Au Brésil, les industriels de la cellulose volent au secours des «forêts natives»

Dans les pays de l’hémisphère Sud, l’eucalyptus assure aux papetiers une rentabilité exceptionnelle. Or, il s’agit d’une monoculture en principe maudite. Les industriels brésiliens, eux, ont trouvé le moyen d’être «écologiquement corrects» en la matière.

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Au Brésil, les industriels de la cellulose volent au secours des «forêts natives»

L’un des invités les plus en vue à la Conférence internationale sur les grands bassins forestiers, à Paris : le ministre brésilien de l’Environnement, Carlos Minc. Ce n’était pas un hasard. Décrié comme l’un des champions mondiaux de la déforestation (en trente ans, un cinquième de la forêt amazonienne est partie en fumée), le Brésil a accepté de nouer un partenariat stratégique avec la France.Ce partenariat comporte aussi bien un volet technologique et industriel (la coopération en matière aéronautique, notamment) qu’un volet environnemental.
Le Brésil résume à lui seul la problématique propre aux pays en voie de développement et d’industrialisation : incapable de concilier la sauvegarde de son environnement et le relèvement du niveau de vie de sa population. Or, les mentalités commencent à évoluer, à tel point que les industriels, dans bien des secteurs, se soucient de donner une image de leurs affaires plus verte. Parfois de manière abusive, parfois avec une certaine sincérité. «L’un des moyens les plus efficaces de favoriser la préservation des forêts est d’édicter des lois amenant les entreprises à compenser les effets les plus nuisibles de leurs activités par des actions en faveur de l’environnement », a laissé entendre.

Plus de 200 entreprises


L’un des secteurs les plus emblématiques, au Brésil : la cellulose. Comme de nombreux états de l’hémisphère Sud, «le pays de la samba» s’est lancé il y a une vingtaine d'années dans la culture de l’eucalyptus à très grande échelle. Cette espèce est réputée miraculeuse pour l’industrie papetière : sept ans suffisent pour qu’un eucalyptus atteigne sa taille maximale, ce qui assure une productivité et une rentabilité record. Plus de deux cents entreprises produisent de la cellulose à base d’eucalyptus au Brésil, un secteur qui a réalisé des investissements de 12 milliards de dollars au cours des dix ans écoulés. Le Brésil s’est hissé au quatrième rang des producteurs de pâte à papier obtenue à partir de cet arbre, avec une production de 12,5 millions de tonnes en 2008.

«Au-delà des objectifs»

Or, l’eucalyptus est l’une des bêtes noires des écologistes, pour diverses raisons. Très consommateur d’eau, et « pompant » les nappes phréatiques, il s’apparente en fait à la monoculture. Les industriels ont déjà planté deux millions d’hectares avec cette espèce en apparence maudite. Mais en contrepartie, ils ont contribué à la régénération de 2,8 millions d’hectares de forêts dites natives, qui étaient à bout de souffle ou carrément rasées.
Cela a été rendu possible par une loi fédérale obligeant tout planteur d’eucalyptus à revitaliser une superficie correspondant à au moins 20 % de celle utilisée à des fins industrielles. Présidente de la Bracelpa, l’Association brésilienne de cellulose et papier, Elizabeth de Carvalhães s’enthousiasme : «Nous sommes tellement convaincus de la nécessité de défendre les forêts dégradées que nous avons été bien au-delà des objectifs fixés par la loi ».
Il faut admettre que ces étendues de monoculture ne survivraient pas si elles surgissaient au milieu d’une savane. Elles ont besoin de la proximité de pans de forêt dotés d’une authentique biodiversité pour se développer. Explication d’Elizabeth de Caravalhães : les espèces animales et les pollens foisonnant dans les « forêts anciennes » se répandent, ainsi, dans les «forêts nouvelles», contribuant à une meilleure santé et résistance des eucalyptus.
Très ambitieux, désireux d’accroître toujours davantage leur chiffre d’affaires à l’exportation, les industriels de la cellulose, au Brésil, ont pesé de tout leur poids dans les propositions faites par le gouvernement brésilien lors de la Conférence sur le climat à Copenhague, en décembre 2009. Elizabeth de Carvalhães résume bien cet enjeu en citant de tels chiffres : «Les 1,7 million d’hectare de forêts d’eucalyptus que nous avons plantées correspondent à 64 millions de tonnes de carbone stockées.»

Yann Le Houelleur

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