L'Usine Energie

Au Canada, la verte Colombie-Britannique se veut exemplaire dans le gaz de schiste

, , ,

Publié le

La Colombie-Britannique affirme avoir réussi à combiner protection de la nature et exploitation de gaz de schiste. Un modèle à confirmer alors que la province canadienne, prise par la fièvre des hydrocarbures non conventionnels, veut accroître sa production pour alimenter massivement le marché asiatique.

Au Canada, la verte Colombie-Britannique se veut exemplaire dans le gaz de schiste

La Colombie-Britannique clame haut et fort son écologisme à l’ouest du Canada. Les citoyens rappellent encore avec fierté la naissance de Greenpeace à Vancouver un matin de 1971, ainsi que la guerre du bois pour préserver la forêt des ardeurs industrielles. 14 % de son territoire, grand comme presque deux fois la France, est sanctuarisé. Il faut y ajouter  35 % de sa superficie déclarés inaccessibles aux activités pétrolières. La province, qui se revendique comme "la Californie du Canada" pour son engagement vert, est pourtant aujourd’hui le deuxième acteur du gaz de schiste du pays, juste derrière l’Alberta. La Colombie Britannique affirme même être le modèle mondial de la gestion environnementalement responsable des hydrocarbures non conventionnels.

Le premier puits de gaz de schiste y a été foré en 2005. En 2007, 85 % des puits autorisés concernaient des hydrocarbures conventionnels. En 2013, sur les 750 puits autorisés, 85 % sont dédiés au gaz de schiste. Cette activité croît rapidement et la province tourne son regard vers les marchés du gaz chinois et asiatique, alors que le débouché chez le voisin américain se ferme peu à peu et que les prix nord-américains du méthane sont au plus bas. Les pétroliers et le gouvernement ne ménagent pas leurs efforts pour bâtir trois usines de liquéfaction de gaz d’ici à 2019 sur la côte Pacifique. La décision finale d’investissement (environ 20 milliards d’euros) est attendue pour 2014. La Colombie-Britannique espère même à plus long terme compter entre 6 et 10 usines de liquéfaction. La population, de son côté, s’interroge sur l’effet des centaines de kilomètres de pipelines à construire à travers les forêts pour conduire le gaz de l’extrême est de la province jusqu’à la côte ouest.

Besoin de régulations

"L’essor des gaz non conventionnels est un challenge majeur pour nous. Il nous demande d’introduire beaucoup plus d’éléments de régulation comme la gestion de l’eau, la pêche, la protection animale, la géophysique… Notre travail est de plus en plus global", explique Trevor Swan, conseiller général de la commission du pétrole et du gaz. Pour y parvenir, la Colombie-Britannique s’est efforcée d’apprendre en marchant, affirme-t-il. Après avoir établi des règles de gestion de l’eau, du sol, des routes - dont l’industrie du gaz de schiste est très gourmande -, la commission a tâché de faire évoluer sa réglementation avec l'acquisition de nouvelles connaissances. Par exemple, après avoir constaté 3 microséismes dans les dernières années lors d’opérations de fracturation hydraulique, la province a émis un décret pour interdire toute opération à proximité des failles naturelles.

Autre cas, l’été dernier, alors que le niveau des rivières était bas, la commission a interdit pendant cinq mois aux pétroliers d’utiliser l’eau des cours d’eau malgré leur licence d’exploitation chèrement acquise. Aujourd’hui, la commission travaille sur de nombreux sujets, comme la question des émissions de méthane des puits de gaz de schiste (de plus en plus sensible aux Etats-Unis) et sur la diminution de la population de caribous (les pistes et chantiers à travers les denses forêts facilitent le travail des prédateurs : loup, ours, lynx, gloutons...).  Les membres de la commission égrènent ainsi des dizaines de mesures comme preuve de bonne foi de leur engagement environnemental.

Exploitation éloignée des zones de peuplement

Les habitants de Colombie-Britannique semblent convaincus. Pourtant, en 2005, l’acceptation du public n’était pas acquise. De nombreuses voix s’inquiétaient des dégâts possibles sur les nappes phréatiques ou encore des nuisances liées au trafic routier... Mais chemin faisant, les craintes se sont apaisées, et les polémiques sont de moins en moins fréquentes. Il faut dire que la géographie et la démographie ont facilité le travail des pétroliers. Alors que plus de 90 % de la population vit au sud-ouest de la province, toute l’exploitation de gaz de schiste est au Nord-Est, à plus de 14 heures de route de là... De plus, sur les 70 000 habitants du Nord-Est, 12 000 travaillent pour le secteur pétrolier... De quoi apaiser les tensions.

A Victoria, Ludovic Dupin

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte