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Quotidien des Usines

Au nom de l'industrie

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débat

Au nom de l'industrie

Cette rencontre des patrons de fédérations nous renseigne sur les grands enjeux de la mobilisation. Il fournit aussi l’occasion de rappeler quelques vérités : le maintien d’une activité de production en France doit être une priorité, tout comme les efforts de soutien à la R&D. Le point clé, selon les patrons, c’est bien sûr la compétitivité. Dans un monde en globalisation accélérée, chacun attend pour l’industrie française des arbitrages clairs dans le cadre des états généraux ou celui du grand emprunt national.

Les états généraux voulus par le chef de l’Etat ont déclenché un début de mobilisation en faveur de l’industrie. En êtes-vous agréablement surpris ?

YVON JACOB (GROUPE DES FÉDÉRATIONS INDUSTRIELLES, GFI).
La recherche de la compétitivité est un impératif absolu qui justifie qu’un effort national soit fait. L’Etat a de lourdes responsabilités à assumer: la France est le pays d’Europe, avec la Norvège, où la fiscalité est la plus lourde. Les états généraux doivent être un partenariat entre les pouvoirs publics et les entreprises. Mais vous savez, cela doit être l’affaire de tous les Français.

BERNARD CHAMBON (UIC, CHIMIE). Si les états généraux tiennent leurs promesses et ne se résument pas à une opération de communication, ils peuvent être l’occasion d’un consensus inédit autour de l’industrie, comme celui qui existe en Allemagne, par exemple. Ils offrent une fenêtre de tir, qui ne va pas durer longtemps, quelques mois au plus. Si nous passons à côté de cette occasion, nous devrons attendre vingt ou trente ans pour voir une telle opportunité se représenter. Mais l’heure de ce consensus est peut-être venue. C’est intéressant de voir comment, aujourd’hui, les syndicats de salariés portent sur la politique industrielle un diagnostic très proche du nôtre. Nous sommes en train de discuter, l’UIMM et nous, de ces questions avec les organisations syndicales. Dans quelques jours, vous verrez, je crois que nous aboutirons à une position commune...

PIERRE GATTAZ (FIEEC, ELECTRICITÉ ET ELECTRONIQUE). Ces états généraux constituent aussi un enjeu de communication. On a besoin d’expliquer à Monsieur Tout-le-Monde l’intérêt de l’industrie en rappelant des choses très simples: un emploi industriel crée de deux à sept emplois dans les services. Mais cela personne ne le sait. L’industrie représente près de 85% des exportations françaises. Nous nous flagellons depuis vingt ou trente ans. Pourtant, nous ne sommes pas plus bêtes que les Allemands! Seulement, eux, ils sont fiers de leur industrie. Ils ont des écosystèmes qui fonctionnent, ils chassent en meute, ils peuvent même imposer des prix 15% plus élevés que leurs concurrents grâce à la valeur perçue de la marque «Made in Germany».

Qu’attendez-vous de cette consultation ?
De nouvelles lois, comme ce fut le cas pour le Grenelle de l’environnement ?


"Nous ne sommes pas plus bêtes que les Allemands. Seulement, eux, ils sont fiers de leur industrie !

Pierre Gattaz, président de la Fieec

YVON JACOB (GFI). Non! Trop souvent, de nouvelles lois ont rajouté du poids, de la pression ou des handicaps supplémentaires à l’industrie. De temps en temps, des dispositifs comme la LME ou la suppression de la taxe professionnelle font l’inverse. Mais aucune loi ne pourra améliorer la question de la compétitivité, qui est l’essentiel. Sauf peut-être dans le domaine social. Et c’est vrai qu’en la matière, nous sommes dans un carcan avec un droit, obsolète et qui ne correspond plus aux réalités.

JEAN-FRANÇOIS PILLIARD (UIMM, MÉTALLURGIE). Il est temps de laisser des espaces plus importants au dialogue, car les partenaires sociaux sont beaucoup plus matures aujourd’hui pour le faire. Arrêtons de laisser l’Etat et les parlementaires tout encadrer. La France a produit sept lois sur l’égalité homme-femme en plus des textes de branches. Et on s’apprête à en faire une huitième. Force est de constater que malgré cette abondance de textes, les progrès sont assez lents. La démarche n’est peut-être pas la bonne. Pourquoi ne pas amener les entreprises à réfléchir en quoi ce genre de sujet peut créer de la richesse. On peut faire le même constat avec le thème de la diversité. C’est une façon évidente de développer la capacité d’innovation d’une entreprise. Concentrons-nous sur deux enjeux essentiels : l’emploi et les coûts sociaux. Il y a des arbitrages à faire. On ne peut demander aux entreprises de garder les seniors et d’embaucher davantage de jeunes sans toucher à la question de fond: comment avoir plus de réactivité en matière de gestion de l’emploi. C’est très concret.

BERNARD CHAMBON (UIC, CHIMIE).
Ce problème du poids de la réglementation est réel pour toutes les entreprises, mais il est encore plus grave dans l’industrie où une somme considérable de sujets est réglementée. L’industriel est exposé à des contraintes en matière de droit du travail, de risques pénaux, de sécurité, d’hygiène, d’environnement...

ALAIN GRANGÉ-CABANE (FEBEA, COSMÉTIQUE). L’expérience montre que la frénésie des lois, l’instabilité législative et fiscale découragent deux types d’entrepreneurs: les dirigeants de grands groupes qui ont des filiales en France et se méfient d’un pays capable de changer de lois fiscales tous les dix-huit mois; et les patrons de PME. Car chez nous, tenter de suivre l’évolution du droit fiscal et social est une gageure. Après le vote de la loi sur l’assouplissement des 35 heures, nous avons fait une circulaire de synthèse pour expliquer aux PME comment faire. Elle faisait 14 pages. Et beaucoup de nos adhérents n’y ont rien compris. Ce dont on a besoin, c’est aussi de constance !
Plus précisément, quelle politique industrielle souhaitez-vous ?

BERNARD CHAMBON (UIC, CHIMIE). Il faut deux choses: continuité et lisibilité. D’où l’importance du consensus. La taxe carbone en est un bon exemple. Comment va-t-elle évoluer dans les trente ans qui viennent? Dans la chimie ou le papier, qui sont des industries très capitalistiques, personne ne va investir s’il ne sait pas, dès le départ, le coût au final. La cohérence des actions est déterminante et malheureusement, le ministère de l’Industrie n’a pas toutes les cartes en main. Les dossiers transport ou emploi relèvent d’autres ministères. Leurs politiques sont même parfois contradictoires.

YVON JACOB (GFI). En matière d’investissement industriel, les process de mise en route et le retour sur investissement sont très longs. Nous sommes donc ceux qui avons le plus besoin de stabilité et de visibilité.

Ces états généraux permettront-ils aussi à l’industrie de redorer son blason ?

GUY MAUGIS (FIEV, EQUIPEMENTIERS AUTOMOBILES). L’usine garde une valeur symbolique. Fermer un site de production de 100personnes aujourd’hui en France est quelque chose de très traumatisant au plan local. Quand on ferme un bureau de 100employés dans les services, personne ou presque ne s’en rend compte. Même si la France n’aime pas son industrie, elle reste au coeur de la fabrication de l’emploi.

YVON JACOB (GFI).
C’est aussi un élément majeur de l’aménagement du territoire. Une entreprise industrielle est dans son canton, dans sa ville, au coeur de la vie locale. Le patron est souvent président du club de foot... Quand elle est mise en danger, c’est un cataclysme pour la région, très difficile à supporter. On l’a vu dans les Deux-Sèvres avec Heuliez. L’industrie est donc déterminante pour la stabilité du territoire et mérite à ce titre beaucoup plus de considération. Et sûrement pas d’être vouée aux gémonies quand elle rencontre des difficultés...

PIERRE GATTAZ (FIEEC, ELECTRONIQUE). Je l’affirme, l’industrie offre des solutions à tous les grands problèmes de notre société. L’allongement de la vie, avec ce que font les industries de santé, ou la sécurité routière, avec tous les systèmes pour rendre la route intelligente. A chaque fois, ces solutions peuvent aussi contribuer à réduire les dépenses publiques.

GUY RUPIED (GIFAS, AÉRONAUTIQUE ET DÉFENSE). Réhabiliter l’industrie renvoie à la réflexion sur l’attractivité pour les jeunes des métiers d’ingénieurs et de techniciens qualifiés. Dans l’aéronautique, si l’on en croit nos projections, nous allons manquer d’ingénieurs. La délocalisation ne viendra pas seulement d’un problème de compétitivité ou de parité des monnaies, mais du manque de personnel qualifié pour faire tourner nos usines!

Réclamez-vous une part du grand emprunt ? Au passage, les états généraux de l’industrie n’auraient-ils pas dû se conclure avant que la commission sur l’emprunt n’ait rendu ses conclusions ?

YVON JACOB (GFI). Nous avons fait des propositions précises à la commission Juppé-Rocard. Les états généraux, eux, vont balayer plus large. Nous occupons la présidence de cinq des dix groupes de travail. Nous sommes donc une cheville importante du dispositif. Bien sûr, la logique aurait voulu que les états généraux se passent avant la discussion sur le grand emprunt. Nous avons milité très fort auprès de Christian Estrosi pour que les deux réflexions ne soient pas séparées. Cela n’a pas été possible… Plusieurs propositions concrètes issues des états généraux ne rentreront donc pas dans l’enveloppe du grand emprunt. Nous pensons que le président de la République va définir des enveloppes globales d’utilisation et qu’il attendra la conclusion des états généraux pour préciser les affectations.

On nous dit que la recherche-développement est la seule façon de préserver notre industrie. Que c’est plus important que la production «Made in France». Qu’en pensez-vous ?

PIERRE GATTAZ (FIEEC, ELECTRONIQUE). La fin du manufacturing en France est une idée totalement erronée contre laquelle je me bats tous les jours ! En Allemagne, dans les secteurs du traitement de surface, des nanotechnologies ou des matériaux composites, on continue à produire au coeur du pays, là où cela coûte le plus cher. Pendant ce temps, en France, nous colportons l’idée que la production est fichue. Rien n’est fichu. Ce sont les process industriels performants qui nous le permettent. C’est le lean manufacturing qui fait que Toyota produit des voitures dans leNord. Bien sûr qu’il faut faire de la R&D en France. Mais si vous laissez partir en Chine les usines qui font des composites, des Airbus ou des trains, dans trois ans votre R&D aussi sera là-bas.

JEAN-FRANÇOIS PILLIARD (UIMM, MÉTALLURGIE). Vous avez raison. Arrêtons de penser que le manufacturing est mort! La France a beaucoup d’atouts pour garder son outil industriel. Sortons du syndrome du contrôleur de gestion et arrêtons de comparer le coût horaire d’un salarié en France, en République tchèque et en Chine sans prendre en compte le niveau de qualification. Quand vous montez des usines dans certains pays lointains, il faut embaucher dix personnes pour en garder une et il en faudra vingt pour le faire le travail d’un salarié en France. Cela ne se passe pas comme dans les bouquins de management.

Il y a un lien fort entre industrie et R&D. Lorsque vous éloignez les deux l’une de l’autre, les premières années vous obtenez une efficacité en matière de coûts mais sur la durée, l’absence de communication, de coordination devient extrêmement pénalisante. D’autant que la proximité entre R&D et industrie est un facteur important de l’augmentation de la satisfaction client.

LUCIEN DEVEAUX (UIT, TEXTILE).
Dans nos métiers qui relèvent d’une industrie «culturelle », la R&D ne peut pas se faire en Chine! Aucune entreprise n’a pu garder sa R& Den France et projeter toutes ses usines à l’étranger. Le raccourcissement des délais a tout bouleversé.

BRUNO CARRÉ (SFIC, CIMENT). Il faut sortir de ce schéma selon lequel l’industrie manufacturière file dans les pays à faibles coûts de main-d’oeuvre. Cela ne fonctionne pas !

THIERRY NOBLOT (DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL DU GFI).
On a vu ce que le héraut de «l’industrie sans usine» est devenu! (ndlr : Serge Tchuruk, l’ancien PDG d’Alcatel). En matière de R&D, nous avons une caractéristique en France: une part de la recherche publique plus importante que dans les autres pays. Il faut donc avoir un meilleur équilibre entre la R&D publique et privée.

Comment faire mieux en matière d’innovation?

BRUNO ESTIENNE (PLASTURGIE). Il y a des choses qui déjà sont très bien faites. Le crédit impôt-recherche, la réforme des universités ou les pôles de compétitivité qui favorisent la connexion entre recherche, industrie et enseignement. La France est bien partie. Mais l’industrie a toujours un déficit d’image et les filières techniques ne sont pas assez prises en considération par les parents d’élèves. Dans le lycée, la voie royale n’est pas encore d’aller vers l’enseignement technique. Il y a une vraie révolution culturelle à faire.

JEAN-FRANÇOIS PILLIARD (UIMM, MÉTALLURGIE).
Dans le cadre des fondations d’université, l’UIMM vient de signer un partenariat avec les écoles du plateau de Grenoble, qui va nous amener à financer une chaire sur l’innovation. La contrepartie sera d’ouvrir la R&D de ces écoles aux patrons de PME de la métallurgie du bassin grenoblois. On est souvent défensif, mais il est bon de rappeler qu’on peut prendre un certain nombre d’initiatives en France.

"Ces débats autour de la croissance verte comportent une part de manipulation: ils masquent la réalité des problèmes actuels.

Alain Grangé-Cabane, président de la Febea

Notre industrie est-elle armée pour profiter de la « croissance verte » ?

ALAIN GRANGÉ-CABANE (FEBEA, COSMÉTIQUE).
Ces débats autour de la croissance verte comportent une part de manipulation. On évite de s’occuper des problèmes d’aujourd’hui en disant: «La croissance verte va tout résoudre.» Ce n’est pas vrai. Il y a des problèmes structurels comme le temps de travail ou la fiscalité qu’il faut traiter dès aujourd’hui!

GUY MAUGIS (FIEV, EQUIPEMENTIERS AUTOMOBILES). Il se prépare une bagarre extraordinaire sur le plan technologique et industriel. Si on ne prend pas notre place dès maintenant, nous serons fichus...

BERNARD CHAMBON (UIC, CHIMIE).
Peut-être, mais dans cinq ans, tous les Français n’auront pas un véhicule électrique ! C’est un relais de croissance progressif, une révolution industrielle de long terme. Dans la chimie, on considère qu’à l’horizon 2020, entre 20 et 30%de l’activité portera sur du végétal. Le reste sera toujours lié aux énergies fossiles! La question est donc celle de la transition et de la vitesse de croisement des deux courbes. Les industries traditionnelles nous font vivre et nous feront vivre encore longtemps. Attention au mirage de la croissance verte et à la fuite en avant.

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