-drones, des systèmes de lecture de plaque d'immatriculation, des caméras piéton...

Il faudrait également doper les financements consacrés à l'innovation. La France dépense moins de 100 millions d'euros pour sa R&D en sécurité soit dix fois moins qu'en matière de défense. La situation s'améliore timidement. Le CICS a confirmé à Milipol la préparation de nouveaux démonstrateurs technologiques ciblés sur les villes sécurisées et la vidéo intelligente.

La filière s'est fixé un objectif mobilisateur : sécuriser les JO «Paris 2024» durant lesquels la France va accueillir 3 millions de visiteurs. Un défi sécuritaire majeur auquel l'équipe de France de la sécurité doit se préparer dès maintenant si elle ambitionne de décrocher une médaille.

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