Au-delà de 42, les écoles du numérique face au sexisme

Le sexisme n’est pas l’apanage de l’école 42. Selon une étude de l'association Social Builder, dont L’Usine Nouvelle présente en exclusivité les premiers résultats, 73 % des étudiantes en formation aux métiers du numérique interrogées disent avoir été témoins de blagues en rapport avec leur sexe. Au sein des écoles, la lutte contre le sexisme se déploie.

Partager
Au-delà de 42, les écoles du numérique face au sexisme
Selon une étude de l'association Social Builder, dont L’Usine Nouvelle présente en exclusivité les premiers résultats, 73 % des étudiantes en formation aux métiers du numérique interrogées disent avoir été témoins de blagues en rapport avec leur sexe

Après nos révélations la semaine dernière sur le climat sexiste dont souffrent plusieurs étudiantes à l’école 42, nous publions en exclusivité ce mardi 21 novembre les premiers résultats d’une étude sur le sexisme dans les formations Tech et Numérique. La start-up sociale Social Builder, qui agit pour la mixité dans le numérique, a interrogé 1000 étudiant(e)s de 18 formations aux métiers du numérique (école 42, Simplon, Telecom Paristech, …) sur la question.

D’après les premiers résultats (portant sur 860 répondants, ceux définitifs seront publiés le 28 novembre par Social Builder sur son site), près de 10% des répondantes disent avoir subi du harcèlement sexiste, voire sexuel, pendant leur formation et 73 % des femmes interrogées disent avoir été témoins de blagues en rapport avec leur sexe pendant la formation.

"Beaucoup d’hommes n’apprécient pas ces comportements"

Autre chiffre marquant de l’enquête : 93% des étudiant(e)s pensent que les femmes ne sont pas assez représentées dans le secteur ou dans certains métiers. "Nous observons chez les répondants une réelle envie d’avoir plus de femmes, rapporte Laure Pichot, responsable développement chez Social Builder. Beaucoup nous ont dit que leur présence signifiait pour eux plus de richesse dans le travail et moins de tension."

L’enquête montre également que "beaucoup d’hommes n’apprécient pas ces comportements", explique Laure Pichot. "Les hommes sont très nombreux à dire qu’ils ont déjà été confrontés à des visions pornographiques contre leur grè et renvoient cela, en commentaire, à une ambiance de travail qui n’est pas positive pour eux."

Comment lutter contre le sexisme dans ces écoles ? A Epitech, l’association d'étudiants E-mma est active au quotidien. “Dès qu’une remarque sexiste ou qu’un comportement déplacé survient, nous remettons l’auteur à sa place et si cela ne suffit pas, nous le signalons à la direction qui agit immédiatement”, explique Dipty Chander, présidente d’E-mma France et étudiante en cinquième année à Epitech Paris.

Quatre ans de lutte à Epitech

Créée en 2013 alors qu’arrivait une nouvelle direction à Epitech en remplacement de Nicolas Sadirac, parti diriger l’école 42, E-mma France compte aujourd'hui 500 membres dont une majorité de garçons. D’où une force de frappe importante. L’association CodeHer de l’école 42 a rencontré E-mma en mai dernier pour s’inspirer de leurs méthodes.

“Sans le soutien de la direction c’est très difficile d’agir”, reconnaît Dipty Chander, précisant que des exclusions ont déjà été prononcées face à des cas de sexisme. En quatre ans d’actions, l’étudiante voit un changement. “Au fur et à mesure des années, les remontées de cas sont de moins en moins nombreuses, observe Dipty Chander. Les cas sont aussi moins graves. Aujourd’hui ce sont surtout de jeunes étudiants qui disent aux filles qu’elles ne savent pas coder. Mais même face à cela il faut réagir immédiatement, sinon on sait que ça va aller plus loin.”

Claire Saddy, fondatrice du réseau d’incubateurs Les Premières (ex-les Pionnières), est intervenue à Epitech Lyon il y a cinq ans, afin d’animer plusieurs groupes de paroles pour les étudiantes. "J’ai rencontré des filles en très grande souffrance, se souvient-elle. Certaines se posaient la question d’arrêter leurs études, d’autres regrettaient leur choix d’orientation." Des interventions faites à la demande de Cyril Ihssan, alors directeur du développement de l'établissement lyonnais.

Se transformer en poupée ou se masculiniser pour se rendre invisible

"J’avais été surpris par le comportement de nos étudiantes, qui, après leur arrivée à l’école, soit se transformaient en poupée, soit se masculinisaient pour devenir invisibles, explique-t-il. Face à ce phénomène je me sentais incompétent. Je disais que mon bureau était ouvert mais je ne me sentais pas légitime à aller voir les filles directement." Suite aux interventions de Claire Saddy, les étudiantes d'Epitech Lyon ont créé l’association Miss TIC, qui a continué les ateliers de discussion en les ouvrant aux garçons et demandé la création d’une boîte à remarques, ouverte chaque semaine par l’administration.

Cyril Ihssan est aujourd’hui directeur de l’école 101, une franchise de 42 ouverte à Lyon en novembre. La première promotion compte 10 % d’étudiantes, dans la moyenne des autres écoles. "Lors de la réunion d’information, nous avons expliqué que ce déséquilibre dans la représentation des genres peut être difficile à vivre pour les filles, fait-t-il valoir. Mais nous n’avons pas défini de stratégie à déployer pour lutter contre les comportements déviants. Nous laissons aux filles l’impulsion de créer ce dont elles ont besoin."

Promotion de 80 % de femmes

Pour certaines écoles, comme Simplon, les mesures doivent être radicales. "Depuis l’ouverture de l’école, nous sensibilisons nos élèves à la question de l’intégration des femmes dans les métiers du numérique. Ils animent des ateliers de code dans les écoles. L’un des volets de ces ateliers est axé sur l’apprentissage du code aux petites filles", explique Camille Meier, responsable grands projets de Simplon.

Autre mesure phare : le programme Hackheuses !. Une pré-formation de six semaines adressée à des femmes en réorientation ou en recherche d’emploi. Sur les 39 participantes de la première édition, 20 ont intégré ou vont intégrer Simplon. Une seconde édition va démarrer en janvier en partenariat avec Le bon coin. Résultat : Simplon compte dans ses rangs 30 % de femmes.

De son côté, la Webacadémie, une école d’informatique gratuite filiale d’Epitech, a mis en place une promotion « Ambition féminine » avec 80 % de femmes et 20 % d’hommes. "Nous ne voulions pas parquer les filles dans une promotion non mixte. Nous sommes persuadés qu’il ne faut pas exclure les hommes de ces problématiques", explique Sophie Viger, directrice de la Webacadémie. La Wild Code Schoold a elle choisi de créer cette année une première promotion 100% féminine. Deux options qui ont le même objectif de féminiser radicalement les effectifs. "Le taux de femmes doit passer vite, et non graduellement, de 10 à 40 % voire 50 %, insiste Sophie Viger. Car 20 ou 30 % de femmes restent une minorité." Selon elle, seules des "actions coups de poing" pourront changer les choses.

SUR LE MÊME SUJET

PARCOURIR LE DOSSIER

Tout le dossier

Sujets associés

NEWSLETTER La Quotidienne

Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes...

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

Tous les événements

LES PODCASTS

A Grasse, un parfum de renouveau

A Grasse, un parfum de renouveau

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Anne Sophie Bellaiche nous dévoile les coulisses de son reportage dans le berceau français du parfum : Grasse. Elle nous fait découvrir un écosystème résilient, composé essentiellement...

Écouter cet épisode

Les recettes de l'horlogerie suisse

Les recettes de l'horlogerie suisse

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, notre journaliste Gautier Virol nous dévoile les coulisses de son reportage dans le jura suisse au coeur de l'industrie des montres de luxe.

Écouter cet épisode

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Martin Buthaud est docteur en philosophie à l'Université de Rouen. Il fait partie des rares chercheurs français à se questionner sur le rôle du jeu vidéo dans nos sociétés.

Écouter cet épisode

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Nathan Mann nous dévoile les coulisses de son reportage dans l'abattoir Labeyrie de Came, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui robotise peu à peu ses installations.

Écouter cet épisode

Tous les podcasts

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

Trouvez les entreprises industrielles qui recrutent des talents

BUREAU VERITAS

Spécialiste Equipements Sous Pression Nucléaires en Service (F-H-X)

BUREAU VERITAS - 22/11/2022 - CDI - Valence

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par

Accédez à tous les appels d’offres et détectez vos opportunités d’affaires

67 - Seltz

Construction d'un bâtiment d'accueil au camping Salmengrund Seltz

DATE DE REPONSE 09/01/2023

+ de 10.000 avis par jour

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS