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L'Usine Aéro

Au cinéma, la drone de guerre de "Good Kill"

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Drôle de guerre que la guerre par drones. Le cinéaste Andrew Niccol, dans son dernier film "Good Kill", nous entraîne dans le quotidien d’un pilote de l’armée américaine qui, à partir de 2010, va soutenir grâce à des drones, les troupes déployées sur le terrain depuis une base du Nevada. Le film pose un peu poussivement la question morale de cette guerre asymétrique. Mais l’exercice, inédit, reste intéressant.

Au cinéma, la drone de guerre de Good Kill © VOLTAGE PICTURES/LA BELLE COMPANY

C’est une drôle de guerre que mène Etan Hawke, alias le commandant Tom Egan, depuis sa base aérienne du Nevada. Le matin, il entre dans le container climatisé qui accueille le cockpit de pilotage de son drone. De là, toute la journée il va observer des cibles en Afghanistan, au Pakistan ou au Yémen, suivant les jours, et tirer des missiles sur certaines d’entre elles. A la fin de sa journée de travail, il sort de son container, traverse le Strip, la célèbre avenue de Las Vegas bordée de casinos,  et retrouve sa petite maison de banlieue ou l’attend sa gentille petite femme. Cette dernière n’hésite pas à le bouder si son retard lui a fait raté un cours de gymnastique. Après avoir "grillé" quelques Talibans, le commandant s’en va griller quelques T-bones sur son barbecue.

Le contraste entre le "dedans" du container, qui ouvre sur un monde en guerre, et le "dehors" d’une ville américaine, qui hésite entre la torpeur de l’ennui et la vacuité des casinos, est particulièrement réussi. Le lien entre les deux est assuré par un élément de continuité : un environnement naturel de déserts. Il semble rappeler que ces hommes, à 10 000 km de distance, habitent la même planète et se ressemblent finalement dans leurs aspirations fondamentales. Même si d’un côté il y a les "bad guys", les terroristes, et de l’autre les "good guys", les soldats américains.

Tuer sans prendre de risque

Mais le propos du film va au-delà de l’illustration de ce qu’est une guerre à distance. Celle qui ressemble à un jeu vidéo. Il pose la question morale de l’usage des drones et le principe qui en découle : la guerre asymétrique. Cette contradiction est portée douloureusement  par le héros tout au long du film.  Mutique, de plus en plus alcoolisé, l’ancien pilote de chasse, inspiré par un personnage réel, Brandon Bryant *,  ne se fait pas à l’idée de tuer sans prendre lui-même aucun risque. Le film d’Andrew Niccol montre aussi la main mise de la CIA sur l’armée américaine pour piloter des assassinats ciblés. Une CIA, qui au fil des exécutions et des tirs de missiles, semble de moins en moins regardante sur les dommages collatéraux portés aux civils. "Fly and fry" annonce avant les opérations le supérieur hiérarchique du commandant Egan, que l’on pourrait traduire par "Voler et faire griller (des gens)".

Aux commandes des Reaper, les drones de surveillance et de combat de l’armée américaine, plus les gestes sont simples à réaliser plus leurs conséquences sont difficiles à vivre. Surtout lorsque l’on demande aux pilotes de mener une opération de suivi, c'est-à-dire d’effectuer un deuxième tir de missile sur les personnes qui viennent porter secours aux morts et aux blessés d’un premier tir. Là la frontière entre "bad guys" et "good guys" devient poreuse.  "Est-ce que nous sommes le Hamas ? " demande l’adjointe d’Egan, la jolie caporal Suarez, aux commanditaires de la CIA qui depuis Langley transmettent leurs ordres dans le container bardé d’écrans vidéos aux images d’une précision stupéfiante.

Un peu d’ennui mais un antihéros inédit

Mais une fois la situation et le dilemme posés, la démonstration est un peu poussive. Car chaque personnage de l’équipe incarne une position bien identifiée. Tom Egan : "Tuer sans prendre de risque, c’est pas bien", le caporal Suarez : "Tuer des enfants de terroristes, c’est inefficace car ça va créer une nouvelle génération de terroristes", les deux autres pilotes : "Tuer des terroristes, c’est protéger l’Amérique et s’arrêter ne va pas les empêcher de nous détester". Il n’y a guère que l’officier supérieur qui se laisse traverser par tous ces points de vue mais au prix de l’abandon de son libre arbitre en se réfugiant derrière son devoir de militaire qu’il exprime dans ces termes exacts : "Est-ce une guerre juste ? Pour nous c’est juste une guerre."  Comme les personnages manquent de complexité, on finit par s’ennuyer un peu et le classicisme de la lente dérive du couple de Tom Egan achève le tout. 

Toutefois, au final, sur un thème assez proche,  on s’ennuie moins dans "Good Kill" que dans "American Sniper", le dernier film de Clint Eastwood. C’est principalement dû à la mise en scène d’un antihéros inédit puisqu’il se confronte à un nouveau type de guerre technologique.

Anne-Sophie Bellaiche

* Retrouvez l’interview de Brandon Bryant dans Courrier international

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