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L'Usine Maroc

Au Maroc, le printemps est industriel

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Enquête Les industriels internationaux restent nombreux à miser sur le royaume. Si la croissance marque le pas, les ouvertures d'usine se poursuivent.

Au sud de la Méditerranée, le Maroc semble une exception. Comme une oasis dans la région bousculée par dix-huit mois de printemps arabe. « Un modèle », juge Hillary Clinton, la secrétaire d'État américaine. Le 15 mai, François Hollande recevant le roi Mohammed VI a salué « le processus de réforme ». À Casablanca sur le front de mer planté de palmiers, si l'on en juge par l'affluence du luxueux centre commercial Morroco Mall, les habitants du royaume sont plus tentés par le shopping que par la révolution.

À 170 km de là, à Kénitra sous un soleil écrasant, s'offre un tout autre panorama. Celui d'un terrain vague de 200 hectares plantés de lampadaires au bord d'allées désertes traversées par des brebis maigrichonnes. Image trompeuse. Dans cette zone franche, des milliers d'ouvriers rempliront bientôt les usines du japonais Fujikura ou de l'américain Delphi (sa troisième). Un symbole de ce Maroc industriel qui émerge. Il est même difficile de s'y retrouver entre toutes les ouvertures, projets d'usines ou plans d'embauches. Symbole d'une filière aéronautique qui décolle, Bombardier, dans la suite de Safran ou EADS, doit investir plus de 160 millions d'euros à Casablanca. À Tanger, l'usine de Renault Nissan a produit ses premiers Lodgy : ils ont franchi le détroit de Gibraltar le 14 mars. Après 2 300 embauches en 2011, le français en prévoit plus encore cette année pour atteindre sa cadence de 170 000 véhicules par an, avant la phase 2. Philippe Confais, le directeur général de la Chambre française de commerce et d'industrie du Maroc (CFCIM) mesure, lui, l'effervescence du pays : « Notre activité en conseil, formation ou foncier ne cesse de progresser. Les entrepreneurs cherchent ici de la croissance. » Comme Danone, qui vient de miser gros en décidant, le 27 juin, de racheter à la SNI [holding privé de la famille royale], 37,5% supplémentaires de sa filiale la Centrale laitière, portant sa part aux deux tiers. Addition : 550 millions d'euros.

Chacun veut croire à la belle histoire du petit dragon de la Méditerranée. « Il faut se méfier de l'image de modernité », alerte un journaliste. Pour le peuple, la vie est dure : comment vivre à Casablanca avec un smig [salaire minimum interprofessionnel garanti, ndlr] à 230 euros ? ». En ville, le taux de chômage pointe à 17%, la déficience de l'éducation est réelle, les inégalités se creusent. Cette exigence sociale a été le moteur en 2011 du mouvement du « 20 février » : des « indignés » contre la pauvreté et les privilèges du Makhzen, l'entourage du Palais. Elle a surtout conduit, après la réforme constitutionnelle et les législatives, à l'arrivé en novembre d'un nouveau gouvernement, dominé par le Parti de la justice et du développement (PJD), un parti islamiste « modéré » avec à sa tête Abdelilah Benkirane, 58 ans, un ex-prof de physique. Ses mots d'ordre : justice sociale et lutte contre la corruption. Cette alternance inédite a suscité interrogations, sinon inquiétudes, dans les milieux économiques. Au moins jusqu'au 28 mars. Ce jour-là à Rabat, suite à la demande pressante, de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), le patronat marocain, et du Medef, Abdelilah Benkirane s'est retrouvé face au gratin du business franco-marocain, à commencer par Jean-René Fourtou, le président de Vivendi, une sorte de vizir des affaires ici. « Benkirane a mis tout le monde dans sa poche. On aurait dit Lula. », s'amuse un participant. Le Premier ministre à la courte barbe veut rassurer les investisseurs. Pas question de casser la politique des anciens gouvernements avec ses généreuses subventions aux investisseurs ou la multiplication des zones franches. Autant de mesures chocs qui, avec les plans d'infrastructures, ont attiré les industriels étrangers et dynamisé l'économie. « Le Maroc a fait le choix des réformes, comme l'abolition des droits de douane ou l'indépendance de la Bank Al-Maghrib [la banque centrale, ndlr]. C'est exigeant mais cela paye pour la modernisation du royaume et l'emploi », note Rachid Marrakchi, le directeur général de BMCI, filiale de BNP-Paribas et cinquième banque du pays. Pas sûr que cela suffise car la croissance fléchit avec 2,4% prévus, contre 5% en 2011. Et, le nouveau gouvernement s'est converti à la rigueur. Le 2 juin, il a augmenté de 20% le prix de l'essence, jusque-là subventionnée ! Les économistes ont applaudi, les automobilistes moins. La promesse de hausse du smig a été mise au frigo. « Avec la proximité et la langue, le prix de la main-d'oeuvre reste le principal avantage comparatif du Maroc », note Laurent Guth, le directeur de l'usine Casablanca Aéronautique.

 

Développement spectaculaire

L'inquiétude du moment est liée... à la crise de la zone euro, un des principaux motifs du ralentissement de l'économie avec les mauvaises récoltes. Mais il n'y a pas que cela. La question sociale reste entière. Il faut aussi ajouter, l'envolée des délais de paiement, parfois à 6 ou 9 mois en dépit d'une loi récente les limitant à 60 jours. Pour Meriem Bensalah-Chaqroun, élue en mai à la tête de la CGEM (une première dans le monde arabe), c'est l'un des dossiers prioritaires. Il y a aussi les difficultés d'accès au crédit pour les PME. « La Bank Al-Maghrib fait son travail et a injecté des liquidités dans le secteur bancaire sous condition qu'une part soit fléchée vers les PME. Il n'y a pas de credit crunch », juge Rachid Marrakchi. Le gouvernement lui travaille à une loi sur la finance islamique.

En fait, à parcourir la dorsale nord-ouest du Maroc, là où se concentre l'activité, et à interroger les patrons d'usine la confiance demeure. « Le développement, déjà spectaculaire, se poursuit, je suis serein. Et il y a encore plein de nouveaux projets comme dans l'énergie verte », lance Jean-Claude Bouveur, 69 ans, vieux routier du Maroc patron du groupe de mécanique lourde Delattre Levivier Maroc. Au-delà de l'Europe, le royaume se tourne vers le monde arabe, la Turquie, l'Afrique subsaharienne ou le Canada. « Pour les grands investisseurs internationaux, le Maroc n'apparaissait pas sur la carte comme une destination majeure. C'est lié aussi à son marché intérieur encore modeste, note Alexis Karklins-Marchay codirecteur du Centre des marchés émergents d'Ernst et Young. Il est possible qu'on soit près du point de bascule ». Le Maroc industriel n'a peut-être pas fini d'étonner

Cadre des affaires : peut mieux faire

Fait-il bon faire des affaires au Maroc ? Pas toujours, répondait la Banque mondiale (BM) ces dernières années, plaçant le pays plutôt dans le bas du classement « Doing Business ». Cela avait le don d'énerver l'ancien gouvernement. Celui-ci s'était malgré tout attelé aux simplifications administratives ou à l'amélioration de la transparence. Désormais, le registre du commerce est en ligne. Un travail payant : au classement 2012 de la BM, le royaume a gagné 21 places. « Le cadre de la réglementation est satisfaisant et les textes publiés en arabe et en français solides. Par ailleurs, le droit commercial s'inspire énormément du droit français », juge Julien David, avocat associé chez Gide Loyrette Nouel installé à Casablanca. Si l'efficacité de l'administration s'est améliorée, il reste de la marge. Le point noir, c'est la justice. Elle est inefficace, souvent corrompue et imprévisible, surtout en première instance. Le 8 mai, le roi a ouvert le chantier de sa réforme. En attendant, l'arbitrage monte en force comme la médiation, notamment au sein de la Chambre française de commerce et d'industrie du Maroc. Le Premier ministre Benkirane a, lui, promis de travailler sur le cadre des affaires.

UNE PAUSE DANS LA CROISSANCE

  • PIB 70 milliards d'euros 
  • PIB/hab (2010) 2 170 euros 
  • Déficit budgétaire 2011 6,2% 
  • Taux de dépendance énergétique 95% Dette publique (% PIB) 52,9%
  • Classement « Doing Business » 2012 94e sur 183 (+21 places)

 

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