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L'Usine Agro

Au Salon de l'agriculture, la filière viande lance son opération séduction

Adeline Haverland , , , ,

Publié le , mis à jour le 27/02/2019 À 16H37

En dix ans, la consommation de viande des français a baissé de  12% .  Symbole de cette désaffection des Français pour la viande, un tiers des consommateurs seraient "flexitariens".  Pour les reconquérir, la filière viande mise sur la montée en gamme des produits.  

Au Salon de l'agriculture, la filière viande lance son opération séduction
"Aimez la viande, mangez-en mieux", le nouveau slogan d'Interbev au Salon de l'agriculture 2019.
© AH

Comme tous les ans, le hall 1 du Salon de l'Agriculture fait le plein. En son sein, les visiteurs se pressent devant les bœufs et les vaches amenés de toute la France par les éleveurs. "Sans aucun doute, c'est l'un des secteurs du salon qui rencontre la plus grande affluence" observe un porte-parole de l'événement.

Un succès pour les animaux qui contraste avec les difficultés rencontrées par la filière. En effet, selon le CREDOC, depuis 2007, la consommation de viande a diminué de 12% passant de 153 grammes de produits carnés consommés quotidiennement à 135 grammes. Une baisse qui force les industriels du secteur à se réinventer. 

Montée du flexitarisme

Et le virage inauguré par les professionnels du secteur lors du Salon de l'agriculture 2019 est radical. Dans une campagne publicitaire lancée sur les écrans début février, ils prônent le "manger mieux". Le slogan "Aimez la viande, mangez-en mieux" s'affiche d'ailleurs en grand sur le stand d'Interbev, (Association Nationale Interprofessionnelle du Bétail et des Viandes), la principale fédération du secteur. L'objectif des éleveurs : séduire les adeptes, toujours plus nombreux, du flexitarisme.

Selon le chiffre d'une étude Kantar menée en 2018, 34% des Français se déclare aujourd'hui flexitariens, c'est-à-dire qu'ils adoptent un comportement alimentaire privilégiant les légumes et consommant de la viande en moins grande quantité mais de meilleure qualité. "Nous sommes le reflet de la société", se défend le président d'Interbev Dominique Langlois pour qui la campagne lancée en amont du Salon de l'Agriculture répond aux nouvelles attentes des consommateurs. 

Une filière haut de gamme

L'initiative, fruit de deux ans de réflexion, reçoit le soutien des producteurs présents sur le salon. Jerôme Moreire vient de l'Ariège, il est présent avec ses vaches Gascogne sur le salon et pour lui, pas de doute, le choix de la qualité sera le salue de la filière française. "En favorisant les circuits courts, la consommation de pièces de boucher plutôt que de viande transformée, nous soutiendrons la filière française", explique l'éleveur. 

Du côté des experts aussi, l'initiative est également saluée: "La réalité est que quand on mange moins de viande, on veut qu’elle soit bonne" observe l'agronome Bruno Parmentier dans les colonnes de l'Usine Nouvelle. Des propos corroborés par les bons résultats de la filière Label Rouge dont les ventes de viande, en 2016, ont représenté 264 millions d'euros. "L’idée qu’il faut continuer de grandir et baisser les coûts de production n’est plus la solution. Il restera en France un élevage en 2050, mais il s’agira d’un élevage de qualité, avec une viande plus chère" analyse l'expert.

Labellisation

Interbev s'est d'ailleurs fixé comme objectif que 40% de la production de viande rouge française soit labellisée. "Il existe en France des gages de qualité, type label rouge qui garantissent aux consommateurs la qualité de la viande", abonde un représentant de la viande charolaise présent sur le salon. "Ces signes doivent rassurer le consommateur et ne pas créer d'amalgame entre les viandes étrangères et la viande française", conclut Jêrome Moreire. 


Un passage en revue de scénarios du pire (ou presque)

A l’instar du travail réalisé pour d’autres filières, l’établissement des produits de l’agriculture et de la mer France AgriMer a piloté, avec Interbev, un exercice de prospective en cinq scénarios à l’horizon 2035-2040 pour les acteurs de la viande bovine. Dans le premier scénario, la crise est globale. Le marché se contracte, la filière française se replie sur elle-même. La réglementation sur le bien-être animal n’est pas durcie. Avec l’augmentation des échanges internationaux, les risques sanitaires sont accrus. Les politiques publiques d’aides sont réduites de manière drastique, affectant les élevages extensifs. L’amélioration de la génétique favorise les élevages intensifs. Le nombre d’exploitations se réduit.

Dans le deuxième scénario, les importations explosent pour répondre à la demande des prix bas des consommateurs. La communauté internationale appelle à réduire les émissions de gaz à effet de serre. La taille du cheptel national est limitée par quotas, ce qui pousse à intensifier l’élevage. La baisse du pouvoir d’achat incite les consommateurs à privilégier les protéines végétales, moins chères. Les consommateurs se préoccupent peu du bien-être animal. Importations massives grâce à un coût du fret bas. La rémunération des services environnementaux rendus par l’élevage permet de maintenir des élevages extensifs.

Dans le troisième scénario, la filière monte en gamme.. Le bien-être animal et le développement du droit animalier impactent l’élevage. La France et l’Europe sont en avance sur la qualité de la viande tout au long de la chaine. L’innovation produit permet de dynamiser le marché. La productivité s’accroit, parallèlement à un développement des races mixtes. Le recours à une alimentation à base de concentrés est limité. Enfin, dans le quatrième scénario, les échanges internationaux ont ralenti. La filière française s’est concentrée sur la qualité.

"Faire connaître la qualité des viandes hachées"

A plus courte échéance, Interbev s’apprête à publier, en mars, une nouvelle étude sur le segment des viandes hachées. "Il y a cinq ans, 50% de la viande était transformée ou hachée. Aujourd’hui, on arrive à 60% : le hamburger prend la place du jambon-beurre. Le haché est une viande de qualité, ce que nous devons mettre en avant. Le steak haché français est pur muscle, sans aponévroses (nervures), ni eau : sa qualité permet de manger de la viande crue avec des garanties supérieures, et des modes de cuisson diversifiés", insiste Guy Hermouet, président de la section Bovins d’Interbev. Il estime par ailleurs à 70% la part des approvisionnements en viande importés par la restauration hors-domicile. France AgriMer promet de travailler sur des outils afin d’apporter aux filières agricoles une meilleure connaissance de ce marché.

Franck Stassi

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