Au procès Monsanto, les maux de Paul François ne "peuvent exister" selon l'industriel

Le 6 février, lors du procès l'opposant à l'agriculteur Paul François, Monsanto a nié l'existence des troubles neurologiques et organiques dont se plaint le céréalier. Le cour d'appel de Lyon (Rhône) doit rendre sa décision le 11 avril après 12 ans de bataille judiciaire entre la multinationale américaine rachetée par Bayer et l'homme de 55 ans.

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Au procès Monsanto, les maux de Paul François ne
Le 6 février, lors du procès l'opposant à l'agriculteur Paul François, Monsanto a nié l'existence des troubles neurologiques et organiques dont se plaint le céréalier.

La défense de Monsanto s’est employée mercredi 6 février, devant la cour d’appel de Lyon (Rhône), à nier l’existence des multiples troubles neurologiques et organiques dont se plaint depuis douze ans l’agriculteur Paul François après avoir inhalé accidentellement de l’herbicide Lasso produit par la multinationale.

Le céréalier de 55 ans mène depuis douze ans un bras de fer judiciaire contre Monsanto, qu'il désigne comme responsable de sa grave intoxication en 2004 au Lasso, désormais interdit. Il réclame 1 million d'euros d'indemnités.

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Monsanto contredit l'expertise médicale

La multinationale américaine a été condamnée en première instance en France en 2012, puis en appel en 2015. La cour de cassation, saisie par Monsanto (racheté depuis par l'Allemand Bayer), a annulé cette décision en 2017, à la suite de quoi l'agriculteur a sollicité un nouvel appel.

Paul François décrit des périodes de coma, des crises d’épilepsie, des troubles de l’équilibre et de la mémoire, des maux de tête, des pertes de connaissance, ainsi que des troubles neurologiques et hépatiques.

"En réalité, tous les bilans de Paul François sont normaux, il ne souffre d’aucun problème organique, mais de manifestations anxieuses. Il n’y a pas de préjudice", a déclaré une des avocates de Monsanto, Eve Dumily.

Elle s’est appuyée sur "neuf experts différents qui contredisent l’expertise médicale fantaisiste". "Tous les maux dont s’est plaint Paul François, pendant des mois et des années après l’inhalation sont impossibles, ils ne peuvent pas exister", a-t-elle dit en remettant en cause également la version de l’accident présentée par l’agriculteur qui dit avoir été assailli par les vapeurs de Lasso lorsqu’il a ouvert sa cuve en plein été par une chaleur de 30°C.

"Aucune preuve pertinente"

"Il n’y a pas de preuve de l’exposition de Paul François au produit. Il n’y a aucun témoin direct, aucune preuve pertinente", a ajouté Eve Dumily.

Monsanto, qui n’était représenté que par ses avocats, a également rejeté les accusations de défaut d’étiquetage de son produit, avançant que le céréalier des Charentes avait fait preuve d’imprudence dans la manipulation du produit.

"À l’époque, les règles sur l’étiquetage ne demandaient pas de stipuler le pourcentage de monochlorobenzène. Et il est faux d’affirmer qu’il y avait un défaut d’information", a plaidé Jean-Daniel Bretzner. "Paul François est un professionnel et il est précisé qu’il faut se protéger le visage, les yeux et la peau".

François Lafforgue, avocat de l’agriculteur, a lui mis en cause la fiabilité des experts médicaux cités par Monsanto. "Cette stratégie de doute est entretenue avec l’aide de consultants. Les neuf experts cités ne sont pas des experts judiciaires mais des consultants payés par Monsanto", a-t-il assuré. Il a cité en retour la multitude d’avis de médecins consultés par l’agriculteur après l’accident, ainsi qu’une analyse de cheveux permettant de dater l’intoxication.

"Paul François aurait pu mourir ce jour-là", a-t-il conclu en détaillant la fiche toxicologique du produit dont aucune mention n’était faite sur l’étiquette du produit. "Il n’y avait rien sur sa composition, rien sur les risques encourus, rien sur les effets secondaires."

Des produits "très utiles", défend Bayer

Une porte-parole de Bayer a déclaré que la société souhaitait "rappeler que l’utilisation de produits phytosanitaires ne présente pas de risque pour la santé humaine lorsque ceux-ci sont utilisés dans les conditions d’emploi définies dans le cadre de leur autorisation de mise sur le marché. Ces produits, très utiles pour les agriculteurs, font partie des produits dont l’évaluation et la commercialisation sont les plus strictement encadrées dans le monde".

La dénonciation de la multinationale a été partagée par l'ancien ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, qui a déclaré dimanche dans le JDD avoir appris que "Monsanto avait demandé à une officine belge de s'occuper de [sa] réputation", ce que dément le groupe.

Débats sur le glyphosate en toile de fond

"On va peut-être perdre contre Monsanto, mais j'ai depuis converti mon exploitation de 200 hectares en agriculture biologique et c'est ça la vraie victoire", s'est félicité Paul François. "Cette affaire m'a amené à ouvrir les yeux et à passer à une autre agriculture. J'ai repris ma liberté d'agriculteur".

L'agriculteur est également très critique du glyphosate, "le produit le plus utilisé dans le monde et le plus dangereux" et dénonce la position d'Emmanuel Macron et du gouvernement français sur le sujet.

"Pendant la campagne, Emmanuel Macron avait proposé de sortir du glyphosate dans un délai de 3 à 5 ans. On avait confiance. Et aujourd'hui, il dit que ce n'est pas possible ! C'est scandaleux et irrespectueux", a-t-il déclaré.

Aux États-Unis, Monsanto a été condamné à verser 289 millions de dollars (253 millions d'euros) à un jardinier qui accuse le Roundup, son herbicide à base de glyphosate, d'être la cause de son cancer. L'entreprise a néanmoins obtenu en octobre 2018 le droit à un nouveau procès portant sur le montant des dédommagements qu'elle devra verser.

La cour d’appel de Lyon doit rendre sa décision le 11 avril.

Avec Reuters (avec Sybille de la Hamaide, édité par Yves Clarisse)

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