Au JEC, le sport fait son show grâce aux composites

Snowboards, vélos de course, et même bateaux... Au salon mondial des composites, le JEC World, qui se tient du 8 au 10 mars à Paris-Villepinte, il n’y a pas que l’auto, l’aéro, et les éoliennes qui sont à l’honneur. Les chimistes ciblent le sport pour démontrer le potentiel de ces nouveaux matériaux légers et modulables.

Au salon mondial des composites, le JEC World, impossible de manquer les trois marchés phares de ces nouveaux matériaux. Sur les 62 000 mètres carrés qu’il occupe du 8 au 10 mars au sein du Parc des Expositions francilien de Villepinte, on navigue entre des pièces d’automobiles fuselées et allégées, des pales d’éoliennes dernier cri et de prometteuses pièces d’avions.

Mais un autre segment se fait aussi la part belle cette année, disposant de sa propre "planète", ces espaces mettant à l’honneur innovations et produits finaux : le sport. Encore un petit débouché pour le marché mondial des composites, qui représentait 61 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier, il n’en est pas moins une source d’innovation et l’occasion de démontrer la diversité de leurs applications. Le potentiel de ces matériaux – résistance, performance, allègement avec les fibres de carbone, voire recyclage grâce aux résines thermo-plastiques – a déjà convaincu de grandes marques de matériel de sports d’extérieur : Bauer, Brabo, Canyon, mais aussi Look Cycle, Salomon, Zodiac Nautic…

Du voilier du groupe Finot au prototype du chimiste Arkema

Un an et demi de R&D pour le bateau Mini 6.50 d’Arkema
Avant d’être dévoilé au JEC, le prototype de bateau Mini 6.50 a été testé durant un an et demi par l’équipe du skipper et entrepreneur Lalou Roucayrol et Arkema. La coque et le pont ont été intégralement réalisés en Elium, la première résine thermoplastique liquide qui permet de fabriquer des pièces composites 30 à 50% plus légères que l’acier, pour un coût de 150 000 euros. C’est le jeune skipper Quentin Vlamynck, 23 ans, par ailleurs détenteur d’un bac Pro en matériaux composites, qui prendra la barre du bateau dès la fin avril, qu’il emmènera sur la Mini Transat l’an prochain.
Le snowboard en thermo-plastique du suisse Bcomps côtoie ainsi les crosses de hockey en fibres de carbone d’Oxéon, le vélo du français Time, aux cadres et fourches en fibres de carbone et résine epoxy... et même le voilier Albatros du groupe hexagonal Finot, dont le pont et la coque sont en stratifié carbone et vinylester.

Sur le stand d’Arkema, le numéro un français de la chimie, trône ainsi un prototype de bateau de 6 mètres 50. La coque et le pont ont été intégralement réalisés en composite thermoplastique recyclable, une première mondiale dans la navigation. Le résultat d’un partenariat noué depuis 2012 entre Arkema et le skipper Lalou Roucayrol, spécialiste de la course au large, qui conçoit et possède ses propres bateaux avec sa TPE Lalou Multi.

Le premier bateau au monde en composite thermoplastique recyclable

Arkema avait ainsi participé à la construction de son Trimaran Multi 50 - arrivé bien classé lors de la dernière Route du Rhum – en équipant notamment les vitres du cockpit et les bulles de protection du barreur avec ses plaques Altuglas Shield Up, un matériau transparent comme du verre mais léger et résistant aux conditions extrêmes. Pas de vis ni de boulon sur ces deux bateaux, assemblés intégralement à l’aide de joints de colle fournis par Bostik, la filiale d’adhésifs rachetée l’an dernier par Arkema à Total.

"Cela offre un ratio souplesse – robustesse – poids optimal, raconte Daniel Lebouvier, le coordinateur technique du projet chez Arkema. Ces produits sont d’ailleurs aujourd'hui utilisés dans le monde entier pour fabriquer des bateaux de plaisance ! La voile est pour nous l'occasion de développer et de démontrer la qualité de matériaux innovants qui seront ensuite utilisés dans de nombreux autres domaines tels que l'automobile, l'énergie, les articles de sport…"

Convaincre les géants de l'auto et l'aéro de se passer du métal

Deux ans après avoir dévoilé ses premiers composites thermo-plastiques au JEC, Arkema veut utiliser son bateau "Mini 6.50" comme vitrine de ces matériaux encore timides sur un marché des composites dominé par les thermo-durcissables. Avantage, des solutions modulables et surtout recyclables.

Ces résines, encore placées au sein de l’activité Incubateur de nouveaux produits d’Arkema, représentent pour l’instant des ventes modestes pour le groupe aux 7,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Mais "nous n’avons mis que cinq ans à les développer en misant sur un laboratoire commun avec le Pôle Plasturgie Est, et nous participons désormais à deux grands projets collaboratifs dans l’automobile et un dans l’éolien", raconte Michel Glotin, le directeur scientifique Matériaux d’Arkema.

En testant sa résine Elium, infusée avec de la fibre de carbone, dans la voile, il entend ainsi développer des compétences technologiques qu’il pourra appliquer plus rapidement dans l’aéronautique et l’automobile. Deux secteurs intéressés par les possibilités d’allègement et de recyclage offertes par les thermo-plastiques, mais pas encore toujours prêts à payer le prix fort comparé au métal.

Gaëlle Fleitour

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