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L'Usine Agro

Au congrès Coop de France, la gouvernance des coopératives fait débat après la crise chez Tereos

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Publié le

Pendant deux jours, les coopératives agricoles françaises organisent leur raout annuel au Palais des Congrès de Paris les 19 et 20 décembre. Une célébration marquée, cette année, par les questions autour du modèle de gouvernance coopératif.  

Au congrès Coop de France, la gouvernance des coopératives fait débat après la crise chez Tereos
Les coopératives agricoles se réunissent du 19 au 20 décembre au Palais des Congrès à Paris.
© @flick s_9090

Dans les allées du Palais des congrès, il y a fort à parier que la crise interne que vit actuellement Tereos sera sur toutes les lèvres. Depuis le mois de juillet, certains membres de la coopérative betteravière critiquent ouvertement la stratégie d’internationalisation et de diversification du groupe. Des commentaires qui se sont soldés par l’exclusion de trois membres. "C’est du jamais vu en France" s’étonne Xavier Hollandts, professeur à la Kedge Business et spécialiste de la gouvernance des coopératives agricoles. "C’est totalement en contradiction avec les valeurs même de la coopérative", rajoute le spécialiste.

Dans un univers empreint de consensus et de compromis, la situation à laquelle est confrontée la coopérative betteravière fait, en effet, tâche. Mais si le sujet déchaîne tant les passions du monde rural, c’est que "la crise Tereos pourrait être annonciatrice de tensions dans les autres coopératives agricoles", analyse Xavier Hollandts.

85 millions d’euros de chiffres d’affaires

Car le modèle coopératif selon lequel les agriculteurs sont à la fois fondateurs et dirigeants de l’entreprise agricole est victime de son propre succès. Aujourd’hui, avec un chiffre d’affaire de 85 milliards d’euros par an, les coopératives agricoles représentent 40% du résultat de l’industrie agroalimentaire française. Au total, on en dénombre plus de 2400 réparties sur l’ensemble du territoire parmi lesquelles des groupes internationaux comme InVivo, Agrial, Tereos ou Sodiaal qui réalisent chacun plus de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Ces entreprises se sont, pour la plupart, développées dans un environnement marqué par les quotas européens sur le lait, les céréales, le sucre et des prix garantis. Avec la fin de ces derniers, les coopératives agricoles ont dû s’adapter pour entrer de plain-pied dans la compétitivité. 

Déconnexion croissante entre les coopérateurs et les coopératives

A l’image de Tereos ou de Sodiaal, les grandes coopératives ont fait le choix de la diversification à travers la création de filiales et l’internationalisation des activités. Tereos s'est ainsi installé en Amérique du Sud et en Asie où elle produit du sucre à base de canne alors que Sodiaal s'est associé au chinois Synutra en France. 

Une stratégie qui répond à une réalité financière mais qui, en interne, suscite souvent l'incompréhension. "Nous sentons une déconnexion croissante entre les instances dirigeantes des coopératives et les coopérateurs qui se sentent dépossédés de leurs outils" constate Xavier Hollandts.  Amené à réfléchir sur les difficultés rencontrées par les coopératives agricoles, le chercheur a élaboré une série de propositions. Son objectif: aider les grandes coopératives à réduire le fossé qui se creuse avec les adhérents. "La taille n'est pas une fatalité, il s'agit souvent avant tout d'un problème d'organisation et de communication", explique le chercheur.

Parmi les solutions envisagées, Xavier Hollandts suggère la signature d’un pacte d’orientation des coopérateurs qui résumerait la raison d’être de la coopérative, exprimerait son ambition stratégique et limiterait les orientations à long terme. Le spécialiste suggère également de libérer du temps aux adhérents pour réduire les asymétries de compétences entre coopérateurs et dirigeants. "Les coopératives peuvent accorder des indemnités aux agriculteurs pour qu'ils puissent sortir de leur ferme, aller en formation ou sur le terrain", détaille Xavier Hollandts. La proposition a d'ailleurs déjà été mise en oeuvre par Limagrain. "Dans cette coopérative, les agriculteurs sont aujourd'hui au niveau des enjeux des discussions stratégiques et construisent la stratégie de la coopérative main dans la main avec les dirigeants", précise l'expert. Enfin, Xavier Hollands recommande l’implication des adhérents dans la gestion des filiales.

"Ces mesures sont indispensables pour que les coopératives continuent de grandir", explique-t-il. Un constat que Michel Prugue, président sortant de Coop de France, partage : "Les coopératives sont certes des entreprises mais elles sont avant tout des moyens mis au service des exploitations agricoles c’est pourquoi elles doivent continuer leur mutation et proposer aux coopérateurs un accompagnement au changement", explique le dirigeant.

Un article dans la loi alimentation

Les dirigeants pourront d’ailleurs s’appuyer sur l’article 11 de la loi Alimentation dont l’application est attendue pour le premier semestre 2019. "A l'heure actuelle, il n'y a aucun organe pour réguler les coopératives agricoles", regrette Xavier Hollandts rappelant que la seule instance aujourd'hui en place, le Haut Conseil de la Coopération Agricole, n'a pas de pouvoirs de sanction. "Quand on connaît le poids de certaines coopératives sur le monde rural dans certaines régions, il est important que leur gouvernance soit encadrée", rajoute le spécialiste.

Un manque auquel les ordonnances d'application de cet article pourraient palier. Ce texte suscite la méfiance des coopérateurs qui craignent d’y perdre les spécificités de leur statut. Il vise à garantir le devoir d’information des agriculteurs quant aux conditions d'entrée et de sortie et les renseigner sur la fabrication du prix. "Cet article permet de donner un cadre réglementaire plus contraignant au sein duquel les spécificités de la gouvernance des coopératives pourront s’exprimer. Si ce cadre existait aujourd’hui, nous aurions peut-être pu éviter la crise chez Tereos", précise le chercheur.

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